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Le romantisme de l'Orgue du diable

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Lucterios
(@lucterios)
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Il suffit de lire la préface des aventures allemandes, pour se persuader du contraire des affirmations de Paul. La Frontière de la vie a été conçue comme un concerto, à la manière de la jeune fille et la mort, une pièce de Schubert.

Edité Vendredi 23 mars 2007 :21:00 par Lucterios


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Paul
 Paul
(@paul)
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Hallberg a écrit ....Il me semble clairement, donc, que ton propos, Paul, reviendrait à paralyser l'acte critique et donc à faire retomber l'ampleur du débat à son degré zéro. Je suis parfaitement d'accord pour dire que le sentiment et l'émotion, à leur base, sont indiscibles et irréductibles à des classifications; mais la mise en forme qu'opère l'art (ou qu'on opère par l'art), si on se met à refuser de la saisir par le langage (or la critique se propose, naturellement dans une éternelle imperfection, de mettre l'esthétique en langage), autant ne pas parler d'art entre nous...

Et si ça se trouve, je dis de grosses sottises, mais j'assume...

Rassures toi tout ce que tu décris se tient très bien.smiley
Sauf l'interprétation première de mon post! C'est peut-être écrit un peu à chaud, mais souvent quand je lis des critiques d'art, j'ai l'impression que l'on oublie un peu l'artiste. D'où ce rappel sur l'inspiration première d'une oeuvre, qui n'appartient qu'à l'artiste. Mais je suis d'accord qu'une création ne jaillit pas d'un grand vide cosmique et qu'elle se fait au sein d'une société, d'une culture. Ne serait-ce qu'en réaction à celle-ci. D'où l'intérêt qu'il y a à pouvoir la décrire. Après c'est une question de language...
Je n'ai pas eu de formations sur la critique ou l'histoire de l'art (grosse lacune de l'éducation française) Ce qui me viens en premier quand on me parle de romantisme c'est d'avoir souffert mille morts à la vision des "Sissi" et autres films si "romantiques". (dans la famille chacun décidait à tour de role du film du samedi soir - c'était à l'époque où l'on regardait encore la TV en famille) Après, je me souviens d'avoir lu le terme ailleurs et qu'il y a un rapport avec l'histoire de l'art...et que dans ce contexte il a une toute autre force.

Autre élément de confusion, je venai de relire l'interview de Jean LETURGIE (1980) avec Roger Leloup, dans laquelle il parle de "fantastique"...
https://yokotsuno.fr/index.php?mod=articles&ac=commentaires&id=39
Il n'est pas facile d'avoir un language commun. Le sens des mots est lui aussi lié à une culture (technique), à une société, à l'époque.
Sinon j'encourage fortement la présence de l'art sur ce forum.smileysmileysmiley

Roger Leloup a écrit ...Cela varie. Pour "L'orgue du Diable", je me suis rendu sur place avec une idée de scénario bien précise. J'ai visité une église fantastique avec un orgue, et ayant lu auparavant des articles sur les infrasons, j'ai eu l'idée de "L'orgue du diable". D'une histoire au départ classique, j'ai fait un récit fantastique. Toujours dans la perspective de cette histoire, je suis allé à Rottenburg où le dénouement devait se situer. J'ai changé la fin et j'ai gardé Rottenburg en réserve.
...
Vos histoires fantastiques viennent-elles de vos lectures ?J'ai un faible pour Jean Ray, Edgar Poe... "La cité de l'indicible peur" de Jean Ray me fascine. J'essaye toujours de faire la part entre le réel et l'irréel. A l'heure actuelle, on a besoin de fantastique pour rêver. Toutes les terres ont été explorées, l'Amazonie n'a plus de secret, la lune commence à être galvaudée, et il est normal que les lecteurs se tournent vers la littérature fantastique...


