Notifications
Retirer tout

Georges Melies

18 Posts
3 Utilisateurs
0 Reactions
1,236 Vu
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Pere des trucages cinematographiques. Realisateurs de plus de 500 courts metrages. Illusioniste, dessinateur, journaliste, scénographe decorateur, regisseur, acteur bien sur, ....pour finir dans l'oubli et vendeur de bonbons et de jouets ....mais heureux et epanouis !
ce qui ne le connaisse pas ont certainement deja entrevu des images du celebre "Voyage dans la lune"

Je viens d'apprendre qu'une copie du film Cleopatre a ete retrouvee dans un "depot secret" l'annee passee. Ce film est le 202eme de Melies.
Vu mon expatriement, j'etais passe a cote de l'info. Quelqu'un de la communaute en sais un peu plus ?

-Edité le: Vendredi 10 février 2006 à 22:54 par zeck-



   
Citation
Le Grand migrateur
(@le-grand-migrateur)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 13904
 

Hallberg va peut etre pouvoir te repondre.


Panneau haut
Membre de :
"Ceux qui y sont arrivés 2 fois"
Pancarte


   
RépondreCitation
Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 10550
 

Je vais tenter de te répondre avec ce dont je dispose en ce moment, mais pour plus de précisions faudra que je demande.

Ce Film est jusqu'à présent le 202e à être entré au catalogue actuel de la Cinémathèque Méliès (association dont je suis membre). Il n'est pas, comme on va le voir, le numéro 202 du catalogue général des films de Méliès. Il a été présenté pour la première fois au public en Octobre 2005 lors des Rencontres Cinématographiques de Beaune (où je n'étais pas). Mais auparavant, il avait bien-entendu subi une première mesure conservatoire consistant à le tirer sur un support ininflammable moderne. Je ne l'ai pas encore vu. J'ai été étonné de ne pas le voir lors des Rencontres de Cinéma de Vincennes le mois dernier, mais la raison est simple, il n'est pas encore monté dans l'une des bobines que la famille Méliès propose lors des projections. Il ne le sera probablement dans les prochaines sélections qui seront réalisées pour cet usage. Comme tu le vois, sur l'actualité, je n'ai pas beaucoup suivi cette histoire (paradoxalement), mais c'est bien de m'y faire penser, je demanderai où en est ce film à la prochaine occasion à Marie-Hélène Méliès qui s'occupe des projections.
Je demanderai aussi ce qu'on entend par cette histoire de dépot secret. Les films de Méliès, on en retrouve de plusieurs façons souvent par hasard, car on ne sait jamais où passent les copies quand il s'agit, comme ici, de films de l'époque où les copies s'achetaient au distributeur au lieu de se louer. C'est d'ailleurs grâce à ces copies achetées et disséminées qu'on en retrouve, puisque les négatifs d'origine sont détruits. On en retrouve aussi qui dorment dans les collections les plus importantes. Par exemple, il y a encore peu de temps, on en a découvert à la cinémathèque de Moscou (le fabuleux Gosfilmofond) où, vu le nombre de films conservés, personne ne sait exactement tout ce qu'il y a. Mais le coup du dépot secret, je ne sais pas ce qu'on entend par là. Peut-être une collection privée jusque-là inaccessible aux chercheurs. Je demanderai à qui de droit.

Sur le film en lui-même, donc, en attendant qu'il soit visible de nouveau:

Le film "Cléopâtre" est daté de 1899 porte le double numéro de catalogue 175-176, numéro de catalogue indiquant que la longueur du film correspond au maximum à deux des bobines primitives de 20m (Un film bien plus long comme "Le voyage dans la lune" est référencé 399-411). D'ailleurs il fait exactement 40 m, soit environ deux minutes.

Le film est appelé, selon les catalogues:
"Le sacrilège", "Cléopâtre", ou "La résurrection de Cléopâtre". Il possède en sous-titre: "Scène égyptienne".

Il comporte deux tableaux: "L'attentat" et "La résurrection de Cléopâtre".

