Aoki reste l'un de mes personnages préférés de par son abnégation. Son idéal de samouraï inassouvi, il vit retiré dans un monastère bouddhiste en accomplissant les tâches les plus humbles. J'imagine les leçons qu'il a dû donner à Yoko dans sa jeunesse : la vie n'est qu'un passage, la mort qu'une illusion, seuls comptent l'honneur et l'idéal ! Il ne faut pas se laisser arrêter par les faux-semblants : aller à l'essentiel ! Mais qui sait si Aoki a vraiment trouvé la sagesse ? Qui sait si Yoko a perdu de la sienne au contact de l'Occident sentimental. Elle n'aurait pas dû pleurer lors du sacrifice de son ami mais être fière. Pourtant, rien ne remplace la présence d'un être aimé. Ce sont les limites du bouddhisme qui fait si peu de cas de la notion de personne...
J'aime aussi beaucoup Aoki. À quelque part, il a donné beaucoup de sagesse à Yoko. Elle lui doit beaucoup. Je ne crois pas qu'elle ait tout perdu la sagesse zen qu'il lui a enseigné, bien qu'elle se demande parfois où elle est passée. Il faut bien pourtant un rien de non-sagesse, sinon elle n'aurait pas toutes ces aventures.
De son côté, je crois qu'Aoki doit également beaucoup à Yoko, car si son abnégation est louable, il lui manquait de chaleur humaine et Yoko a donné un nouveau sens à sa vie.
Yoko être fière plutôt que triste? Peut-être aurait-elle elle-même donné sa vie pour celle des autres, mais la perte d'Aoki a été la perte d'un être cher. Sans compter que ce n'est pas que l'honneur et l'idéal qui l'ont poussé à se précipiter dans le typhon, mais aussi les relents du fanatisme des kamicazes.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
On peut appeler l'idéal "fanatisme" quand on n'en comprend pas les motivations. Evidemment, quand des innocents meurentla question ne se pose plus. Mais Aoki ne sacrifie que sa seule vie. Il n'en est pas suspect. Il est intéressant d'imaginer son parcours mental, pendant toutes ces années où il a vécu dans l'humiliation de ne pas s'être écrasé sur le pont d'un porte-avion américain et où il craignait qu'on l'ai pris pour un lâche. En basculant dans le typhon, il s'est libéré de ses pensées morbides.
Je ne traite pas le sacrifice d'Aoki de fanatisme, au contraire. Je me disais que la pensée qu'Aoki n'aurait pas fait cela si ça n'avait pas été un kamicase à la retraite (étrange comme expression) aurait pu rendre Yoko amère en se disant que, sans cela, elle ne l'aurait pas perdu. Mais aujourd'hui, je vois les choses autrement. Je crois qu'effectivement l'idéal qu'Aoki avait de sacrifier sa vie pour son pays lui a permis de mieux accepter son sort. Ce qui la rend amère, je crois, c'est qu'elle se croit un peu responsable de ce qui est arrivé.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
"Kamikaze à la retraite": voilà un commentaire que j'aurais bien vu dans la bouche de Pol. Ça serait son genre, non?
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


A quand le prochain banquet annuel ?