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S. de Sarov
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Hallberg
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ça retombe sur ses pattes. Le fantastique est dans son acception actuelle l'une des plus essentielles émanations du romantisme. Verne est un rejeton relativement tardif du romantisme, et son fantastique est proche de celui que développe Roger Leloup à plusieurs reprises: le mystère nait de l'homme, notamment au travers de ses créations et ses inventions. Le fantastique serait en l'homme. D'autres fois, le fantastique est hors de lui même s'il s'insinue dans sa vie, dans un dialogue entre l'homme et l'inconnu, plus proche de Poe et de Scott cette fois. Roger Leloup opère parfois une synthèse des plus brillantes ("La spirale du temps"). Je crois qu'il n'y aurait pas de fantastique sous sa forme actuelle sans le romantisme, ce serait une aberration. Le fantastique n'apparait que parce que l'individu et la primauté du sentiment surviennent dans l'histoire de la pensée. Après, l'appellation de "fantastique" appliquée à des oeuvres antérieures relève tout simplement de l'accroissement du vocabulaire critique, parce que naturellement, le rêve existe bien avant - mais c'est le romantisme qui le théorise dans ses relations avec l'art.

Une certaine éthique de la critique se doit d'oublier partiellement l'auteur, non pas en négligeant la connaissance de son époque et de son environnement matériel et intellectuel (ce qui conduit notamment à l'erreur méthodologique grave, l'illusion rétrospective), mais en admettant que ce qui est dans la tête de l'auteur ne devrait pas se déduire, et qu'il n'est connu que par ce que l'auteur dit. C'est là l'erreur, à mon sens, de l'approche psychanalytique de l'art, qui, non contente de nier partiellement l'autonomie de l'art et de le systématiser, revient surtout à prétendre entrer dans l'intimité de l'auteur.

La confusion consistant à entendre "niaiserie" ou, sans jugement porté cette fois, "histoire à l'eau de rose" quand on parle de romantisme est une des imbécilités les plus répandues dans la société actuelle. Ceci-dit, j'estime que cette distinction n'a pas à être expliquée par prudence dans ce forum, où je crois que nous pouvons nous permettre un peu plus d'ambition que ça. Si nous nous mettons à avoir besoin aujourd'hui de faire cette distinction, c'est que nous ne sommes pas bien malins...


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Lucterios
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Entendons-nous une bonne fois pour toute, quand j'ai parlé de romantisme, mon propos était plus du style "levez-vous orages désirés" que "histoires à l'eau de rose que l'on regarde en famille aux veilles de Noël sur des chaînes bien connues". Maintenant, qu'on se le dise aussi : j'essaie de lancer des réflexions critiques sur l'oeuvre, n'est-ce pas ? Mais si cela ne marche pas, je vais recommencer à délirer dans la section papotages... Et encore !:8


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Hallberg
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Dites donc, il y a un truc que je serais bien content de connaître un jour, c'est comment on en est arrivé à cette signification bâtarde du terme "romantisme". À mon avis ça doit être un truc sordide comme sait en fabriquer la toute puissante "sagesse populaire", celle qui croit qu'une belle campagne avec des champs de blé et de colza, ou la forêt landaise, c'est "la nature". Parce que bon, aujourd'hui, si vous voulez que votre voisin vous dise que vous êtes romantique, vous avez intérêt à lui parler de clichés et d'amourettes, plutôt que de lui parler d'aller observer la puissance de Jupiter à l'oeuvre à Chamonix. Je me demande si ça vient pas de Goethe et de sa Frédérique ou de sa Charlotte, mais alors c'est vraiment que le pékin moyen s'intéresse surtout à l'arbre qui cache la forêt... smileysmileysmiley