Résumé donné par le catalogue de 1900 ("Liste complète des films cinématographiques pour projections animées (perforations Edison)") reprenant les références 1 à 261:
Le sarcophage contenant les restes de la reine vient d'être enfermé dans son tombeau. Le grand Prêtre voulant se venger sur sa dépouille viole le tombeau aidé par un homme; ayant sorti la momie du sarcophage, il la coupe en plusieurs morceaux et veut la brûler sur un socle. À peine en a-t-il rassemblé les morceaux que la reine se lève et, relevant son voile, chasse le prêtre qui veut alors l'assassiner et ne trouve à frapper qu'un grand sphinx et un autre monstre égyptien. Pour le punir, Cléopâtre le force à assister à son triomphe.

Dans certaines sources, sur les titres, une confusion est possible avec un numéro présenté en 1896, 1900, 1901 et 1906 par Méliès dans son Théâtre Robert-Houdin baptisé "La résurrection de Cléopâtre" ou "Cléopâtre" tout court.

Le numéro de catalogue 202 est, quant-à-lui, une courte vue documentaire de 20m: Entrée d'un paquebot, port de Jersey, vue en extérieurs du paquebot Victoria, film considéré comme perdu.

Pour la fin de sa vie, heureux et épanoui, euh... Disons que Madeleine Malthête, sa petite fille qui est une des dernières à l'avoir connu, en garde le souvenir d'un grand-père truculent et plein d'esprit... Mais il avait quand-même terminé sa carrière cinématographique ruiné, il était faché à mort avec son frère Gaston, considéré comme ayant fortement participé à cette ruine (Gaston était parti aux Etats-Unis pour distribuer les films et représenter les intérêts de son frère, et il s'y était piqué de devenir lui-même cinéaste en Amérique, en enchainant les catastrophes. D'ailleurs, la légende veut que Gaston Méliès ait été l'auteur des plus mauvais westerns de l'histoire). Il était très amer au sujet de cet échec. Après la fin de sa production cinématographique et notamment pendant la guerre, il a transformé un de ses studios en théâtre et il y donnait des spectacles avec une énergie folle, ce qui bien entendu de l'extérieur faisait penser à un homme très heureux, mais peut-on vraiment l'être quand on est obligé de sacrifier finalement sa propriété familiale et son théâtre, de jeter ou de brûler ses décors et ses accessoires, et de revendre pratiquement toute sa collection de films à des sociétés de recyclage de pellicule? Les témoignages concordent sur le fait qu'une fois installé comme marchand à la gare Montparnasse, il ne parlait plus du tout de cinéma ni de son brillant passé artistique en général (donc également comme peintre, poète, prestidigitateur...). Il s'est lui-même représenté dans son échoppe avec une chaine de bagnard au cou. Seule la toute fin de sa vie a été bien plus agréable, après 1928 - Langlois, Franju et compagnie ont tout fait pour le réhabiliter, ils ont organisé le gala Méliès à la salle Pleyel avec le premier lot de films retrouvés, et il a connu une retraite paisible à Orly, au château que possédait la mutuelle des cinéastes, et qui était alors une maison de retraite. C'est à cette époque qu'il a recommencé à se confier, qu'il a écrit des articles sur sa carrière et des articles de théorie du cinéma, qu'il a refait pour la postérité un certain nombre de dessins reproduisant des scènes de ses films.

Méliès a toujours été un homme plein d'énergie, qui adorait par dessus-tout faire plaisir aux gens, doté d'une foi inébranlable dans le bien-fondé de l'art et du rôle de l'artiste dans la société humaine, doté de nombreux talents et d'une immense culture classique, hyperactif. Il trouvait son bonheur dans la frénésie créatrice. Mais il est abusif de lui attribuer une fin de carrière épanouie.

Pour la petite histoire, le château de la mutuelle du cinéma, maintenant... C'est une école de cinéma d'animation et de trucage, dont le directeur, comme il se doit, est aussi un passionné de Méliès que j'ai rencontré par l'association...

