J'ai toujours admiré la façon dont Yoko prenait le parti de Xunk, le faible dans les Titans et surtout sa réplique au Grand Migrateur quand elle lui a affirmé que Poky n'était pas une "larve". Cette scène devrait figurer dans celles qui sont "cultes" et d'ailleurs je devrais la rajouter...
L'humanisme de Yoko est toujours actuel. Il proclame le triomphe des valeurs occidentales, pour ne pas dire chrétiennes, sur le totalitarisme, et quand je dis "totalitarisme", je pense très large, jusqu'aux dérives de ce que l'on appelle le "libéralisme", doctrine au départ économique, devenu crédo politique, bref !
La grande confrontation de l'humanité avec des sociétés extra-terrestres qui auraient privilégié le groupe sur l'individu pourrait être une réalité un jour. On raconte des choses assez affreuses sur certains extra-terrestres, mais j'espère que ce ne sont que fantasmes. Quoi qu'il en soit nos valeurs ne s'avèreront pas forcément les plus "productives" et il faudra se battre pour les maintenir. D'ailleurs, peut-être qu'il faut déjà se battre ? ...
Je crois qu'à quelque part, l'humanisme de Yoko est un idéal.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
L'humanisme de Yoko, c'est celui de Roger Leloup. Reconnaissons-le, Roger n'est pas un auteur de S-F modèle courant. La coutume, presque le standard, en SF, est d'y trouver des personnages déshumanisés, des super-killers, ou des gens super-disciplinés équipés de gadgets qui sont la plupart du temps des armes... Les véritables vedettes, en S-F, sont soient des super-machines, soient des super-héros qui tirent leur pouvoirs de choses aussi mal définies que "La Force", "l'Énergie cosmique" et autres choses que l'auteur ne se gêne pas pour nommer répétitivement sans jamais les définir ni leur donner un fondement...
La force de Yoko n'est-elle pas justement cet humanisme que Roger ne nomme jamais mais qu'il illustre si bien? Je l'avoue tout platement : c'est cet humanisme qui m'a conquis à cette BD, pas la S-F. D'ailleurs, peut-on qualifier de S-F une aventure qui se déroule au 13è siècle, même avec une aile delta ou un translateur? Et où l'héroïne n'a aucun super-pouvoir autre que sa fermeté, son courage et son humanisme, pouvoirs qu'il nous appartient à tous de conquérir ou non. Nul n'a besoin d'un translateur ou d'un désintégrateur pour respecter la vie et reconnaître que "Les formes qui différencient les êtres importent peu...". C'est exactement le contraire du racisme et de l'anthropocentrisme. C'est le respect de la Vie, sous toutes ses formes.
C'est surtout, je crois, une admiration inconditionnelle que Roger a pour les êtres qui "ont franchi le cap de la réflexion", autrement dit, celui de la conscience. Ou, pour prendre les mots d'un autre auteur très connu (Hubert Reeves) : "En créant l'Homme, l'Univers s'est donné un coeur".
Lucterios a écrit Quoi qu'il en soit nos valeurs ne s'avèreront pas forcément les plus "productives" et il faudra se battre pour les maintenir.
Je plusse. Car les valeurs les plus précieuses ne sont pas celles de la productivité. Il suffit, pour s'en faire une idée, de mesurer "l'humanisme" des magnats de l'industrie et des spéculateurs pour lesquels la productivité (le rendement, le pourcentage de croissance à tout prix, y compris la survie même de la planète, le mépris de Kyoto...) est la SEULE valeur! Nul ne peut servir deux maîtres sans en venir à aimer l'un et détester l'autre.
Lucterios a écrit D'ailleurs, peut-être qu'il faut déjà se battre ? ...
Tout à fait! Sous peine de devenir des machines anonymes numérotées.
Cherrydean a écrit Je crois qu'à quelque part, l'humanisme de Yoko est un idéal.
Oui. Mais contrairement à "La Force" ou aux "Pouvoirs cosmiques", un idéal accessible. Ce n'est pas la norme du monde dans lequel nous vivons mais, selon la définition même du mot, la norme est la médiocrité. (De "medius" : ce qui est au milieu, la moyenne.) Ces valeurs ne sont pas typiquement occidentales (oh que non!) ni chrétiennes : des sages de toutes les cultures et religions les ont préconnisées. Mais je crois qu'elles sont inscrites en nous de naissance. Il suffit de remarquer que les très jeunes enfants ont un sens inné du juste et de l'injuste, même s'ils n'ont pas eu le temps d'apprendre, même s'ils ne savent pas l'appliquer encore, ce qui prend une vie à apprendre.