Edité Vendredi 23 mars 2007 :23:43 par Hallberg
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Pour reviendre à nos bleus moutons (ce sont des moutons vinéens), Pearl vient de me restituer mon exemplaire de l'Astrologue avec la postface (dommage que cette édition soit apparemment épuisée et que les derniers tirages ne l'ont pas), je le relis, et je trouve l'affirmation que les décors ramènent l'homme à sa mesure. C'est-à-dire, dans ce cas, une mesure fort modeste face aux élements, face à leur puissance, qu'elle soit déchaînée par les cieux ou les hommes. On aurait tort de dire que le décor (au sens le plus large du terme) ne fait "que" mettre l'ambiance, tant cette ambiance est tout. Ici le lecteur se trouve face à l'un de ces cas où s'arrête le pouvoir des mots, où quand on les utilise, ils ne sont que des passeurs du ressenti. Devant la majesté, faite tantôt de violence, tantôt de sérenité, de notre environnement, l'homme romantique est dans une sorte de contemplation active, parce qu'il ressent.

Il y a quelque-chose que je trouve absolument extraordinaire, c'est cette impression que me donne Le Septième code. Avec sa construction en arche, du jour au jour, en passant par toutes les heures de la nuit (du reste, graphiquement, c'est à mon avis l'album où la couleur "parle" le plus), et avec ses images initiale et finale au dessus de l'imensité du fleuve. D'accord, les personnages ont évité une destruction terrible, ils ont résolu un mystère. Mais quelque-chose là dedans, entre le déroulement serein du temps et le fleuve qui passe, majestueux, me donne l'impression que les emportements, les empressements des hommes sont peu de choses par rapport à la "longue durée" du temps des astres et des fleuves...


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Paul
 Paul
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Lucterios a écrit Entendons-nous une bonne fois pour toute, quand j'ai parlé de romantisme, mon propos était plus du style "levez-vous orages désirés" que "histoires à l'eau de rose que l'on regarde en famille aux veilles de Noël sur des chaînes bien connues". Maintenant, qu'on se le dise aussi : j'essaie de lancer des réflexions critiques sur l'oeuvre, n'est-ce pas ? Mais si cela ne marche pas, je vais recommencer à délirer dans la section papotages... Et encore !:8

Surtout pas! Je trouve que cela marche très bien. Je ne m'étais encore jamais posé aussi clairement la question de la place de l'atmosphère dans mon attrait pour Yoko. J'y voyais surtout la qualité humaine des personnages et la paix qui s'en dégageait. Tous les albums finissent dans une paix sereine, et cela malgrès des passages qui violentent nos émotions d'une manière très effective. C'est sans doute une des grandes qualités de cette série et ça il me semble que ce n'est pas très romantique.
...

...Mais quelque-chose là dedans, entre le déroulement serein du temps et le fleuve qui passe, majestueux, me donne l'impression que les emportements, les empressements des hommes sont peu de choses par rapport à la "longue durée" du temps des astres et des fleuves...

Flute, Hall le dit beaucoup mieux que moi, mais je poste quand même.


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Hallberg
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Le paysage, c'est l'émotion sans les mots, la seule concrétisation possible de ce qui semble étreindre l'homme romantique quand il éprouve la puissance de tout ce qui est autour de lui, qui semble indifférent à ses sentiments, tout ce qui semble rendre son existence anecdotique - on en arrive à cette situation paradoxale:
- L'impuissance, l'homme romantique n'est rien face aux choses, à la nature et même à ses propres constructions. Les éléments, le calme profond des forêts, les montagnes majestueuses, le dédale de fer et de feu des usines, tout celà semble le dépasser de loin.
- L'action. Individu, conscience, sentiments, l'homme romantique veut vivre par lui-même, il va lui arriver de se dresser contre les éléments. Ce petit être fragile impose sa marque. Quand il domine les éléments, il peut parfois découvrir les inconvénients et les responsabilités qu'entraine cette puissance; mais parfois, il échoue...

Yoko est parfois comme le voyageur solitaire du célèbre tableau de Friedrich qui contemple la mer des nuages. Nous la voyons se détacher, petit être, devant le spectacle de la lave en fusion et des machines dantesques; devant le calme profond qui se dégage du paysage de son enfance, doucement caressé par les premières lueurs; au milieu des ruines d'une abbaye plongée dans les ténèbres.

