Télé moustique
Yoko dans les médias

Yoko à la frontière de la vie (Télé moustique)


ROGER LELOUP

 Suite de la page 6


Vinéens ! J’ai toute une famille de Vinéens, que je compte présenter un jour dans des aventures indépendantes de celles de Yoko.
» Dans le cadre des albums « Yoko », je ne peux me permettre de me consacrer exclusivement aux Vinéens. Et d’autre part, j’aime varier. « L’Orgue du Diable » est une histoire que j’ai écrite, quasi sous forme de roman, dix ans avant de dessiner l’album. Toujours avec des modifications, parce que, au départ, il s’agissait d’une histoire d’alchimie. J’ai choisi ce thème de l’orgue, parce que j’aime la musique d’orgue ; d’autre part, j’avais lu un article sur les orgues électriques et les orgues à infra-sons. Cela m’a passionné. »
Pourquoi cette histoire se déroule-t-elle en Allemagne ?
R.L. : «J’adore l’Allemagne, en tant que pays, parce qu’il y a encore des endroits où l’on peut imaginer des légendes. L’Allemagne est un pays qui a su sauver son patrimoine, malgré les destructions de la guerre. Mais dans le manuscrit de ce qui allait devenir « L’Orgue du Diable », il y avait trop de matière. Et une partie se passait à Rothenburg. Pour me résumer, j’alterne les histoires « terrestres » et les séries de science-fiction. Car j’ai de la matière pour les deux. »
Vous aimez la science-fiction : quels sont vos maîtres ?
R.L. : « Wells. Edgar Allan Poe. Et Jules Verne. Ajoutez à cela un goût prononcé pour les philosophies orientales, et vous obtiendrez une réponse à votre question. »
Pourtant les engins que vous dessinez ne se rapportent à aucune de ces sources — à part Jules Verne. peut-être ?
R.L. : « Ces engins de science-fiction, je les invente. Pour les inventer, il faut donner le temps à l’imagination de se renouveler. D’où l’alternance dont nous parlions plus haut. Je n’ai aucune envie de tomber dans des répétitions. Et puis, je ne me sens pas les facultés d’imagination d’un Léonard de Vinci ! »
Ce qui ne vous empêche pas de
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Le
Le miroir, la documentation : les « accessoires » indispensables du dessinateur de b.d.
concevoir un avion ultra-moderne et d’en construire la maquette ?
R.L. : « L’aéromodélisme m’a beaucoup aidé, dans ce domaine. Je vous avouerai que je caresse le projet de construire des engins Vinéens et de les faire voler. Car c’est parfaitement possible ! »
On trouve chez vous ce souci du détail plausible jusque dans la science-fiction ?
R.L. : « Je ne crois pas facilement ce qu’on me raconte. Il me faut vérifier. Quand je lis Alexandre Dumas, il me plaît de vérifier ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Edgar-Pierre Jacobs. Ses personnages vivaient, et il anticipait à peine sur les découvertes scientifiques. Jacobs est un homme qui a besoin de documents pour inventer des histoires. Il n’a rien fait d’autre que Jules Verne : il a anticipé sur des projets existants.
» Résultat : quand je me raconte une histoire, il faut que je puisse me la prouver. Un exemple ; dans « Message pour l’Eter-nité », il y a eu ce fameux avion de la série «Héraclès» qui a disparu en 1933. On a construit huit « Héraclès » — je les connais tous. J’en ai ajouté un neuvième, « Horus ». Et même les connaisseurs en aviation se demandent où commence l’imagination et où finit la réalité ! »
Ce qui vous distingue de certaines bandes dessinées de science-fiction, qui baignent en plein délire ?
La
Là où la réalité et la fiction se rencontrent : la place de Rothenburg et Yoko Tsuno.
R.L. : « Oui. Je dirais, en toute modestie, que c’est un refus de facilité de ma part. Je préfère le détail plausible. Des scientifiques nous lisent. Et rien ne me rend plus heureux qu’une lettre d’un facteur d’orgues, qui m’invite à visiter la chaire de Saint-Séverin, à Paris. Au moins cela me prouve que je ne m’étais pas trompé. »
Pour les Vinéens, vous respectez aussi une certaine logique, au reste,
R.L. : «J’ai voulu reprendre le problème des extra-terrestres. D’habitude, les extraterrestres viennent sur terre et chassent les hommes. Je trouve cela cornichon. Un homme m’a beaucoup intéressé : Teilhard de Chardin. Et il m’a beaucoup impressionné dans sa recherche du point de la vie — ce qu’il appelle le point de réflexion. Et je me suis dit que ce point d’intelligence est arrivé à l’homme, mais pourquoi à l’homme ? Après tout, les fourmis et les abeilles étaient socialement organisées avant les humains. D’où vient l’homme ? Descend-il du singe ? Rien n’est prouvé. Après tout, me suis-je dit, pourquoi l’homme ne procéderait-il pas d’une autre race ? Disons que nous provenons du singe et des Vinéens. L’homme était moins intelligent que les Vinéens, mais plus développé que les singes. »
Pourquoi vivent-ils sous terre ?
R.L. : « Sur Vinéa, ils devaient vivre dans les profondeurs, car leur Soleil était trop proche de la planète. Ils ont retrouvé la même existence sous-terraine sur notre planète. Mais ils souffrirent de leur ordinateur, qui raisonnait comme suit : ” Si je réveille ces gens, ils vont me dominer ; tandis que si je les laisse en léthargie, je vis “, Les Vinéens ne se sont pas réveillés à temps ; les Terriens ont poursuivi leur évolution. Et lorsque des Vinéens se réveillent, on risque un choc de civilisations : d’une part, les Vinéens matérialistes, et d’autre part, les Terriens, tournés vers la poésie, la sensibilité. »
Synopsis : où l’on découvre le pourquoi de cette interview : la parution de « La Frontière de la Vie», le septième album des aventures de Yoko. Un mystère éclairci. Magda. Une confusion éliminée.