Il y a des personnes qui pleurent en apprenant que les roses ont des épines.
D'autres se réjouissent quand ils savent que les épines portent des roses
Hubert Reeves) : "En créant l'Homme, l'Univers s'est donné un coeur".
Cette citation est admirable ! Tu as bien senti, Petite Fleur, tout l'amour que met Roger Leloup dans son oeuvre. C'est pour cela qu'elle est intemporelle. On se sent meilleur rien qu'en lisant les aventures de Yoko. Son humanisme et sa droiture sont tellement "vivants" qu'on ne se lasse pas du personnage... Et on a hâte de retrouver Yoko comme une amie que l'on quitte pour un temps...Je ne sais si vous me comprenez bien...
Cehel2
Edité Dimanche 27 avril 2008 :15:38 par cehel2
"Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense."
(Christian Bobin)
+1

Il y a des personnes qui pleurent en apprenant que les roses ont des épines.
D'autres se réjouissent quand ils savent que les épines portent des roses
?
cehel
"Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense."
(Christian Bobin)
cehel2 a écrit ?
cehel
+1 ==> ça veut dire qu'il est d'accord avec toi, qu'il "plussoie" ^^



Exact!

Il y a des personnes qui pleurent en apprenant que les roses ont des épines.
D'autres se réjouissent quand ils savent que les épines portent des roses
l'humanisme dans Yoko (et ses partenaires, il ne faut pas les oublier) est vraiment à son paroxisme à la fin de l'album...
cehel2
"Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense."
(Christian Bobin)
Tu parles de quel album et qu'est-ce qui te fait dire que l'humanisme est à son paroxisme?
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Je parlais des "titans"... que j'ai complétement oublié de citer et que je venais de rererelire ! (j'ai l'album depuis 1978 !) Paroxysme, c'est vrai, c'est un mot exessif. Tu as raison.
cehel2
"Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense."
(Christian Bobin)
Je ne dis pas que c'est excessif. J'aimerais bien savoir par contre pourquoi tu dis cela. On ne va pas loin dans une discussion si on se contente d'affirmer des choses. Ton point de vue m'intéresse, je pourrais bien avoir envie de discuter de ce que tu avances, mais comme tu ne fais qu'affirmer que l'humanisme de Yoko est à son paroxysme (ou un mot moins fort, comme tu veux), je ne sais pas pourquoi tu dis ça.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Reprenons. Dans "les Titans" (puisque vous en parliez plus haut et que j'ai pris le train en marche) on peut dire que la fin de cette histoire est tout simplement merveilleuse... de tolérance, d'humanisme. J'ai peut-être employé un mot un peu fort (paroxysme)!
Cette histoire est très, très belle car elle nous enseigne que malgré les différences entre les êtres on peut s'aimer... C'est cela le génie de l'auteur : nous faire sentir qu'il n'y a que l'amour qui nous rassemble. Des êtres qui sont fondamentalement différents peuvent "bâtir un univers"... s'ils acceptent de s'aimer...
Est-ce que je suis bien dans ta ligne de pensée ?
cehel2
"Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense."
(Christian Bobin)
Pour moi, une scène de "Les Titans" (puisqu'il est surtout question de cet album ici) où "l'humanisme" de Yoko est le plus apparent est en page 19. Malgré l'insistance de Khâny
Khâny a écrit Votre désintégrateur! Tirez!...
et l'insistance répétée
Mais tirez donc!!
Yoko hésite...
Puis
Yoko a écrit Il est à bout de force... Il va succomber! NON!
Et elle tire ...mais sur le prédateur ruban! Elle a visé juste (dans tous les sens du mot) car Xunk, à son tour, la sauve et une communication s'amorce, qui deviendra une amitié. Une amitié précieuse! Touchante, aussi, est la confiance de Xunk envers cette inconnue qui vient de lui sauver la vie (et à qui il la sauve à son tour) de la laisser s'accrocher à son dos malgré le risque
Xunk a écrit Mais n'y déplace rien : tu mettrais ma vie en danger!

Il y a des personnes qui pleurent en apprenant que les roses ont des épines.
D'autres se réjouissent quand ils savent que les épines portent des roses
Effectivement, dans les " Titans", page 18 et 19 on assiste au combat des deux insectes géants... Tu as très bien fait de relater cet épisode, Petite Fleur.... J'ai relevé un mot que j'avais lu sans savoir ce que c'était : le mot "chitine" ! (= exosquelette des insectes)... Grande précision de l'auteur !
@ plus
cehel2
"Les enfants sont comme les marins : où que se portent leurs yeux, partout c'est l'immense."
(Christian Bobin)