Mais Yoko s'y prépare toujours à prendre son destin en main, c'est-à-dire à plier la fatalité à sa volonté... S'élancer, tirer la flèche...

Finalement, tout a son prix, elle maîtrise certaines choses mais n'évitera pas la mort attroce de Karpan, le sacrifice héroïque d'Aoki.

Le romantisme de Yoko n'est pas une rupture, il se réconcilie avec la tragédie classique. Il nous le rend plus accessible par cette petite transformation: ce ne sont plus les puissances de l'Olympe qui président à nos destinées, nous pouvons y faire quelque-chose. Nous éprouvons la tempête émotionnelle des romantiques mais nous ne perdons pas la noble exaltation de la tragédie.

Yoko n'est pas le voyageur de Friedrich, son regard n'est pas forcément tourné vers l'horizon, mais il se retourne vers nous avec tendresse. Quand on regarde la couverture de "La fille du vent", certes les éléments sont déchaînés, certes on se demande ce que cet exemplaire isolé d'homo-sapiens va faire contre ça, certes tout ceci semble le dépasser, le dieu des ouragans a l'air de triompher. Mais Yoko se tourne vers nous et d'emblée nous inspire confiance, on sait tout de suite, sur ce seul regard, que cette humanité-là l'emportera. Ce qu'il nous reste à savoir, c'est au prix de quels sacrifices.
Yoko n'est pas plus l'héroïne strictement tragique qui se lancerait vers le péril acceptant le sacrifice que lui impose un destin implacable. Et dans Aoki, on ne sait qui l'emporte, du destin ou de la volonté, dans l'esprit de sacrifice.

Pour moi, il y a quelque-chose de neuf. Idée classique et idée romantique ne s'opposent plus, il y a quelque-chose que notre époque, nos conceptions d'européens d'après les malheurs de la dernière guerre (le degré absolu de l'horreur, dans notre propre histoire?), cette façon de penser qui voudrait replacer, aux côté du destin, des grandes causes, de l'individu, de la volonté, des passions, la valeur supérieure de la compassion. Pour Yoko, l'expression suprême de cette "modernité" (oh le vilain mot que je l'aime pas parce qu'il ne veut rien dire, mais j'ai pas d'inspiration pour le remplacer), c'est l'amitié.

C'est beau, c'est la beauté de notre temps, elle n'est pas si fréquente... On pourrait si souvent douter...


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Lorelei (Ingrid)
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Merci Hall pour ce beau texte... J'étais en tournée de concert et je viens de le découvrir... Tu sais mieux que quiconque, lorsque la musique nous emmène sur ses ailes intemporelles et q'elle fait ressurgir les légendes, le romantisme nous inonde... Surtout, si par chance, on confie ses songes aux esprits wagnériens qui hantent la vallée du Rhin... Je pense que pas plus que moi, Yoko n'y a résisté.

Amitiés
Ingrid


Le vent fait onduler la flamme de l'amitié...Mais jamais n'en ternit la clarté...


   
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Lucterios
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Effectivement, Ingrid. C'est la musique qui a permis ta rencontre avec Yoko. Plus tard, c'est un autre instrument de musique qui vous a réunis. A chaque fois, ils étaient sources de sortilèges. La référence musicale est plus subtile à Rothenburg. Elle est toujours présente dans l'Or du Rhin, jusque dans le titre. Edgar P. Jacobs avait intitulé ses mémoires "Un opéra de papier". Je ne sais pas si Roger accepterait que l'on applique cette dénomination aux aventures de Yoko. Il y a des gens qui sont capables d'évoquer des sons à la lecture d'une bande dessinée, moi pas. Pourtant, cela doit être possible...

Ce qui est sûr, c'est que les personnages de la série, tous hauts en couleurs, sont confrontés à des décors grandioses, et parfois même à la furie des éléments. Comme l'a si bien montré Hallberg, c'est cela qui est réellement romantique.


