Yoko dans les médias
Cette rubrique, Yoko dans les médias, rassemble les articles parus essentiellement dans la presse écrite comme des magazines, journaux, fanzines et autres.
-
Solaris
Voici une interview parue dans la revue québécoise Solaris (http://www.revue-solaris.com) dans les numéros 46 (août 1982) et 48 (février 1983). Cette interview est réalisée par Luc Pomerleau, qui tenait aussi la chronique BD (“Le Bédéraste”) de la revue.Tout nos remerciements à Richard Gendron qui nous à envoyé l’article.Issu des studios de Jacques Martin et de Hergé, Roger Leloup a réussi avec sa première série à captiver l’intérêt d’un grand nombre de lecteurs. YOKO TSUNO est l’une des bandes les plus populaires de SPIROU et trouve ses adeptes parmi les lecteurs de tous âges.Bande dont le dessin classique fascine les uns et irrite les autres, Yoko Tsuno est chère au coeur de l’auteur. Ses déclarations dans l’entrevue qui suit permettent de mieux le connaître et, par là, de mieux comprendre Yoko, qu’on devine très près de lui; il insiste pour dire qu’elle est la grande soeur qu’il n’a jamais eue.Nous l’avons rencontré à Québec. Nous avons commencé par aborder ses débuts dans la bande dessinée, qui sont encore peu documentés pour la plupart des lecteurs.entrevue:RogerLeloup
Roger Leloup, vous avez commencé dans la bande dessinée comme assistant de Jacques Martin. Pourriez-vous nous donner quelques détails à propos de cet apprentissage?J’étais dans une école qui s’appelle Saint-Luc; j’habite un petit patelin qui s’appelle Verviers, à l’est de la Belgique près de l’Allemagne, et j’allais à l’école dans une grande ville. Je me destinais à la publicité, au fond. Et pendant mes vacances, après 3 ans d’études à Saint-Luc, Jacques Martin habitait plus bas que chez moi. On a discuté assez longtemps, surtout qu’il est très loquace, et il a mentionné qu’il cherchait un assistant pendant les vacances. Et bon, j’ai cherché un assistant pour Jacques Martin, je n’en ai pas trouvé, et un jour je me suis dit “je vais lui offrir de faire ses coloriages pour voir ce que ça donne”. Quand il a vu les coloriages, il m’a proposé d’aller chez lui, ce que j’ai fait.J’ai commencé d’abord à colorier les histoires d’Alix; c’était dans LE SPHINX D’OR, c’est déjà loin! Puis j’ai poursuivi dans la série des chromos VOIR ET SAVOIR que l’on distribuait avec des Points Tintin; ces chromos ont ensuite été imprimés en albums je crois dernièrement (Aux éditions Septimus, sous les titres de L’HISTOIRE DE L’AEROSTATION, L’HISTOIRE DE L’AUTOMOBILE, etc., sous la signature de Hergé. NDLR.) Je dessinais donc les voitures et les avions, Martin les repassait à l’encre. Plus tard, je les ai repassés à l’encre aussi, mais à ce moment-là il le faisait lui-même et les envoyait à Hergé qui mettait à côté un petit Tintin en costume d’époque. Un jour, Hergé a trouvé ça complètement ridicule qu’il y ait un studio qui se trouve à des kilomètres de chez lui; les dessins risquaient de se perdre, de s’abimer. Alors il a réuni tout le monde dans son studio de la rue Louise à Bruxelles. C’est comme ça que je me suis retrouvé chez Hergé, un rêve magnifique à l’époque.Qu’y faisiez-vous ? Les machines ? Les décors ?Pas tellement les décors; surtout ce qui était de la technique, tout en continuant les décors de Jacques Martin et ses coloriages. J’ai commencé les décors dans LA GRIFFE NOIRE, jusqu’à la première case de IORIX LE GRAND que j’ai faite au crayon, après quoi je suis parti.Chez Hergé, à partir de quel album avez-vous travaillé ?Hergé m’a testé pour mon premier décor, c’était la gare de Nyon dans L’AFFAIRE TOURNESOL. C’était assez amusant parce que je me suis tapé un hall vitré et la gare de Nyon n’a pas de toit vitré au-dessus. On aurait pu aller faire des photos…J’ai commencé là-dedans et puis, c’est difficile à expliquer ce que j’ai fait …ça passe par les petites