Dernière précision et après, promis, j'arrête d'éditer ce post.
Les gens pourront remarquer que la Cinémathèque Méliès est d'une remarquable discrétion. En effet il y a peu de manifestations publiques en apparence (mais il y a eu une expo formidable à Paris en 2002). Au demeurant, ce sont deux descendants de l'artiste, Marie-Hélène Méliès et Lawrence Leherissey (pianiste) qui assurent la quasi totalité des projections publiques de films. Ils le font eux-mêmes par souci de qualité, pour veiller à ce que les conditions de présentation des films soient toujours optimales, et de plus, ils sont dépositaires de textes de "boniment" (présentation orale des films) qui se transmettent par tradition orale. Du coup, ils n'arrêtent pas de faire des séances un peu partout sur la planète. Alors évidemment, pour une ville donnée, ça n'arrive pas souvent. Le choix de tourner eux-mêmes avec les films de la collection et de ne jamais les louer aux exploitants comme n'importe-quels films, est un choix qui leur appartient, qu'on soit d'accord ou non (personnellement je m'offre le luxe d'être partagé à ce sujet), mais on ne peut pas nier qu'ils se défoncent tous les deux et qu'ils le font bien. Donc, pour voir les films en salle, faut pas les louper. Au demeurant il y a un DVD d'une de ces séances, présentée cette fois par Madeleine Malthête, qui depuis a arrêté de présenter des séances. DVD édité par Arte en coffret avec un documentaire.

Du reste, le gros de l'asso a une moyenne d'âge élevée et n'a guère d'activité véritable. Il y a trois ans, je suis arrivé en même temps qu'un groupe au départ d'une quinzaine de "jeunes" avec le souhait de monter des projets de recherche, de lancer des chantiers et des réflexions sur la restauration numérique, etc... Finalement, comme dans beaucoup de cas dans les organisations de bénévoles, ce sont quelques bonnes poires qui se sont retrouvées à se remuer quand tous les autres attendaient, et du coup, même les derniers projets encore actifs il y a quelque temps (faire un site internet et organiser un concours d'accompagnement musical de films), ont été mis en sommeil par manque de bras (sur le site, nous étions deux à bosser, un au texte et l'autre à la technique - comment vous avez vous deviné que je n'étais pas à la technique?). Bref, si je vous dis ça, c'est qu'évidemment, s'il se trouvait des cinglés pour avoir envie de lancer des projets sur Méliès, et pas tous seuls, ben faut qu'ils se manifestent et qu'on entre en contact. Donc peut-être qu'on entend pas forcément parler de Méliès à la hauteur de son talent, mais faut s'y mettre pour que ça change.

-Edité le: Dimanche 12 février 2006 à 01:22 par Hallberg-


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Wow, la Hallberg. Je ne sais que dire...Quand j'avais poste ce sujet,j'etais loin de m'imaginer que quelqu'un puisse amener autant d'infos. Je trouve formidable que tu sois implique dans une si merveilleuse association.

A la fin des annees 80, Frederic Miterrand avait realise un superbe reportage sur Melies, a la vision de celui ci, je fut totalement subjugue par le personnage. Je revisionais tres frequemment celui ci car je l'avais enregistrer sur cassette video jusqu'a un jour de +au- 94 ou ma compagne de l'epoque avait utilise cette cassette pour enregistrer je ne sais quel programme. Je fut catastrophe...

Pour le heureux et epanoui, c'est le souvenir que j'avais en memoire. Je convient que 'linterpretation peut etre differente selon les criteres que l'on prend en consideration...

J'arrete cepost ici,on m'apelle,desole

Hallberg, je vais revenir dans cette rubrique tres bientot et avec plaisir.

Amicalement



   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Je fut un peu long a revenir. desole...

Je vient d'aller sur le site des amis ...tiens c'est un serveur belge.
Hall?
Est que tu en sais un peu plus sur sa premiere femme?
c'est quand meme grace a elle (endin sa dot)je pense qu'il a pu se permettre d''acquerir le theatre Houdin et de construire le studio a Montreuil.Car a ce moment je doute que Melies pere financa ses projets avec l'argent de la fabrique de chaussures.
Ce point semble au second plan, pourtant c'est un element determinant de l'aube de sa carriere cinematographique. Je n'ai meme pas trouve son nom.(j'ai peut etre mal cherche)

Si je dis que c'est son perfectionisme qui l'a fait tomber, es tu d'accord avec moi?

Personne d'autre de la communaute apprecie Melies?

Quand dois tu rencontrer Marie Helene Melies?
Je suis curieux d'en connaitre un peu plus sur ce depot secret.



   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Hall, j'aime bien quand tu fais des paragraphessmileysmileysmileyca me permet de respirer.



   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Encore moi, en relisant ton post, tu fais reference a un coffret de DVD. Penses tu qu'il est distribue au canada en support NTSC et non PAL? Peut etre les cousins de Quebecq peuvent m'aider sur ce coup la.
Je vais finir par importer une TV et un DVD PAL...pfff a chaque fois le meme probleme.



