Le titre de ce poème de Gérard de Nerval est probablement un anagramme...
Le vieux père en tremblant ébranlait l'univers.
Isis, la mère enfin se leva sur sa couche,
Fit un geste de haine à son époux farouche,
Et l'ardeur d'autrefois brilla dans ses yeux verts.
"Regardez-le ! dit-elle, il dort, ce vieux pervers,
Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,
Prenez garde à son pied, éteignez son oeil louche,
C'est le roi des volcans et le Dieu des hivers !
"L'aigle a déjà passé : Napoléon m'appelle ;
J'ai revêtu pour lui la robe de Cybèle,
C'est mon époux Hermès et mon frère Osiris..." ;
La Déesse avait fui sur sa conque dorée ;
La mer nous renvoyait son image adorée
Et les cieux rayonnaient sous l'écharpe d'Iris !
Ce poème ouvre mes réflexions sur le rôle que la tradition ésotérique veut faire accomplir à Marie-Madeleine : nouvelle Isis, elle assiste à la Résurrection du Christ. ce n'est sûrement pas un hasard si elle est fêtée le 22 juillet, en lien avec la planète Sirius, laquelle symbolisait Isis dans la tradition égyptienne et annonçait la crue du Nil. Voir :
http://www.marie-madeleine.com/dictionnaire/22_juillet.htm
D'après Bauval et Hancock, certains "puits", de la Grande pyramide étaient orientés sur cette étoile et le Pharaon se retirait dans ce monument pour accomplir un rite de hiérogamie mystique avec la déesse Isis.
Peut-être Marie-Madeleine était réellement Isis, et qu'à la limite, le Christ se serait rendu en Egypte pour accomplir les rites d'initiation... Mais là, Kaldo prépare déjà les fagots...
Le site fait encore des développements sur des sujets, popularisés par le livre de Dan Brown. Aucun historien d'art sérieux n'identifie le disciple bien aimé, présent lors de la Cène, sur le tableau de Léonard de Vinci, à quelqu'un d'autre que saint Jean, encore moins à une femme, et pourtant...
http://www.marie-madeleine.com/la_cene.htm
Le sondage du site, montre que près de la moitié des gens interrogés s'imagine déjà que Marie-Madeleine était l'épouse du Christ. Ils ne sont peut-être pas représentatifs, mais est-ce l'effet "Da Vinci code" ?
J'ai, par ailleurs, évoqué mon passage à Vézelay, haut-lieu du culte de Marie-Madeleine ici :
J’obliquai donc à droite, et je conduisis Laure auprès de la croix de pierre que l’on appelait « Montjoie », le « protège-pays », Jupiter Gargan, probablement, ou alors un dieu dont on n’osait pas prononcer le nom puisque la réalité gauloise du protège-pays a été transmise par le francique mund-gawi, Montjoie en langue romane...
La colline était située exactement à l’Est de celle de Vézelay et la croix était placée dans l’axe du chevet de la basilique Ste-Madeleine.
« Voici donc cette Montjoie ? », me dit Laure.
« Oui, répondis-je, ce sont de petites buttes de terres, surmontées généralement d’une croix. Elles servaient de bornes de circulation au Moyen-Age, si je me rappelle bien les thèses d’Anne-Lombard Jourdan.
- Tu l’as lue ?
- Non, mais Paul m’a tellement parlé de ces travaux, qu’il qualifie de fantastiques, bouleversants, que j’ai l’impression de les connaître par cœur ! »
Laure rit. Je poursuivis :
« L’historienne pense qu’il s’agit en fait de tombeaux d’ancêtres, que l’on considérait comme protège-pays. Les romans arthuriens parlent aussi d’un géant décapité dont le crâne est enterré face à la mer. Le culte des crânes est d’ailleurs attesté chez les Celtes...
- Arrête Antoine, j’ai vraiment l’impression d’entendre Paul ! Ce qu’il peut être assommant, celui-là, des fois !
- C’est vrai qu’il vit un peu trop dans son monde, cela lui joue des tours...
- Ca, tu peux le dire ! Tiens, il serait là, il prétendrait que l’on peut réellement pénétrer dans le domaine souterrain du dieu, comme en Irlande, on peut rendre visite aux Tuatha Dé...