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C'est Moi

6 commentaires

  • Megatop

    Je te félicite Stéphan pour avoir déniché cet article à propos de Roger LELOUP et de la Frontière de la vie. Merci aussi à Yoko de l’avoir mis sur le site.
    Cet article est très intéressant et permet de mieux comprendre le parcours artistique et philosophique du grand Roger. Il donne des clefs pour mieux lire cet album de Yoko qui est assez complexe et demande a être relu plusieurs fois pour en découvrir toutes subtilités. La mise en page facilite aussi la lecture de l’article.
    Il serait intéressant si les yokophiles vous trouviez d’autres articles de la même qualité que celui-ci à propos des albums de notre amie ou de son père. Peut-être qu’une nouvelle rubrique pourrait être créer dans le site, qui pourrait s’intituller “Yoko dans la presse”, pourrait les rassembler tout.
    Bravo et merci de contribuer à nous informer les uns les autres.
    Bien amicalement Mégatop qui profite des RTT pour vous lire et vous écrire.
    smiley

  • Cyann

    Ouais, très chouette article! J’ai appris des trucs dont je n’avais absolument pas connaissance sur Roger Leloup! Et je comprends aussi maintenant pourquoi il y a ce “décalage” entre ses personnages et ses décors….
    C’est vraiment un grand auteur.smiley

  • Lucterios

    “J’ai toute une famille de Vinéens, que je compte présenter un jour dans des aventures indépendantes de celles de Yoko.”

    Dommage que Roger Leloup n’ait pas mené à bien ce projet… Manque de temps, sans doute ?

  • Lucterios

    A voilà la réponse à l’étrange ressemblance qui existe entre les hommes et les Vinéens ! :

    “D’où vient l’homme ? Descend-il du singe ? Rien n’est prouvé. Après tout, me suis-je dit, pourquoi l’homme ne procéderait-il pas d’une autre race ? Disons que nous prove­nons du singe et des Vinéens. L’homme était moins intelligent que les Vinéens, mais plus développé que les singes.”

  • Ek

    Grand merci pour ce petit chef d’oeuvre qui nous replonge dans des temps si reculés (les années 70!!!), où il faisait si bon vivre une enfance aux côtés de Yoko. En plus je crois que cet album est mon préféré de tous, tant l’ambiance y est romantique à souhait. Bravo M. Leloup et bravo à celles et ceux qui ont retrouvé ce document très intéressant.
    Enfin, je conseille à celles et ceux qui ne connaissent pas encore Grindelwald (CH), d’aller rapidement y fair un petit tour, c’est magique et le décor y est digne de notre jolie japonaise!
    Ek.

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