   
RépondreCitation
Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 10550
 

Georges et sa première épouse Eugénie reçoivent de leurs familles respectives 60 000 et 340 000 francs, s'ajoutant aux possessions de Georges évaluées à 2000 francs de l'époque. Il en résulte qu'au total, le couple est réellement fortuné. Mais pour l'achat du théâtre s'ajoute effectivement une part de la fortune acquise sur la fabrication de chaussures. En 1888, Jean-Louis Méliès annonce qu'il prend sa retraite et qu'il transmet l'affaire à ses enfants. Georges prend alors la décision de laisser sa part à ses frères. Il se voit remettre la somme de 500 000 francs (estimation de la part qui lui revient) et, renonçant définitivement à l'industrie de la chaussure, il achète aussitôt le théâtre (47 000 francs pour être précis). C'est donc quand même principalement ses parts dans la fabrique de chaussures qui lui assurent des moyens financiers confortables.

Pour trouver les causes de la faillite de Méliès en tant que cinéaste... le débat pourrait être long et prendre des aspects multiples. Il est difficile d'évoquer la ruine de Méliès en quelques lignes, je me contenterai d'évoquer quelques pistes.

Naturellement, l'homme est perfectionniste. L'on peut facilement associer à ce perfectionnisme la volonté farouche de ne rien devoir à personne et l'attachement viscéral au principe d'un cinéma indépendant. Méliès refuse les propositions du financier Grivolas et rejette régulièrement les offres des "Majors", surtout Pathé. S'il accepte d'être finalement produit et distribué par Pathé en 1912, c'est uniquement parce qu'il avait déjà été obligé de cesser de tourner, et que cette proposition lui permettait de reprendre du service.

Pendant sa période de gloire, Méliès est copié de façon éhontée, et quand il n'est pas plagié, ce sont tout simplement les copies des films qui sont piratées. Sachant que Méliès ne se laisse pas acheter, Gaumont et Pathé engagent des spécialistes des trucages pour produire des "fééries" et des "vues à transformations" pour concurrencer Méliès. Ces concurrents ne sont du reste pas des petites pointures (Gaston Velle découvert par Ferdinand Zecca pour Pathé, Emile Cohl, également co-inventeur du dessin animé, découvert par Alice Guy et Louis Feuillade pour Gaumont, puis, chez Pathé, Segundo de Chomon, probablement le meilleur des trois), mais pour beaucoup (et pas que pour moi qui suis un mélièsolâtre), ils ne vallent pas le grand Georges. Cependant, ils sont mieux distribués, bénéficient d'un réseau important et travaillent vite, leur concurrence est réelle.

Le rôle de l'aventure américaine de Gaston Méliès, parti pour représenter les intérêts de son frère et qui finalement, par une mauvaise gestion des rapports de force avec les américains (en particulier Edison), mais aussi ses propres films (ruineux et médiocres - le dernier projet, un voyage au long cours censé donner un documentaire sensationnel, est une catastrophe), joue un rôle de premier plan dans les difficultés financières.

Les courts métrages de Méliès, notamment ceux au format primitif de 20m (un peu moins d'une minute), ont une clientèle foraine. Avant l'organisation de véritables réseaux de salles et de distributeurs, le cinéma forain, itinérant, occupe le premier rang et fournit à Méliès la plupart de ses clients. Le développement des salles met en danger la domination des forains. Les forains achètent les films à des prix calculés en fonction de la longueur et emmènent les copies en leur possession en tournée. Quand, à la faveur de l'unification du format de pellicule, le système de distribution passe de la vente des films à la location, Méliès, pour qui la clientèle foraine est essentielle, est en grande difficulté.

Mais il est aussi permis de chercher quelques causes d'ordre artistique. La première pourrait effectivement également tenir du perfectionnisme. Méliès fait tout, il supervise tout, il joue la comédie, réalise, bricole le matériel de prise de vue et les accessoires, participe à la peinture des décors, s'occupe de la commercialisation, supervise le tirage des films quand il ne le fait pas lui-même, etc. Individualiste forcené, il supporte très mal une autre personnalité forte dans son entourage. Pour cette raison, il ne forme aucun élève, à une exception près: Manuel, un acteur dont il fera un médiocre réalisateur, se limitant à une imitation sans imagination du maître.