chaises roulantes du Capitaine Haddock dans LES BIJOUX DE LA CASTAFIORE…II y a une chose que je raconte souvent parce que c’est très typique. Quand j’était petit j’avais des problèmes avec mon foie; c’était la guerre et ma mère pour me consoler m’offrait de la littérature. Elle m’a offert mes premiers livres de BD, Quick et Flupke, et L’ILE NOIRE.La première version ?Oui. Et j’ai joué aux avions de l’Ile Noire dans mes couvertures. Devenu adulte, Hergé m’a confié le soin de redessiner les avions de la nouvelle version de L’ILE NOIRE (1965). Donc, sans le savoir, il réalisait mes rêves d’enfant. Les deux versions de L’ILE NOIRE sont fidèles l’une à l’autre; je me suis attaché à ne pas trahir mes rêves d’enfant.Peu après, Hergé a offert à mon fils L’ILE NOIRE et j’ai trouvé plus tard mon fils qui jouait aux avions de L’ILE NOIRE. Donc, une génération avait passé… l’art de ne pas vieillir…Grâce à Hergé.Grâce à lui, qui est resté étonnamment jeune.A quel moment avez-vous décidé de partir en solo ?Il y a un problème qui s’est créé vers la fin de mon séjour chez Hergé. C’est que j’ai travaillé pour Jacques Martin, j’ai travaillé pour Hergé, mais jamais sous mon nom. Alors il y avait des problèmes, il ne faut pas le cacher; il y avait Hergé avec sa grande gentillesse et une certaine lâcheté quand même. Je travaillais pour Martin, et Hergé m’apportait un dessin pour lui et il me disait “Vous le faites tout de suite, c’est urgent”. Alors je mettais de côté la page de Martin, qui était urgente aussi. Ils n’ont jamais eu -
Yoko à la frontière de la vie (Télé moustique)
Voici un article tiré de l’hebdomadaire Télé Moustique de 1977 ou 1978 (nous n’avons pas la date, ni le numéro). Cet article est signé Alain De Kuyssche, Télé Moustique est un hebdomadaire belge qui a appartenu aux éditions Dupuis et dont, Alain de Kuyssche en a était le directeur à une époque, Alain est aussi scénariste. Cet article nous a été envoyé par Stéphan.

-
YOKO TSUNO, MYTHE OU REALITE ?
Voici un article signé par Pierre BRUYLANDT, intitulé “Yoko Tsuno : Mythe ou Réalité ?”. Cet article nous a été transmis par Stephan. Malheureusement, nous ne disposons pas de la date de publication ni de la source précise d’où il provient. Cependant, il est raisonnable de supposer qu’il a été rédigé entre 1984 et 1985, après la parution de “Feu de Wotan“. Il est possible qu’il ait été extrait de l’hebdomadaire belge “Vlan“, dont Pierre BRUYLANDT a occupé le poste de rédacteur en chef à une époque.Rencontré Roger LeloupYOKO TSUNO, MYTHE OU REALITE ?Les véritables héroïnes féminines, celles qui tiennent réellement le premier rôle, sont rares dans la bande dessinée où les mâles régnent en maîtres dans un monde presque exclusivement réservé aux hommes, composé d’hommes. Et ce ne sont pas Tintin, Spirou, Lucky Luke, Buck Danny et Astérix qui nous contrediront. Dans cette B.D. du sexe fort, Yoko Tsuno fait figure d’exception. Cette jeune et jolie Japonaise, informaticienne et électronicienne, rompue aux arts. martiaux, s’est affirmée au fil de son histoire déjà longue de quatorze albums. Mais saviez-vous que Yoko habitait dans le Brabant wallon, à un rayon laser de Wavre ? Nous le savions et lorsque nous nous sommes trouvé devant la maison, la Fiat X19 était là, signe que Yoko Leloup — à moins que ce ne soit Roger Tsuno — nous attendait. Bref, vous avez compris que Roger Leloup allait nous recevoir pour parler de sa fille. Le doute n’est plus permis, Yoko est bien la fille de Roger Leloup tant ce dernier nous en parle avec passion, amour, tendresse comme un père qui aurait aidé sa fille à « vivre sa vie ». A vivre des aventures extraordinaires qui commencent la veille de Noël 1969.— Ce jour-là, raconte Roger Leloup, je jouais gros en proposant à Dupuis une histoire originale. En effet, j’avais quitté les studios de Hergé après quinze années de bons et loyaux services passés à dessiner avions, fusées et châteaux. Cette « cassure » avait été encouragée par Tillieux et Peyo qui m’ont persuadé de créer mon personnage.