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Hallberg
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Bah, ce sont mes élucubrations habituelles. On tente de dire ce qui touche le coeur, ce n'est pas toujours évident, ça contient certes des choses que l'on peut comparer, théoriser, classifier, mais l'alchimie de tout ça reste le mystère de la beauté.
C'était tenter de dire avec mes mots à moi ce qui fait qu'il se passe quelque-chose d'indescriptible. Qui fait qu'au travers de la lecture, au delà de la splendeur et de l'intelligence du drame, j'ai l'impression d'entrer dans une sorte de communication avec une présence amicale.
Dans la vie de tous les jours, les méchants et les imbéciles sont pitoyables, ils peuvent nous faire du mal gratuitement. Dans le drame, même les pires crapules redeviennent nos semblables parce que nous voyons la souffrance qui les a fait basculer du mauvais côté, nous voyons les pulsions, les instincts, l'ivresse, s'emparer d'eux. Dans le drame, les méchants peuvent être superbes, ils s'abandonnent à leur rage, ils atteignent une grandeur dans le déchaînement de passions destructrices et auto-destructrices. Ils ne font couler que les larmes de l'émotion. Je suis persuadé qu'en mettant en parallèle les turpitudes humaines et les éléments déchaînés, le romantisme nous aide à surmonter la peine, car les orages et les méchants ne peuvent qu'alterner avec le beau temps et la compassion. Pour aller dans le franchement élucubratoire 1smiley j'ai l'impression que ceux qui ont lu dans "Werther" une invitation au désespoir n'ont pas vu que les larmes que l'on verse dans l'émotion exorcisent le malheur. Le message de Goethe n'a jamais été qu'il fallait renoncer. Moi je crois sincèrement que le romantisme nous aide à avoir envie de vivre.

Samedi soir j'assistais à une représentation de Carmen. Alors que certains passages très connus sont surtout attendus pour la performance virtuose, il y avait toujours cette émotion palpable au moment de l'air de Micaella au troisième acte ("je dis que rien ne m'épouvante"), car c'est l'expression d'un héroïsme authentique, affronter sa peur pour porter le message qu'une mère adresse à son fils. Fidèle, douce et volontaire, Micaella, me disais-je, est le secret de la pièce, qui pour le reste, est la peinture de tant de faiblesses humaines (et du reste c'est un ajout à la nouvelle de Mérimée). Carmen se dresse contre l'abrutissement des conventions et contre le pouvoir masculin, José est un anti-héros qui nous touche, mais ils inviteraient au pessimisme s'il n'y avait l'unique représentante d'une humanité meilleure (rêvée, probablement) dans la personnalité lumineuse de Micaella. Certes, l'issue de l'affrontement est inégal, la mort l'emporte; mais au travers de tout, Micaella représente l'incroyable force de la compassion - car elle seule traverse la tragédie sans faiblir.

Yoko et nombre de ceux qui l'accompagnent, Khâny, Vic, et toi Ingrid, en êtes les dignes héritiers. Et encore n'était-ce qu'un exemple de ces purs, de ces justes, qui devraient nous inspirer plus souvent.

Bref j'ai encore été dythirambique, pardon smiley Qu'Ernest me foudroie pour ces excès répétés...

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Lucterios, ce que tu dis, imaginer des sons à la simple lecture d'un livre qui n'en produit pas, je pense que ça va dans deux sens.

