Locomotive électrique E94
Locomotive électrique E94 (194/254/1020) pour trains de marchandises de la Deutsche Reichsbahn (1940)
En 1933, la Deutsche Reichsbahn reçut les premières locomotives de la série E 93 destinées à une section montagneuse difficile de la ligne de Stuttgart à Ulm, la rampe de Geislingen. On envisagea rapidement de commander des locomotives similaires pour assurer les trains lourds sur la ligne de la Forêt Noire, qui présentait également des rampes sévères ; les progrès rapides de la construction ferroviaire permirent à l’industrie de proposer une version plus puissante et plus moderne. L’annexion de l’Autriche par les nazis, en 1938, fit passer la célèbre ligne du Brenner sous le contrôle de la Deutsche Reichsbahn ; celle-ci saisit l’opportunité de doter cet important col alpin de la nouvelle machine, dont l’étude fut réorientée en fonction des besoins spécifiques à la ligne autrichienne.
La nouvelle locomotive, série E 94, fut d’emblée conçue pour circuler à 90 km/h (contre 70 km/h pour la série E 93) afin d’assurer tant les trains de marchandises lourds que les trains de messageries et de voyageurs. Les deux séries avaient en commun les six essieux moteurs répartis en deux bogies ; ces bogies, attelés entre eux, portaient les capots d’extrémité et les organes de choc et de traction. Ils supportaient une caisse centrale renfermant les cabines de conduite et le transformateur principal. Le chassis central supportant la caisse ainsi que les superstructures étaient entièrement soudés. La motorisation se composait de six moteurs à courant alternatif suspendus par le nez.
Les E 94 possédaient des moteurs à la puissance renforcée par rapport à la série précédente, et disposaient en outre du freinage rhéostatique, suite à la demande des cheminots autrichiens qui tenaient cet équipement pour indispensable dans les rampes du Brenner. Le cahier des charges prévoyait les performances suivantes : tracter 2000 t à 85 km/h en palier, 1600 t à 40 km/h en rampe de 10 pour mille, 600 t à 50 km/h en rampe de 25 pour mille. Ces exigences correspondaient précisément à la définition d’une bonne locomotive de montagne, mais susceptible d’assurer également le service des trains très lourds en plaine.
Dès la livraison des premiers exemplaires en 1940, ces caractéristiques furent mises à profit tant sur le Brenner qu’en Silésie, en tête des trains de charbon ; en Allemagne moyenne et en Bavière, les E 94 assuraient tant les trains de marchandises que le renfort en pousse de tous les types de convois dans les rampes de Saxe et de Thuringe. En raison de ses excellentes performances et de son adaptation aux besoins du temps, la série fut intégrée à la liste des “locomotives de guerre”, liste recensant un nombre réduit d’engins dont la production devait se poursuivre pendant le conflit, dans un but de rationnalisation de l’effort de guerre. La conception des E 94 avait été menée par AEG, mais la construction de la série fut confiée simultanément à plusieurs entreprises en Allemagne et à l’étranger : SSW (Siemens-Schuckert-Werke), Henschel, Krupp, Krauss-Maffei, Elin, Wiener Lokomotiv-Fabrik, et Brown-Boveri.
Les livraisons ne purent s’effectuer dans les délais, et en 1945, seules 148 locomotives sur les 180 commandées avaient été construites.Il subsiste de nombreuses incertitudes quant à l’évolution du parc dans les années de l’immédiat après-guerre, certaines machines étant restées en Silésie (redevenue territoire polonais), d’autres en Autriche, et celles de la zone orientale de l’Allemagne étant réquisitionnées par la Russie avec l’ensemble des équipements électriques fixes. Grâce aux éléments subsistant dans les ateliers des différents constructeurs, une dizaine de machines supplémentaires purent être assemblées et livrées aux chemins de fer autrichiens et allemands de la zone occidentale.
Après la restitution des machines emmenées en Russie et la reprise construction de locomotives neuves en 1954-56, on comptait 47 engins en Autriche, et 147 en Allemagne (23 à la Deutsche Reichsbahn de la RDA et 124 à la Deutche Bundesbahn en Allemagne de l’Ouest). Elles reprirent leur service sur leurs lignes habituelles, sauf celles de la DR est-allemande, dont le territoire s’était fortement réduit après les réquisitions russes. En 1968-70, lors de l’introduction du code UIC intégrant la gestion informatisée du parc, les E 94 reçurent des immatriculations différentes sur chacun des réseaux concernés : 254 à la DR, 194 à la DB et 1020 en Autriche(Österreichische Bundesbahn, ÖBB).
Leur champ d’action s’étendait dans les années 1960 et 1970 de la Rhénanie aux Alpes autrichiennes en passant par la Bavière et la Saxe. À partir des années 1970-80, l’arrivée massive de séries plus récentes et la baisse du trafic marchandises entrainèrent des coupes sombres dans l’effectif, mais les importants travaux d’électrification des années 1980 accordèrent un sursis aux E 94 allemandes, qui se maintinrent jusqu’en 1988 à l’Ouest et 1990 à l’Est.
Les machines rachetées par le groupe minier BKK (Braunkohlen Kombinat) de Bitterfeld circulèrent jusqu’en 1992 ; en Autriche, les 1020 ne quittèrent la scène qu’en 1996, après cinquante ans de bons et loyaux services pour certaines d’entre-elles. Ces machines avaient entre-temps fait l’objet d’une modernisation qui touchait en particulier leur apparence extérieure, avec un pare-brise neuf en deux parties et l’application de la livrée orange dite “Jaffa” caractéristique du réseau autrichien. Avec la libéralisation du marché des transports de la fin des années 1990, quelques ex-E 94 furent rachetées par des compagnies privées allemandes et reprirent ainsi du service : l’histoire est loin d’être terminée…
Les E 94 conservèrent tout au long de leur carrière une réputation d’excellentes locomotives de montagne, extrêmement robustes. Leur esthétique particulière leur valut le surnom de “Crocodile Allemand” par analogie avec les célèbres “Crocodiles” suisses et autrichiens des années 1920.
Près de 36 locomotives de cette série très prisée des passionnés de chemins de fer ont été conservées, dont une partie dans les musées. La Locomotive électrique E94 279 appartient au parc historique de la Deutsche Bahn AG. Souvent sollicitée pour les commémorations et les trains officiels, elle reste la machine historique la plus active d’Allemagne, assurant encore occasionnellement des trains commerciaux en fonction des besoins. La série E 94 compte parmi les mieux représentées parmi les locomotives anciennes encore en état de marche.
Commentaire, infos et photo Hallberg.
Cette Locomotive électrique E94, n’apparait que l’espace de quelques cases dans l’Orgue du Diable ou elle roulera sur Karl.
E 94 (254 DR, 194 DB, 1020 ÖBB)
201 exemplaires construits à partir de 1940
Disposition d'essieux : Co'Co'
Diamètre des roues motrices : 1250 mm
Vitesse maximale : 90 km/h
Puissance horaire : 3300 kW à 68 km/h
Puissance nominale : 3000 kW à 71 km/h
Longueur hors tampons : 18600 mm
Poids en ordre de marche : 118,5 t
Poids adhérent : 118,5 t
Poids max. par essieu : 20 t
Courant d'alimentation : 15 kV, 16 Hz 2/3
Moteurs : 6 moteurs suspendus par le nez
Crans de marche : 18