— pourquoi Yoko Tsuno?— Yoko est née dans mon imagination mais je dois reconnaître que j’ai peut-être été influencé par une actrice asiatique du nom de Yoko Tani, Mais j’insiste très fort pour rappeler que « ma » Yoko est une Japonaise qui vit en Europe. Et voilà la première héroïne de B.D. qui ne soit ni policier ni journaliste. Yoko est une forte en math puisqu’elle fut, dès la première histoire, ingénieur en électronique. Ses aventures, un album par an, elle les vit alternativement sur notre bonne vieille terre et dans l’univers des Vinéens. Une tribu dont l’origine mérite d’être racontée.— Quand j’étais petit, nous confie Roger Leloup, j’étais dyslexique. Je voyais souvent, chez nous, à la maison, un pot de crème Nivea que je lisais Vinéa et, je m’imaginais qu’en se mettant de la crème sur te visage, on devenait bleu comme l’emballage. Et voilà comment, au moment de créer mon scénario de science-fiction, tes Vinéens bleus de mon enfance me sont revenus à la mémoire.A LA TETE DU « TRIO DE L’ETRANGE »Le personnage de Yoko est né presque par hasard. C’est dans la série Jacky et Célestin qu’elle est apparue pour la première fois. Elle ne jouait qu’au second plan, la vedette étant tenue par son frère.(Propos recueillis par Pierre BRUYLANDT.)
(SUITE EN PAGE 4) -
L’entretien du mois: Roger Leloup
Voici une interview de Jean Leturgie parue dans la revue Circus N° 29 du 29 juillet 1980, lors de la parution de La Lumière d’Ixo. Merci à Renaud.
Jean LeturgieL’ENTRETIEN DU MOIS: ROGER LELOUPQuand on aborde une aventure de Yoko Tsuno, on est immédiatement frappé par la qualité d’imagination qui s’en dégage. Conteur né, Leloup excelle i bâtir une atmosphère. II est autant à l’aise dans l’évocation des mystères du passé que lorsqu’il s’attache à décrire un futur dont la technicité raffinée n’est pas sans funestes prolongements.Cette vive imagination est complétée par un sens très aigu de la construction du récit. Etre clair et simple est une des principales exigences de Leloup narrateur. D’où son goût affirmé pour les trames strictes et linéaires, dont la fantaisie n’est cependant jamais absente, on le sait !L’une des grandes forces de Leloup a toujours été de ne jamais se contenter du simple développement d’aventures passionnantes, mais de réussir à y introduire a chaque page, un large esprit de compréhension et d’humanité.Formé à l’école réaliste d’Hergé, grand admirateur d’Edgar P. Jacobs, Leloup a retenu de ses illustres prédécesseurs le souci du détail et le goût de la documentation. Avant de commencer l’élaboration d’un album, il prend le maximum de renseignements sur le sujet qu’il va aborder: il se procure des ouvrages sur la question, consulte des spécialistes, assemble des photographies.Il procède lui-même au découpage, au croquis, à la mise au net et même au lettrage, avec une précision et une conscience qui font de chacune de ses planches un véritable joyau. Son dessin est net, précis, sans bavures et, en même temps, plein de vie et de mouvement.Une planche complète lui prend six jours de labeur. Et il répète volontiers, à ce propos, sa formule personnelle. Pour réussir une BD, dit-il, il faut “20% d’inspiration et 80 % de transpiration “. C’est tout !Roger Leloup, vous avez débuté dans la bande dessinée en collaborant aux studios Hergé. Comment y êtes-vous entré?J’étais à l’époque étudiant à Saint-Luc – école d’arts ? et il s’est trouvé qu’à quelques pas de chez mes parents habitait un monsieur nommé Jacques Martin, l’auteur d’Alix. Mon père tenait une boutique qui était à la fois : parfumerie, tabac et salon de coiffure, et Jacques Martin s’y fournissait en “after shave”. Il lui a demandé s’il ne cherchait pas un collaborateur pour les vacances. C’est