Il y a ceux qui imaginent directement, qui sont capables de créer directement et à qui une connaissance théorique donnera les moyens de porter sur le papier ce qu'ils imaginent. Si ça n'existait pas, les compositeurs n'existeraient pas. Après, il y a des gens qui, plus modestement, auront spontanément quelque-chose qui est en eux parce qu'ils l'ont entendu ailleurs, qu'ils vivent avec parfois, qui remontera à la surface à la seule évocation d'un élément. C'est par exemple pour ça que je ne peux pas m'empécher de penser à "La Dame blanche" quand je lis "La proie et l'ombre". Là, à l'instant, j'écoutais un disque que j'ai acheté récemment et je suis devenu totalement malade d'un passage. Il s'agit de "Callirhoé" de Destouches, un opéra français "typique" et néanmoins génial. Comme je le disais précedemment les méchants, dans le drame, sont parfois grandioses et superbes. Là, le méchant de service, prêtre de Bacchus peu scrupuleux implore le dieu de mettre sa puissance au service de sa vengeance personnelle, mais il y a une part d'aveuglement: il croit aussi sa vengeance légitime parce qu'il est aveuglé par son propre pouvoir, sa responsabilité.
"Redoutable enfant du tonnerre,
Tes colères, Bacchus, ont effrayé la terre!
Venge toi, venge moi, viens venger tes autels!
Malheur aux criminels que poursuit ta colère!
Tu déchires un fils par les mains d'une mère,
Malgré les Dieux, Orphée a senti ta fureur.
Signale ton pouvoir suprème,
Répands sur ces climats de nouvelles horreurs
Qui me fassent trembler moi-même!
"
Et bien que le contexte soit totalement différent, je pense que si j'ouvrais maintenant un ouvrage où sévit Karpan, cette expression lyrique de l'ivresse maléfique et de l'emportement funeste me trainerait probablement dans la tête.
C'est probablement lié à une forme d'imprégnation culturelle, mais je trouve assez souvent et spontanément un passage musical qui correspond plus ou moins à ce que j'éprouve quand je lis.
D'où l'envie d'ailleurs de passer à la concrétisation et mon projet toujours repoussé (parce que je patine dans la choucroute) de mettre des passages en musique.


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Lucterios
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(C'est juste un post pour ne pas rester avec que des 6, parce que je n'aime pas ça, surtout le jour de mon anniversaire...smiley) Je suis déjà né en 66, alors faut pas en rajouter...smiley

C'est sans doute parce que je ne suis pas musicien, mais non, il ne m'est jamais arrivé de faire le rapprochement entre un passage littéraire et une musique. Même quand j'ouvre le dix-neuvième album, je n'entends pas de mi bémol majeur... A fortiori, je n'entends aucune musique originale. Ca, je ne risque pas, n'est-ce pas ? Non, par contre, à la lecture d'un roman, je vois distinctement les images, mais ça, je pense que cela arrive à tout le monde. Je n'arrive pas non plus à imaginer les odeurs. Et puisque l'on parle de romantisme, je pense à la très belle description par Xavier Beauvois du chef d'oeuvre de Delacroix : la mort de Sardanapale. Il demande à son auditoire (c'est un exposé, alors qu'il joue le rôle d'un étudiant en histoire de l'art) d'imaginer les sons, les cris, les hennissements des chevaux, tous les parfums de l'Orient et le reste... J'en suis incapable. En fait, c'est comme si mon sens de la vue était tellement développé qu'il handicapait les autres. J'arrive facilement à imaginer le passé d'un endroit dans ses formes plastiques, mais le reste, je ne sais pas...

Edité Mardi 15 mai 2007 :20:08 par Lucterios


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petrushka
(@petrushka)
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Bonsoir vous deux…

Je ne suis qu’une petite violoniste mais je voudrais vous révéler ce que Roger m’a confié…

La musique est importante pour lui… Lorsqu’il est dans un aventure rhénane, il s’inonde de la musique de Wagner porteuse d’images et de lyrisme… Pour Rothenbug, ce sont les concertos brandebourgeois et la musique baroque qui font le vide en sa tête et pour moi, lorsque Roger m’imagine tenant l’archet dans The Lark Ascending de Vaughan Williams, il est impossible de ne pas voir l’alouette battre des ailes en élevant son vol …

Les peintres et les dessinateurs (enfin cetains) entendent ces musiques que génèrent leurs tableaux et leur dessins… Elle leur manque cette musique, ces sons et ces odeurs… Pour le musicien, dans sa tête les images se bousculent au fil des notes qui s’enchevêtrent pour devenir symphonies, concertos ou poèmes musicaux…