Le style de Méliès évolue peu. Même si elles ne constituent pas tout son catalogue, les grandes fééries sont le coeur de son oeuvre. Il suffit que le public s'en détourne... Or, vers 1910, l'art "officiel" commence à ne plus considérer le cinéma comme un art secondaire et s'y intéresse. La voie est tracée vers la domination des acteurs dans le coeur du public. Désormais, voir les sociétaires de la comédie française dans "l'assassinat du Duc de Guise" exerce un attrait, alors que le style Méliès, s'il émerveille toujours, n'a plus l'attrait de la nouveauté.

Les simples vues truquées, sketches de quelques minutes, deviennent invendables (sauf pour les forains, mais...) et l'avenir est résolument aux films narratifs. Méliès fait la loi en la matière jusqu'à ce que, vers 1910, la durée des films s'allonge vraiment. Ce qui était le format habituel s'appelle désormais un court-métrage. Le film d'une heure ou deux, voire plus, s'installe définitivement. De plus Méliès n'a pas vu la montée en puissance des Sérials, ces feuilletons à épisodes hebdomadaires produits par les grandes compagnies, qui occupent une place très importante du cinéma de la décennie 1910-1920.

Or Méliès a peu fait évoluer son style, et ce qui est une de ses forces, l'arsenal des trucages finit par ne plus augmenter. En effet, tout simplement, Méliès a inventé les deux tiers des trucages du cinéma conventionnel (et qui tiendront jusqu'au numérique - encore en utilise-t-on encore beaucoup, finalement), et donc, son apport est énorme, mais arrive un stade où il n'en produit plus tellement de nouveaux. En fin de carrière, ses films sont même menacés d'obsolescence.

Qu'on en juge: "La Conquète du Pôle" est en soi un film fabuleux, le testament cinématographique de Méliès. La poésie et la fantaisie y sont comme toujours à la fois tendres et rosses, piquantes et naïves. C'est du très grand Méliès. Et ceci-dit, pour ne prendre que l'exemple le plus connu, la séquence du Géant des glaces, qui aujourd'hui émerveille par son imagerie naïve, est très en retrait par rapport à l'esprit d'invention des années 1900-1910. Cette énorme marionnette est très maladroite par rapport à ce que Méliès aurait pu faire en surimpression, et ce genre de trucage est parfaitement désuet en 1912-1913. Méliès peut être légitimement fier de son film, de sa constance, de sa volonté résolue de suivre la voie qu'il a envie de suivre, de ne se laisser influencer par personne. Seulement, étant passé de mode, il ne parvient plus à rentrer dans ses frais. Homme entier, jamais il n'a songé à changer, à suivre la mode, à aller chercher le public sur le terrain de la facilité. Perfectionniste, oui; entier, surtout.

Et voilà, j'ai encore réussi à terminer sur un éloge. Faut vraiment que je me soigne...

Le DVD? Je sais pas, je ne l'ai pas. J'ai ces films sur une cassette et du coup, je n'ai pas encore racheté le DVD. Mais étant destiné à la vente en Europe (puisqu'il est édité par Arte - tu n'as peut-être pas à la Jamaïque, c'est une chaine publique européenne qui émet en français et en allemand), je suppose qu'il est en PAL, et probablement aussi avec un codage de zone.

Quant au site actuel, c'est en fait l'ancien qui a été remis en ligne quand nous avons abandonné le projet précédent. Nous avions l'ambition de réaliser un site richement documenté, nous nous sommes retrouvés à deux ou trois. Nous aurions peut-être dû faire comme ici, faire un forum, et ça nous aurait fait connaître des gens susceptibles de nous aider. J'avais aussi un autre projet, celui de mettre en ligne un inventaire des sources sur Méliès, sources bibliographiques, filmiques, etc. Projet de documentation également trop vaste pour être mis en oeuvre par une poignée de bénévoles bien occcupés par ailleurs.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

C'est un regal a te lire Hall. Autant que parfois je trouve tes posts un rien trop complexe ou long , autant que quant il s'agit de Melies, je me dit Zut c'est fini comme lorsqu'un film qui vous a transporte loin,loin loin... se termine.
Merci pour toutes ces precisions.

Sur le site des amis, apres sa faillite, Melies est decrit comme isole, c'est a dire que ses enfants habitent avec la belle famille. Encore une fois, qu'est il advenu de son sa premiere epouse...separation ou deces?