ainsi qu’un jour, Jacques Martin m’a donné une mise en couleurs d’Alix à faire. Je l’ai exécutée et par la suite il m’a demandé de travailler pour lui. Je faisais donc les couleurs d’Alix et en même temps nous réalisions l’histoire de l’aviation avec le personnage de Tintin. Cette collection qui comprenait différents thèmes n’a pas eu beaucoup de succès, car les volumes n’étaient envoyés que contre timbres “Tintin”. Dans cette histoire de l’aviation, je dessinais les avions ; j’ai une passion pour l’aviation, passion qui m’a poussé à faire des études graphiques approfondies dans ce domaine. Nous envoyions nos planches par la poste et, un jour, Hergé a pensé qu’il serait plus simple de réunir en un seul endroit les gens qui travaillaient pour lui. C’est ainsi que je me suis trouvé engagé aux studios Hergé.Vos débuts de collaboration à la série “Tintin” se situent à quel moment ?Aux environs de 1953, Les studios Hergé se situaient à l’époque au-dessus de la loterie coloniale. Je travaillais toujours pour Jacques Martin et, parallèlement, j’ai fait mon premier travail pour Hergé. 11 s’agissait de la gare de Genève. Dans “L’affaire Tournesol”, premier travail, première erreur, car j’ai dessiné un toit vitré qui dans la réalité n’existe pas. Par la suite, j’ai réalisé surtout la partie technique des décors de Tintin, c’est-à-dire voitures, avions, etc., car Hergé voulait un spécialiste pour ce genre de travail, J’ai d’ailleurs eu le plaisir de collaborerà la nouvelle version de “L’Ile Noire”. Je dis plaisir, parce que “L’Ile Noire” fut le premier album de bande dessinée de mon enfance. J’ai également conçu l’avion du milliardaire dans “Vol 714 pour Sydney “. J’en ai fait une maquette qu’Hergé conserve chez lui. J’étais également chargé du lettrage des albums, d’une partie des dessins publicitaires…Pourquoi avoir décidé de voler de vos propres ailes et qui plus est dans une maison concurrente à celle de Tintin ?J’ai réalisé que je travaillais sans être connu puisque sous le nom d’un autre et que, bien qu’étant largement rétribué pour mon travail, il serait peut-être souhaitable que je songe à assurer ma propre série. J’ai donc décidé de travailler sous mon nom. A ce moment j’ai eu la chance de rencontrer Francis Bertrand. Il m’a proposé de collaborer aux productions Peyo, et j’ai repris la série “Jacky et Célestin”. Mais l’envie de créer mes propres personnages me tenait. Je dois dire qu’à ce moment, l’équipe de chez Spirou m’a particulièrement aidé. J’avais la garantie, si mon histoire ne marchait pas, de continuer à faire des pages de Schtroumpfs et de reprendre Gil Jourdan que Tillieux n’avait plus le temps de dessiner. Maurice Tillieux a d’ailleurs insisté auprès de Monsieur Dupuis pour qu’il m’engage en lui disant : “Si vous ne le prenez pas, il ira ailleurs”. En fait, j’avais proposé une histoire au Lombard que Greg avait refusée car elle faisait trop “Peyo”… Cette histoire ? Niki et Sosthème ? paraîtra peut-être un jour dans Spirou. Elle est entièrement inédite et mettait en valeur les ancêtres de “Jacky et Célestin”.Yoko Tsuno n’a pas été conçue directement pour Spirou?Il s’est passé la chose suivante. Les Editions Dupuis voulaient faire paraître une histoire simultanément dans Spirou et dans le journal allemand Eltern. On m’a demandé de dessiner dix pages du scénario “Le trio
Circus N°29 – Page 15 -
Voyage au coeur de la vie avec Roger Leloup (Sapristi)
Interview entre Roger Leloup et Féderic Sébastien parue dans le fanzine trimestrielle Sapristi ! N°13 du 1 juillet 1987. Merci à Renaud pour cet envoi. Sapristi ! était édité à l’époque par l’ANBD (Association normande de bande dessinée).

-
Leloup dans La Vie du Rail, Novembre 1993
Jusqu’au milieu des années 1990, le magazine “La Vie du Rail” consacrait régulièrement quelques pages aux représentations du chemin de fer dans l’art et la littérature.
