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Le romantisme de l'Orgue du diable

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Lucterios
(@lucterios)
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Il y a comme une évocation du mythe faustien dans cet orgue dont les plans ont été fournis par le diable. Le malaise vient du fait que, même la musique, pourtant conçue pour Dieu, peut être utilisée par le démon. Karl n'a pas résisté. Il a utilisé l'orgue pour s'approprier la fortune de son oncle, quitte à torturer d'innocentes jeunes filles. Mais la morale est sauve et, finalement, "ces diableries n'ont pas leur place à côté de la légende de la Lorelei". Quoique, la Lorelei, c'était tout de même un genre de sirène qui charmait les bateliers par son chant, pour qu'ils fracassent leurs bateaux sur le rocher... Mais l'orgue magnifique reste dans tous les esprits, au point qu'Hallberg rêve d'y jouer des airs sinistres en faisant des plans pour dominer le monde !smiley


Fortuna audaces juvat !


   
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maryeva
(@maryeva)
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Celui-ci, il m'a fait faire des cauchemars pendant des nuits, au point de ne plus vouloir l'avoir dans ma chambre!!!

Mais il reste l'un de mes préférés, avec le "Frontière de la vie" et "la proie et l'ombre"...peut-être le coté mystèrieux...et, effectivement, romantique...


"La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit." (Maupassant - Une vie)


   
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Lucterios
(@lucterios)
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Oui, c'est l'un des plus romantiques avec "la proie et l'ombre".


Fortuna audaces juvat !


   
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Hallberg
(@hallberg)
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"La proie et l'ombre", c'est Walter Scott qui aurait rencontré Jules Verne! smiley


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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Lucterios
(@lucterios)
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C'est un peu ça oui, avec une touche de Conan Doyle...


Fortuna audaces juvat !


   
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Hallberg
(@hallberg)
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Ma comparaison était quand même un peu évasive. Je précise, ces deux auteurs étant fort polyvalents, que je pensais à Verne du "Chateau des Carpathes", et à Scott des contes fantastiques... Pas à "Sans dessus-dessous", Verne humoristique, ni à "Rob Roy", Scott historiquesmiley


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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Lucterios
(@lucterios)
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Bon, je tente d'élargir le sujet. Il me semblait bien que j'avais évoqué l'Orgue un jour... Le somptueux paysage du Rhin fournit un cadre idéal à l'histoire, avec des paysages dignes de Victor Hugo. Plus tard, Ingrid est confrontée à un autre thème du romantisme allemand : "la jeune fille et la mort". Il y a aussi la référence continuelle à l'oeuvre de Wagner, dont j'ai déjà parlé un temps. Le style "troubadour" et l'évocation d'un Moyen-Age plus ou moins rêvé arrive à de nombreux autres endroits de l'oeuvre, jusqu'à faire irruption brutalement dans l'astrologue de Bruges. Peut-être la fréquentation continuelle de ces villes du Nord aux atmosphères gothiques a-t-elle profondément marqué l'oeuvre ?


Fortuna audaces juvat !


   
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Thalie
(@thalie)
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Je ne m'y connais pas tellement en littérature... pouvez vous nous faire un petit exposé sur le romantisme ?
Je vois où vous voulez en venir, mais je pense que ça pourrait faire du bien au débat !
Merci smiley


"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard

"Le chat est entré dans la cage aux lutins"


   
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Lucterios
(@lucterios)
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Le romantisme, recentre l'action d'un roman sur l'individu et ses sentiments, après les exaltations de la période révolutionnaire. Il redécouvre le passé jugé obscurantiste par les mêmes révolutionnaires. Ses précurseurs sont Chateaubriand et même Rousseau. L'Allemagne joue un grand rôle dans ce mouvement, parce que justement elle est jugée comme encore médiévale, notamment dans les fantasmes de Victor Hugo, mais aussi de Gérard de Nerval qui traduit Faust. Le romantisme, se nourrit aussi de l'exaltation supposée de la période napoléonienne dans un monde redevenu concret et livré à la bourgeoisie d'argent (cf Stendhal). Finalement, on n'en est jamais sorti...

Edité Vendredi 16 mars 2007 :18:55 par Lucterios


Fortuna audaces juvat !


   
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Thalie
(@thalie)
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Waou... merci pour ces explications.

C'est drôle, toute à l'heure sur France Inter, il y a eu une émission sur le Roman. C'est dommage, je n'ai pas pu tout écouter. Mais ils semblaient dire que pas mal d'auteurs avaient dénigré ce style car il mettait trop de descriptions dans les textes.