Tu me diras que je fais un blocage sur sa femme mais une hollandaise qui s'expatrie en France a l'aurore du XXe siecle, ca me ravive tous mes souvenirs Mata Harissiens et l'atmosphere qui en emane...certains diront que je dois me soigner aussi, mais je me complet comme cela.

Je vient de trouver un texte de H Langlois qui reporte une interview de Melies. Celui ci pointe bel et bien le doigt vers Gaston et l'episode americain...

En ce qui concerne "la conquete du Pole", je dois avouer que je me souviens plus trop bien de ce dernier.
Mais j'ai trouve cette image ,et ma foi il est vrai que le geant des glaces subodore une image un tantinet naive mais avec du recul, celle ci ne fait que confirmer la clairvoyance du maitre

-Edité le: Mercredi 15 février 2006 à 19:12 par zeck-



   
RépondreCitation
Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 10550
 

Le géant est une grande marionnette animée par plusieurs personnes apparaissant et disparaissant dans une fosse de théâtre. Le premier plan, du reste, fait ouvertement référence (comme pratiquement tous les décors de Méliès) à l'univers théâtral; il se compose d'éléments peints, en deux dimensions, disposés sur plusieurs plans pour donner un sentiment de profondeur sans réellement simuler la profondeur.

Faire apparaitre un géant réaliste ne pose aucun problème en cinéma, et Méliès plus que tout autre le savait. Il n'y a qu'à voir les scènes de Gulliver. Pourquoi a-t-il choisi ce moyen archaïque et fort peu réaliste? Est-ce, comme on a pu le dire, le signe d'un art entré en décadence, et la lassitude du maître, fatigué de trouver des moyens plus imaginatifs et moins dispendieux (le film était financé par Pathé/Grivolas)?

Pour moi, ce n'est que mon analyse mais je ne pense pas trop me tromper en disant que nombre de passionnés de Méliès s'y reconnaitront, c'est au contraire l'affirmation la plus évidente de l'indépendance d'esprit de l'artiste.

Méliès a toujours défendu l'absence de réalisme comme le coeur de son approche artistique. Pour lui, il fallait absolument créer une distance par rapport au réel, le monde de la fiction devait être vraiment différent de la réalité. Il fallait obtenir la distanciation, si je puis utiliser le terme que Brecht n'a théorisé que plus tard, qui, tirant le spectateur de la simple perception, l'amène à entrer dans le propos de l'artiste.
Pour cette raison, l'ensemble de son travail se caractérise par des similitudes frappantes avec le théâtre de son temps; le mouvement de caméra est proscrit et le spectateur est comme devant une scène.

Dans ce paroxysme de la Conquète du Pôle, pas un seul instant il ne cherche un rendu "réaliste". Le parti-pris théâtral est au contraire parfaitement assumé, un théâtre fait de machines et de changements "à vue". Seulement, la distanciation théâtrale suppose un effort d'abstraction de la part du spectateur. Méliès percevait le réalisme comme une facilité, il n'admettait pas de se contenter de filmer ce qui existe (il aurait considéré celà comme une fumisterie). Ce géant de carton-pâte est pratiquement, d'un certain point de vue, un manifeste.

Effectivement, par rapport aux critères de la narration cinématographique du temps, le film est désuet (n'oublions pas qu'il date de 1912). Ceci-dit, ce que Méliès affirme, au travers de cette oeuvre majeure, c'est ce principe souvent négligé: il y a un progrès des techniques utilisées en art, mais il n'y a pas de progrès artistique. Ce qui est poétique le reste au travers des siècles. En 1912, le statut de produit industriel de consommation de la production cinématographique de masse ne fait plus aucun doute. Méliès, en prototype du parfait cinéaste indépendant, résiste tant qu'il le peut à la facilité qui consiste à prendre acte d'un public futile à la recherche de sensations immédiates et qui se laisse acheter facilement par la nouveauté technique. Le public de 1912, comme le public actuel, comporte une frange de gogos qu'il suffit de ferrer avec de tous nouveaux effets spéciaux et un style rentre-dedans. Méliès prouve qu'il ne fait pas de beaux trucages par opportunité commerciale, mais parce qu'il croit en ce qu'il fait.

-Edité le: Mercredi 15 février 2006 à 20:58 par Hallberg-


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Jeanne D'alcy (Charlotte Faës de son vrai nom)fut la seconde epouse De G Melies ! Elle fut l'actrice preferee par celui ci pour toutes les scenes de disparition. L'actrice beneficie d'une tres fine taille et d'une grande souplesse. Atout non negligeable pour ce genre de tour.