Tu voudrais mettre de la musique sur certaines scènes Hall… On serait fiers d’en avoir fournit le livret graphique et son inspiration… Bien sûr…

Ce ne sont que des états d’âme que je vous transmet… Mais la musique est encore plus que le dessin révélatrice de l’état de l’âme… Elle fait souffrir parfois ceux qui la composent… Tout comme le dessin lorsque l’on voit dans sa tête ce que la main se refuse à reproduire… Dans les deux cas c’est une course à la perfection… et la perfection (heureusement) est inaccessible…

Je m’arrête et vous souhaite une bonne soirée… Ici, en Belgique, c’est le concours piano Reine Elisabeth… un régal et des virtuoses…

Bises
Emilia

Edité Mardi 15 mai 2007 :21:38 par petrushka



   
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Cherrydean
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Quand je joue de la musique, j'ai effectivement des images qui défilent dans ma tête, qu'il s'agisse de musique descriptive ou non. Pour ce qui est d'entendre de la musique dans ma tête en lisant une bande dessinée, je ne sais pas trop, mais j'imagine que je dois le faire assez inconsciemment. En tout cas, je sais que j'entends de la musique dans ma tête à longueur de journée, sauf quand j'enseigne la musique ou que j'en joue ou en écoute, et celle-ci varie selon mon humeur et les événements. Je dirais même qu'il est plutôt difficile d'obtenir le silence dans ma tête. Parfois, quand je suis stressée, c'est un vrai cafarnaum, spécialement aux heures où je voudrais dormir et plusieurs musiques peuvent se superposer en même temps alors. De quoi donner mal à la tête smiley.


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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Hallberg
(@hallberg)
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Exact pour les moments de stress. Pour les moments de fatigue aussi, récemment je passais des examens sans aucun rapport avec ce que j'avais en tête, et si j'avais laissé courir ma main sans réfléchir, sûr qu'elle se mettait à écrire ce à quoi je pensais.

Paradoxalement, je n'ai pas forcément d'images en tête (ou d'autres réminiscences sensorielles) quand je joue de la musique non figurative, je pense que je dois probablement l'aborder comme l'on aborde l'art abstrait "véritable", c'est une forme de sensualité stricto-sensu.
L'inverse est en revanche assez systématique, ce que je vois encourage de façon plus évidente une réminiscence musicale ou plus occasionnellement cinémathograpique, picturale ou littéraire. Je crois que le fait de pratiquer en amateur, même très très modestement et parcimonieusement, l'art ainsi que la critique d'art, font qu'on a toujours la tête à ça. Parfois ça se téléscope avec mon côté technicien, le "comment ça marche". J'ai des amis scientifiques pour qui c'est dominant, alors que chez moi c'est plus secondaire.
Après, ce qui occupe ma pensée une grande partie du temps, c'est de la musique pas du tout abtraite, mais je crois que c'est parce que mon horizon culturel est largement dominé par la musique lyrique.

Pour mon affaire de mise en musique, je crois que je l'ai déjà dit, c'est une idée très personnelle et je crois que ce sera une forme d'adaptation assez distante, forcément: ce que moi je peux avoir en tête... Vous en avez déjà une idée dans la façon dont je m'exprime sur mes goûts, je pense. De toutes façons c'est très hypothétique. J'ai des images isolées de ce à quoi je songe, rien de construit pour l'instant.

Edité Mercredi 16 mai 2007 :01:16 par Hallberg


Opération Sisyphe
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Cherrydean
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Bon, alors j'essaie de poster ce message pour la troisième fois. On dit que la 3e fois sera la bonne d'habitude.

Je disais donc qu'il faut s'entendre que je ne vois pas systématiquement des images quand j'entends de la musique, mais j'ai tendance à ça. Ce n'est pas nécessairement comme un film. Des fois ça peut être comme une toile de fond, différents tableaux. Des fois ce sont des scènes plus élaborées. Ça dépend.


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