Yoko est une BD, pourtant, on parle de romantisme... est ce que l'image, le dessin de Roger Leloup est si précis qu'il ne nécessite pas de description ?

Je m'égare surement... je me demande si je ne fais pas un hors sujet !


"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard

"Le chat est entré dans la cage aux lutins"


   
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Lucterios
(@lucterios)
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Je ne sais pas... J'associe plus les descriptions avec le naturalime, moins avec le romantisme, mais qui sait ? Yoko Tsuno, de toutes façons échapperait à ces genres. C'est une BD créée dans les années 70 donc en pleine période moderne... Mais je ne sais pas. Il faudrait que son créateur infirme ou confirme ces suppositions. Je me méfie pas mal des classements après la période naturaliste. Cela devient trop suggestif. Moi même, j'écris de la littérature néo-romantique post-moderne... smiley

Edité Vendredi 16 mars 2007 :23:24 par Lucterios


Fortuna audaces juvat !


   
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Hallberg
(@hallberg)
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Ben Hugo en plein romantisme "actif", ou Verne et Balzac, héritiers directs, ne se privent pas de poser de façon précise (voire maniaque pour les deux derniers) les élements descriptifs, des gens comme Mérimée ou Poe sont beaucoup plus sobres. Mais il me semble que la raison s'en trouve le plus souvent dans le type du propos. Par exemple, chez Verne, le fantastique s'avère le plus souvent ambigu et fataliste: chez lui, in fine le fantastique n'est pas extérieur à l'homme ni magique, il est inhérent à l'homme à qui la technique donnerait le moyen d'extérioriser et de matérialiser le fantasme - le mystère n'est donc qu'en l'homme et tout le reste peut se décrire sous l'apparence de l'exactitude.

Dans le naturalisme, je vois autre-chose que la stricte précision et l'observation. On a trop décrit, à mon avis, le naturalisme comme un réalisme, comme le mythe d'une vision "objective" d'une réalité géographique et ethnologique. Quand on lit attentivement Zola, le naturalisme est bel et bien un point de vue littéraire, et notamment, dans son regard sur le petit peuple, il est parfois difficile de distinguer la compassion du voyeurisme, tant l'écrivain semble parfois se complaire dans la peinture de l'attroce (attroce social et attroce psychologique). Du reste, le naturalisme de Zola est sous-tendu par une thèse anthropologique, celle de l'hérédité. La description sert donc à Zola à plaquer sur un cadre réaliste sa sensibilité particulière, quand elle sert à Verne à situer son fantastique désabusé et partiellement misanthrope.

Maintenant, le romantisme a partie liée avec le régionalisme et la forte affirmation de l'identité européenne au travers de la reconnaissance des identités culturelles régionales, et des ouvrages comme "L'Orgue du Diable" et "La proie et l'ombre" y participent clairement, à mon avis. Ce n'est qu'un exemple: ces deux ouvrages, et tant d'autres aussi, regorgent de résonnances avec la pensée et l'esthétique romantique. Fascination pour un moyen-âge de rêve ou de cauchemar saisi par l'intermédiaire des ruines, des châteaux et de leur architecture vécue comme chaotique (exaltation du gothique, contre le rationnalisme du clacissisme). Intérêt pour les légendes et le "folklore" (dans le sens de l'époque, c'est-à-dire non pas des trucs pour touristes, mais la culture régionale). Fascination pour l'univers nocturne et la célébration de la toute puissance de la nature, qui exprime mieux les sentiments de l'homme que l'homme ne pourrait le faire lui-même (l'orage, le vent...) mais peut aussi montrer sa force impitoyable. Affirmation de l'individualité (pour les héros je ne vous fais pas un dessin). Analyse psychologique souvent pessimiste du mal et fascination pour les "méchants" qui deviennent des personnages flamboyants et lyriques, dont la haine est une sorte d'ennivrement. C'est discret dans Yoko, mais instinctivement, il me semble que les barbes noires et pointues d'un Karl ou d'un Karpan feront facilement penser le lecteur à une conscience iconographique très typique.

Pour moi, mais c'est peut-être une illusion rétrospective, la naissance de Yoko dans les années 1970 est pratiquement un acte de résistance (consciente ou non, voulue ou non, là n'est pas la question). Comme "La frontière de la vie" le fait de façon factuelle, Yoko prône souvent la réconciliation, et notamment la réconciliation avec notre passé. Stylistiquement, je pense qu'elle m'apporte ce qu'on cherche si souvent en vain, la réconciliation entre le présent et le passé esthétique, et notamment, se guérir de façon respectueuse du traumatisme post 1945 en art, retrouver tout doucement le chemin d'une nouvelle acceptation de la beauté et de la sensibilité, contre des décennies de blocage, de cynisme forcé.