En 1914, elle obtenu la gerance du magasin de bonbon et de jouet de la gare MonTparnasse. C'est la que Georges la rejoigna et l'epousa apres ses deboires financiers et la perte de la propriete de Montreuil.

En faisant des recherches sur Jeanne D'Alcy, je me suis rendu compte qu'une auteure Quebecquoise "Louise Portal" rediga un roman intitule "L'actrice". Quelqu'un l'a t il lu?

Je suis un amoureux de vieille photo. Quelqu'un aurait des documents photos concernant Jeanne d'Alcy a part celui ci?

Pour la premiere actrice du cinema francais, il n'y a pas effusion de ceux ci.



   
RépondreCitation
Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 10550
 

J'ignore si Jehanne d'Alcy a fait l'objet d'autres ouvrages spécifiquement consacrés à sa personne. Des informations et documents photographiques sont du reste à chercher dans la bibliographie habituelle sur Méliès. Je vous indique ce que j'ai ici sous la main:
Malthête Jacques: Méliès, images et illusions. Association Exporégie Paris, 1996.
Malthête Jacques, Mannoni Laurent (dir): Méliès, magie et cinéma. Paris-Musées, fondation Electricité de France, 2002. Gros livre richement illustré, très accessible, mettant en lumière plusieurs aspects passionnants (par exemple, les sources en partie offenbachienne du Voyage dans la Lune...) et contenant la filmographie la plus complète du moment. Nombreuses images de Jehanne d'Alcy dont un portrait à l'huile.
Malthête Madeleine (dir): Méliès et la naissance du spectacle cinématographique - Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 6-16 août 1981. Klincksieck, 1984.
Malthête Madeleine: Méliès l'enchanteur. Hachette, Paris, 1973 (plusieurs rééditions jusqu'en 1995). Attachante biographie. Les cahiers photographiques contiennent plusieurs photos de Jehanne d'Alcy (à la scène et à la ville).

Je dispose également d'un recueil de photos ("Méliès, un homme d'illusions"), Centre national de la photographie, 1986. Jehanne doit y être comme actrice dans certaines scènes.

La photo que tu as trouvée est la plus souvent publiée. Seulement, dans nombre d'ouvrages, elle est associée à tort au numéro d'escamotage et au film éponyme ("Escamotage d'une dame chez Robert-Houdin"). En réalité, elle est issue d'une illusion d'optique présentée dans le foyer du théâtre. Ce dernier comportait une scène miniature sur laquelle on faisait du "close-up" (de la prestidigitation conçue pour être vue de près). C'est l'un de ces tours, "la source enchantée", qui vallait à Jehanne d'apparaitre de cette façon. Sa tête semblait posée sur un plateau suspendu par des fils, et en dessous se trouvaient des bougies pour faire croire que l'espace en dessous était vide. Cette illusion a été créée en 1892, et sur son principe (un complexe jeu de miroirs), elle a de nombreux points communs avec une autre illusion célèbre de Méliès, "le miroir de Cagliostro ou la fée des fleurs" (1989) où le visage de Jehanne apparaissait cette fois au dessus d'un vase, au milieu des fleurs. Du reste, l'origine de ce trucage est un numéro présenté avant Méliès chez Robert Houdin, "la sybille de Cumes".

Pour ce qui est de son nom réel, Jehanne est plus souvent citée comme Fanny Manieux. Faïs est son nom de jeune fille, Manieux celui de son premier mari (mort très jeune). Quand au prénom, si les sources d'origine Malthête et famille Méliès (les Malhtête actuels sont tous proches parents des Méliès) s'en tiennent à Fanny. D'autres sources donnent Charlotte-Stéphanie.

Je tiens à signaler que la petite taille de Jehanne était avant tout essentielle au théâtre Robert Houdin (elle faisait partie de la troupe avant l'arrivée de Méliès, elle y avait été engagée en 1887 par Voisin, le prédécesseur de Méliès). Les escamotages et autres trucages exigeaient la présence de personnes de petite taille. Jehanne s'y fit néanmoins remarquer aussi (et surtout) par son intelligence vive et son talent dramatique. Dans sa carrière cinématographique, cette caractéristique physique devint beaucoup moins importante. Le film de l'escamotage a du reste été tourné sans recourir à la trappe du théâtre, mais avec le principe de l'arrêt de caméra. C'était du reste une de ses premières utilisations après le légendaire épisode de la place de l'Opéra.
Dans ses films, Méliès employait également une autre "jeune première", Bleuette Bernon.