C’est à ce titre que parut en 1993 cet article consacré à Roger Leloup. Le dessinateur y évoquait son enfance et les racines de son intérêt pour le monde ferroviaire. Les trois pages étaient illustrées de quelques cases de L’Or du Rhin. Le journaliste, Jack Chaboud, a signé aux éditions La Vie du Rail un ouvrage important sur les trains dans la bande dessinée, “Quai des Bulles”.
LE “RHEINGOLD”, HÉROS DE BANDE DESSINÉE
Par Jack Chaboud (La Vie du Rail N°2421, 24 Novembre 1993)
Créateur de la célèbre Yoko Tsuno, ancien collaborateur d’Hergé, Roger Leloup a grandi près d’une voie ferrée, admirant “les seigneurs du rail”. En 1989, une petite loco va le replonger dans cet univers et il est aujourd’hui un mordu de modélisme. Dans son dernier album, Yoko partage la vedette avec “L’Or du Rhin”.Né à Verviers, en Belgique, en 1933, Roger Leloup a gardé de son enfance dans cette ville des souvenirs étroitement liés au chemin de fer : ?Le salon de coiffure de mes parents était situé le long de la voie ferrée, à mi-chemin de la gare de triage et de la gare de voyageurs?
Entre les deux gares, il y a un tunnel où le petit Roger va voir s’engouffrer et déboucher les locomotives, et au dessus duquel il fonce en vélo dans les panaches de fumée.
“Notre quartier vivait au rythme des trains, ajoute-t-il, et les mécaniciens faisaient souvent leurs manœuvres près du salon, pour jeter un coup d’œil dans le coin des dames. Ca mettait ma grand-mère en fureur, à cause de la fumée qui salissait son linge séchant en contrebas de la voie.” Pendant que la vieille dame apostrophe les seigneurs du rail, ceux-ci cueillent son petit-fils et le juchent sur une caisse pour l’installer aux leviers de leur machine. Durant la guerre, alors que son père était prisonnier, le jeune Leloup est très entouré par un grand-père qui lui transmet sa passion pour les châteaux-forts, l’aquarelle, et une mystérieuse inconnue avec qui il a de quotidiens rendez-vous… C’est, bien-sûr, encore une locomotive.
“À cette époque, en hiver, se souvient Roger Leloup, les roulants étaient nos bons anges car ils s’arrangeaient toujours pour répandre du charbon sur le ballast.” Il poursuit : “Je n’avais pas besoin de train jouet puisque mon quartier était un réseau miniature, où je pouvais contempler les machines dont j’entendais dans la nuit le halètement et le cognement des bielles. l’aventure était aussi là, avec les convois allemands hérissés de canons de DCA et de mitrailleuses, dont mes copains et moi bombardions les servants de boules de neige. Plus tard, il y a eu les trains de prisonniers, dont certains s’évadaient en ville le visage noirci par le charbon, plus tard encore des trains de blessés sont arrivés d’Allemagne.”
Malgré ces moments pénibles, le petit Roger découvre les romans de Dickens et de Jules Verne et, comme tous les enfants uniques, il se crée des univers imaginaires peuplés de monstres et de douces captives.
Au lendemain de la guerre, il obtient le diplôme d’arts graphiques de l’institut Saint-Luc, à Bruxelles, et travaille ensuite trois ans dans la publicité, avant de rencontrer un des proches collaborateurs d’Hergé, Jacques Martin – le créateur d’Alix – qui lui confie les dessins d’une encyclopédie de la locomotion.
C’est ainsi qu’il entre au studio Hergé où il passe quinze ans, réalisant en particulier les machines de la dernière version de l?album de Tintin le plus ferroviaire : L’Île Noire.
Pendant toutes ces années, Roger Leloup se passionne pour la mécanique et l’électronique. Fervent aéromodéliste, il est deux fois champion de Belgique de vol circulaire. Rien d?étonnant donc à ce qu’il conçoive, en 1968, une héroïne électronicienne, pilotant avions et fusées, mais également inspirée des figures angéliques de ses rêveries passées. Une héroïne dont les traits asiatiques rapellent ceux de l’actrice japonaise Yoko Tani.
Porteuses des visions humanistes de leur auteur, les aventures de Yoko vont aborder des thèmes de science-fiction, ou se dérouler dans les atmosphères fantastiques de châteaux médiévaux et des légendes rhénanes.