- Seulement la nuit de Samain, le 31 Octobre peut-être ?
- Je l’ignore... »
Je ne voulais pas ennuyer Laure plus longtemps avec l’ésotérisme celtique de Paul. Pourtant, je savais que si la Montjoie se trouvait à l’Est de la basilique, cela voulait dire qu’à l’équinoxe, le soleil devait apparaître juste à cette place, si l’on se trouve au chevet de la basilique. Inversement, le soir, vu d’ici, il se couchait juste derrière la Merveille... Cela en faisait une chambre du soleil comparable au tumulus de Newgrange, en Irlande. Jadis Gargan avait confié à Lucoterios que s’il se transportait avec Vindonissa dans une « chambre du soleil », ils seraient réunis pour l’éternité !... En fait de chambre du soleil, les hommes avaient construit ici le plus bel édifice roman qui soit. Nous regagnâmes notre véhicule pour nous transporter sur la colline inspirée.
Je laissai la voiture au parking, et nous entreprîmes, Laure et moi de gravir la rampe qui menait, à travers la vieille ville, vers la basilique. Nous évoquions les pèlerins de St-Jacques-en-Galice, qui se rassemblaient ici au temps de la splendeur de la civilisation chrétienne occidentale. Dire que l’on avait osé qualifier cette époque d’obscurantiste ! ... Heureusement que les travaux de Gustave Cohen, Régine Pernoud, Georges Duby, Jacques Le Goff et Robert Fossier, le maître de Paul à la Sorbonne, avaient rectifié cette vision puérile !
La pente était raide, l’accès au paradis était difficile ! Enfin, nous parvînmes devant la basilique, consacrée à Marie-Madeleine, la pécheresse repentie. Les rois de France, paraît-il, venaient toucher timidement du doigt les reliques de sa merveilleuse chevelure rousse, qui avait touché les pieds du Sauveur...
Mais personne ne pouvait affirmer aujourd’hui si la relique était authentique, et cela n’avait guère d’importance. Cela faisait pourtant rire les modernes aréopagites qui ne voyaient que superstition dans toutes les manifestations trop ostensibles de la piété. Le clocher me rappelait un peu la tour-lanterne de l’abbaye du Bec-Hellouin, autre fleuron de la chrétienté romane. Nous pénétrâmes dans le narthex, où les pèlerins se purifiaient avant de s’avancer dans la nef. Là, ils méditaient devant la remarquable composition du tympan du portail central. Je restituai à Laure les explications qu’en donnait Dom Claude Jean Nomy. L’idée générale d’un solstice christique qui s’insérait juste après le solstice astronomique, consacré au précurseur, Jean le Baptiste, avait dû enthousiasmer Paul quand il était venu ici.
Au temps humain, symbolisé par le carré délimité par les piedroits, se superposait le temps divin, symbolisé par le cercle. La succession des saisons disparaissait en un sommet éternel, qui montait vers l’infini. C’était la chose la plus merveilleuse que l’on puisse voir, assurément ! On entrait ainsi en Paradis par la personne du Christ.
Laure souriait, elle se sentait de nouveau transportée vers les hautes sphères, comme dans la chapelle de Cerny. Elle me prit par la main, et nous entrâmes dans la nef. Nous y restâmes un temps qui nous parut indéfinissable, à observer les détails des chapiteaux et aussi à nous recueillir devant le Saint-Sacrement,... tellement il était impossible ici, même pour le plus endurci des pécheurs, de ne pas se laisser toucher par la Grâce !
Nous ressortîmes ensuite et, contournant l’église, nous nous rendîmes au bord du promontoire, pour observer le paysage, avec la Montjoie à l’horizon.
« Je crois, dit Laure, qu’ils ont raison, l’Amour est la seule force qui permet de surmonter les contradictions de ce monde ! ». Et elle se blottit contre moi.
A noter : Hasard ou nécessité, j'ai reçu le bon à tirer de mon livre le 22 juillet dernier, mais alors depuis, ils ne sont vraiment pas pressés...
-Edité le: Vendredi 13 janvier 2006 à 14:50 par Lucterios-