Opération Sisyphe
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Lucterios
(@lucterios)
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William Blake, auteur britannique pré-romantique définissait le mal comme l'énergie et le bien comme ce qui se soumettait à la raison. Dans cette optique, le mal est actif et le bien passif. Dans une histoire d'aventure, on a nécessairement besoin d'un méchant, qui perturbe l'ordonnance apparemment immuable du paysage qui servit de cadre à la légende de la Lorelei. L'ouverture de l'album est, à cet égard, très impressionnante. La scène se déroule de nuit. On découvre un château, construit autrefois pour surveiller le trafic sur le Rhin, en partie ruiné. L'orage menace. en contrebas, le Rhin, faussement tranquille, serpente entre les rochers, dont la fameuse Lorelei, qui a dû faire naufrager plus d'un nautonnier depuis l'Antiquité. La force dans la description graphique des paysages est réellement puissante. Elle n'a que très peu d'équivalents en bande dessinée. Cela aussi fait partie du romantisme : démesure et exaltation des forces de la nature, il est inutile de le souligner.

Edité Vendredi 23 mars 2007 :15:27 par Lucterios


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Paul
 Paul
(@paul)
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Pour Roger, il y a peut-être tout simplement le désir de dessiner comme motif d'inspiration. On n'est peut-être pas obliger de passer par une classification essentiellement littéraire. Il suffit d'avoir vue un orage sur le Rhin, un chateau écossais surgir de la brume ou de s'être promener dans Rothenburg pour avoir envie de retranscrire ces émotions dans un dessin.
(Je fais partie des chanceux qui ont vécu les expériences précitées smiley)

Il me semble que le romantisme a eu peut d'impact direct sur les arts graphiques de l'époque. Dans les livres scolaires, on retrouve en général des dessins de Victor Hugo pour illustrer ce chapitre! Et dans les années 70 on n'avait pas encore été submergé par les BDs de style moyenâgeux. (je ne sais pas comment les acheteurs font pour s'y retouver aujourd'hui dans un rayon BD)


Acquiers la paix de l'âme et des milliers autour de toi trouverons le salut.
S. de Sarov
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Dessin
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Hallberg
(@hallberg)
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Je ne cherche pas du tout "l'inspiration qu'a eue l'auteur", j'essaie d'utiliser les outils que la critique d'art nous fournit, étant entendu que cette dernière ne sert pas à dire "une vérité sur l'auteur" (puisque l'auteur est le seul détenteur de la véritable information), et qu'elle n'est pas non plus (contrairement à ce que l'on prétend) forcément une évaluation. Je crois qu'elle est plutôt la tentative d'un dialogue sur l'art qui permet dans une certaine mesure de transcrire l'indiscible, à savoir, ce qui nous touche dans une oeuvre, afin que nous puissions en parler et donc afin que la contemplation esthétique ne soit pas une solitude infinie.

Sur ce point, la référence à l'histoire de l'art, l'iconographie et la comparaison me semblent des outils aussi performants que l'analyse (grammaticale, linguistique, syntaxique).

De plus, je ne m'inscris pas du tout dans le courant de pensée qui voudrait que l'oeuvre d'art surgit dans une sorte de spontanéïté vierge de tout environnement culturel. Si l'envie de dessiner vous prend à la vision d'un orage sur la vallée du Rhin, vous avez consciemment ou non un bagage culturel qui déclanche en vous un jeu de références (encore une fois, consciemment ou non, et selon des modalités différentes selon votre passé, votre expérience, votre goût et votre niveau d'émotivité, certes, mais références quand-même, volontaires ou involontaires). À plus forte raison, s'il vous prend l'envie apparemment "autonome" d'utiliser l'orage sur le Rhin comme élément d'une narration, il me semble difficile de nier le degré d'acquis culturel qu'il y a dedans. Dessiner est culturel, de toutes façons, l'outil, le style, tout se construit par références assimilées/dépassées/repoussées dans l'art européen. Il me semble clairement, donc, que ton propos, Paul, reviendrait à paralyser l'acte critique et donc à faire retomber l'ampleur du débat à son degré zéro. Je suis parfaitement d'accord pour dire que le sentiment et l'émotion, à leur base, sont indiscibles et irréductibles à des classifications; mais la mise en forme qu'opère l'art (ou qu'on opère par l'art), si on se met à refuser de la saisir par le langage (or la critique se propose, naturellement dans une éternelle imperfection, de mettre l'esthétique en langage), autant ne pas parler d'art entre nous...

Et si ça se trouve, je dis de grosses sottises, mais j'assume...


Opération Sisyphe
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