Les trains de Verviers sont bien loin lorsque, un jour de 1989, Roger Leloup voit ressurgir le passé dans une boutique de modèles réduits où il reconnait “une type 01 de mon enfance.” Il l’achète immédiatement, véritable déclic d’une passion dévorante. Installé à Wavre, près de Bruxelles, il est maintenant à la tête d’un parc de 150 locomotives et d’innombrables voitures et wagons. Il précise : “Je n’ai pas acheté ces machines pour les mettre en vitrine, elles roulent toutes sur mon circuit intérieur de 51 mètres ou sur mon circuit de 45 mètres dans mon jardin.” Et il continue : “j’aime leur faire donner leur puissance, mais attention, dans le respect de la vitesse des machines réelles à leur échelle.”
Au fil de ses achats, il réunit une importante documentation technique et historique sur ses acquisitions, dont un premier train de rêve, un Orient-Express de 1930 “tiré par une 140 de chez Roco, avec les fameuses voitures LX à toit blanc de chez Rivarossi.”
Enfin, il y a deux ans, il fait une nouvelle rencontre avec le modèle réduit d?un autre train de luxe, l?Or du Rhin, le Rheingold allemand. À travers lui, c’est la nostalgie de son enfance, le monde de ses rêves, et les aventures de Yoko Tsuno qui se trouvent réunis.Mystère à la japonaise à bord de “L’Or du Rhin”
Pour faire suivre à son héroïne, Yoko Tsuno, les méandres du Rheingold, Roger Leloup a fait des repérages sur un parcours qui lui était déjà familier. Il a aussi passé deux jours en gare de Cologne pour observer le mouvement des trains. Puis, il a réalisé des montages photos et réuni une documentation dont l’ouvrage de réference est le “Rheingold” paru chez Motorbuch Verlag. Pour reproduire le train, il a également filmé la rame 1928 de ses modèles réduits, n’hésitant pas à démonter machine et voitures pour obtenir des vues particulières de certains éléments.
“Avec mon style graphique très précis, commente-t-il, j’ai eu beaucoup de difficultés à ne pas figer les mouvements de la locomotive, et je ne peux pas tricher en masquant la machine par un nuage de fumée, car le “Rheingold” fumait peu !”
Rappelons la trame de cet épisode des aventures de Yoko Tsuno. À cause de l’agression d’une compatriote et de la découverte d’explosifs dans sa voiture, Yoko se retrouve à la gare centrale de Cologne, face à son vieil ennemi Ito Kazuky. Le milliardaire se prépare à négocier avec des Allemands un contrat fabuleux dans… une rame du “Rheingold” qu’il a fait restaurer, en lui adjoignant sa propre voiture aux équipements informatiques sophistiqués. Le train qui s?ébranle recèle bien des mystères et de curieux personnages. Tandis que le convoi roule le long de la vallée du Rhin, chantage, affrontements et meurtres se succèdent avant qu’une machination ne se mette en place pour la possession d’une terrifiante “chambre du néant” située dans la voiture de Kazuky. Mais Yoko et ses amis veillent. Un excellent suspense, doublé d’un régal pour l?amateur de reconstitution ferroviaire, avec 34 pages de vues générales, de gros plans intérieurs et extérieurs de machines, voitures, gares, ponts… Les dix-neuf aventures de Yoko Tsuno sont parues aux éditions Dupuis. Plus de cinq millions d?albums ont été vendus dans le monde. À noter que dans l’Orgue du Diable, la jeune japonaise, menacée d’être abattue par un tueur sur une voie de la vallée du Rhin, est sauvée par l’irruption d’une CC “E 94” des années 50…Le réseau de Roger Leloup Sur les quatre voies de sa gare de triage, Roger Leloup effectue des changements de locomotives grâce à un électro-aimant, et il fait circuler tous les types de convois de l”histoire du “Rheingold” disponibles en modèles réduits.
Il peut ainsi faire tracter des rames à six ou treize voitures Rivarossi ou Lilliput – dont les élégantes voitures violet et crème de la rame d”origine – par des 18.4 Lilliput, S 3/6 bavaroise, ou IV-h badoise.
Les voitures (ADE) illuminées de son “Rheingold” de 1962 sont tirées par différentes motrices électriques Fleischmann.