-Edité le: Mercredi 1er mars 2006 à 01:28 par Hallberg-


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Merci pour toutes ces profondes precisions. C'est un regal pour moi a lire.

J'ai recense sept films avec Jehanne

1897 CABINET DE MEPHISTOPHELES (le)
1897 APRES LE BAL
1899 CENDRILLON
1899 DANSE DU FEU (la)
1902 VOYAGE DANS LA LUNE
1903 CHAUDRON INFERNAL (le)
1904 VOYAGE A TRAVERS L' IMPOSSIBLE

est ce correct ?

Hall,
serais ce trop te demander de scaner une ou quelques photos de Jehanne .....a la ville , et egalement si tu as des vues de "apres le bal, le tub" ?

Bleuette Bernon....tout le monde la deja vue, mais peu savent que ce fut elle. Elle fut tres, tres , tres belle parait il...

Al lalallalala,Einstein m'a casse mes reves acec ses voyages temporels en sens direct. La naissance du XXe siecle, qu'est ce que je donerais pour m'y rendre.....je m'egare....

C'est elle qui fait la grimace douloureuse lorsqu'elle recois l'obus dans l'oeuil. (voir photos dans le premier post du topic)autrement dit elle interpreta le role de Phoebe.

Autre chose, pour revenir a Melies, j'ai lu qu'un second studio avait ete construit a Montreuil. En sais tu plus a ce sujet?

Je me demande encore si ce n'est pas Jehanne qui a jouee la premiere scene de nue dans l'histoire du cinema ??

-Edité le: Jeudi 2 mars 2006 à 21:00 par zeck-



   
RépondreCitation
Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 10550
 

La première scène nue, à cause de la courte bande: "après le bal"? Qui du reste, entre nous, n'a strictement aucun intérêt à part cet aspect là? J'avoue que je n'en sais rien, à force de l'entendre. Chaque fois qu'on entend dire que quelque-chose est "le premier" ou "le dernier", on finit par retrouver dans le catalogue d'un artiste beaucoup moins connu un démenti formel... Les scènes mythologiques qui étaient nombreuses à la fin du XIXe et au début du XXe ont probablement entrainé des "nus mythologiques",mais ceux-ci ne sont jamais mentionnés comme tels puisqu'ils sont "normaux" dans l'esprit de l'époque.

Pour les films dans lesquels elle apparait, je ne vais pas pouvoir vérifer parce que les filmographies dont je dispose ne comprennent pas l'indication des comédiens. Il faut de toutes façons au moins replacer l'escamotage d'une dame chez Robert Houdin dedans, et pour le reste, ce serait plutôt dans une grande partie des films de la première moitié de la carrière cinématograhique de Méliès qu'il faudrait la voir, soit plutot un ordre de grandeur de l'ordre de la cinquantaine de films...

Pour les photos, je ne peux pas... D'une part je ne dispose plus d'un moyen pour les faire apparaître ici, d'autre-part, les ouvrages concernés sont soumis au copyright... Et sans jouer les psychorigides là-dessus, si moi qui ai été en contact, même très sporadique, avec les auteurs des ouvrages, si je commence à les scanner, ça me ferait drôle, quand-même...

P.S. j'ai une personne qui m'a écrit sans doute après avoir lu ces interventions ici, je suppose, une personne qui fait des recherches sur la figure du Diable dans Méliès. J'étais en train de préparer une longue réponse quand C'te Bête - c'est le nom de ma bourrique d'ordinateur - a fait un caca nerveux et m'a fait perdre tout mon message. Je m'en excuse auprès de cette personne qui se reconnaitra si elle me lit, et je lui envoie un petit mot ce soir même.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
RépondreCitation
Ancien membre
(@ancien-membre)
Prominent Member
Inscription: Il y a 18 ans
Posts: 730
Début du sujet  

Cette video emane un peu l'atmosphere Melies.

http://www.kornerson.com/media/qplay2.asp?type=yt&m=v/RLlLiypT_EA



   
RépondreCitation
Page 1 / 2
Share: