Le dieu de l'orage
 
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Le dieu de l'orage

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Lucterios
(@lucterios)
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Cette nuit, comme nous avons essuyé un épouvantable orage et que toute la mesnie Hennequin était déchaînée, j'ai repensé au "feu de Wotan" et tout à coup, j'ai remarqué quelque-chose qui m'avait jusqu'à présent échappé : Wotan n'est nullement le dieu de l'orage dans la mythologie germanique ! Ce trait est dévolu à Thor/Donner, lequel est le véritable équivalent de Jupiter. Comparez les jours de la semaine en anglais et en français si vous ne me croyez pas ! Woden/Wotan/Odin est l'équivalent du Mercure latin, s'il faut absolument faire des correspondances, mais il est vrai qu'il est devenu le "dieu suprême", si toutefois cette notion possède un sens ches les Germains ou les Celtes, chez qui le dieu Lug, dont cela va bientôt être la fête, est vénéré en premier. Il est également l'équivalent de Mercure. D'ailleurs, il existait au sommet du Puy de Dôme une gigantesque statue du dieu !

Donc, si vous consultez le calendrier allemand, le jeudi est appelé "Donnerstag" et l'on parle chez les Teutons de "Donnerwetter" pour désigner l'orage. Voilà, je me demande donc bien pourquoi le quatorzième album, dans ces conditions, a été titré "le feu de Wotan", ce qui d'un point de vue mythologique est inexact ! Ceci dit, ce n'est pas bien grave...

-Edité le: Samedi 22 juillet 2006 à 12:06 par Lucterios-


Fortuna audaces juvat !


   
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petrushka
(@petrushka)
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D'accord, le dieu de l'orage c'est Thor... Mais le maître des dieux, dans la mythologie germanique, c'est Wotan et à l'exemple de Jupiter qui reçoit les éclairs forgés par vulcain, c'est Wotan qui décide où Thor doit frapper...

C'est une imagee bien sûr et les images peuvent être interprétées... On a choisi cette option un rien Wagnérienne... Maintenant faudrait demander aux dieux... Il risquent de nous envoyer la foudre... Alors passons sur la pointe des pieds, c'est plus prudent!

Bises
Emilia

-Edité le: Dimanche 23 juillet 2006 à 00:38 par petrushka-



   
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Lucterios
(@lucterios)
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Désolé Emilia pour ce coupage de cheveux en quatre !smiley


Fortuna audaces juvat !


   
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Hallberg
(@hallberg)
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ça aussi, je fais remonter, et j'arrête là parce qu'il est fort tard.

Deux éléments entrent en jeu, d'une part la mythologie proprement dite, d'autre-part les conventions artistiques qui sont en fait la liberté de l'imaginaire par rapport à l'extérieur.

Ce qui m'interpelle, là-dedans, c'est que dans ce qui occupe pas mal de mon temps, à savoir de l'opéra français, mais aussi dans la tragédie classique et avec elle dans la plus grande partie des arts de la scène jusqu'au début du XXe siècle, l'on utilise ainsi pratiquement toujours les noms romains des Dieux, y compris et surtout quand ce sont des grecs qui sont sur la scène. Au XXe siècle, il y a une volonté de tabula rasa et les anciennes conventions apparaissent comme pas assez intellectuelles, la philosophie et avec elle ce qui fait chic dans la culture va se mettre à se piquer de retour à la source grecque, renvoyant les romains au rang de simples continuateurs.

À vouloir ne mettre en scène, en musique ou en lettres les Dieux que sous un nom vécu comme "vrai et non trafiqué", il me semble que l'on perd au moins une chose, c'est la distinction entre la scène (ou la fiction en général) et le reste du monde. Les noms romains des dieux en sont venus à être des noms de théâtre, des noms de fantaisie et de fiction, ou encore les complices d'une architecture ludique et d'une culture de la référence et de l'allusion (c'est sous leur nom romain qu'ils abondent dans la statuaire et dans les allégories jusqu'au début du XXe siècle). Comme tels, ils étaient connus de tous, même de ceux qui n'avaient aucune des notions de philosophie contemporaine qui s'amusent parfois au détriment des mythes eux-mêmes à nommer des concepts avec des noms mythologiques (genre "le complexe d'Oedipe").
Dès lors, quand indépendamment du contexte grec ou romain, je retrouve la terminologie artistique classique, je suis immédiatement et spontanément projeté dans le domaine du conte.

Aussi, personnellement, j'en viens presque à préférer largement qu'un titre de livre me propose le nom Wotan forgé par tonton Wagner parce que ça sonne bien. ça a quelque-chose d'immédiatement magique parce qu'immédiatement théâtral, la page de garde sera comme un rideau qui se lèvera, et ce sera la porte de l'imaginaire. Enfin ce n'est toujours que mon avis.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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Lucterios
(@lucterios)
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D'accord, mais le nom de Wotan forgé par tonton Wagner, sans jouer avec les mots, c'est un abus de langage. Au XIX e siècle, tous ces mythes germaniques étaient plus ou moins enterrés dans de vieux grimoires. Wagner a été y fouiller et surtout, il a ranimé la Niebelungenslied à ses origines scandinaves, par le biais de la redécouverte de la Völsunga saga ! Pour mémoire, le nom du dieu est Odin chez les Germains du Nord (dont ceux qui sont connus sous le terme générique de "Vikings"), Woden chez les Anglo-Saxons (ce qui permet de faire le lien), Wotanaz en vieux germanique, Wotan en allemand. Il dérige de la racine wit-, qui sait. On retrouve la même dans le nom des druides : dr-ui-s (qui est un terme celtique, mais ce n'est pas grave, les deux langues sont cousines et ont des mots communs,surtout sur des notions aussi anciennes !).

Wotan/Odin est donc le dieu "qui sait", grâce à la magie des runes qu'il a acquise après avoir été pendu neuf jours et neuf nuits à l'arbre du monde, le frêne Yggdrasil. Il y a perdu un oeil, ce qui est symbolique : en fait il a perdu une partie de sa vision sur le monde matériel pour obtenir celle du monde supérieur. L'oeil unique symbolise l'ouverture du septième chakra, le fameux troisième oeil de la tradition hindouiste. Par ailleurs, les runes, comme les lettres de l'alphabet hébraïque, permettent d'organiser le monde et possèdent également une valeur numérique. C'est pourquoi elles ont valeur sacrée en tant que lien entre le monde sensible et le monde organisé.

Wotan n'est pas le dieu de l'orage, qui est un être falot vénéré par les anciens indo-européens et gardé dans la tradition germanique sous le nom de Thor. Les Grecs et les Latins lui sont restés fidèles en tant que dieu suprême, mais les traditions nordiques étaient différentes, plus individualistes sans doute. L'équivalent d'Odin/Wotan chez les Latins est Mercure, mais cela ne signifie pas grand chose en fait, juste que c'est la planète qui lui est associée, la plus proche du soleil, alors que Jupiter est la plus volumineuse visible à l'oeil nu.

Edité Jeudi 25 janvier 2007 :11:27 par Lucterios


Fortuna audaces juvat !


   
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Hallberg
(@hallberg)
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Ah, merci de ces précisions. ça va te paraître absolument débile, mais c'est comme ça: pour le commun des mortels, Wagner est la porte d'entrée quasi exclusive là dedans. Ceci-dit, en matière d'opéra, il n'y a pas que lui: dans Sigurd, on dit tout le temps Odin. Bon, j'assume ma débilité smiley et si au moins on vendait convenablement une intégrale de Sigurd, au moins, je pourrais m'habituer un peu plus à Odin. J'ai juste des extraits sur un CD (très bons, par César Vezzani, mais des extraits quand-même...).

La généalogie des conventions littéraires passe par ce genre de détour. Wotan se trouve être très parlant pour la conscience collective, à peu près de la même façon que Jupiter était une évidence pour le XIXe siècle beaucoup plus que Zeus, nom fort peu familier aux gens jusqu'au XXe siècle. Je crois que c'est une conversation que nous avons déjà eue, mais j'avoue qu'une convention littéraire qui écorne un peu le réel ne me gène pas tant qu'elle ne déroge pas au vraisemblable. D'accord pour l'avion dans le film de Minghella (film que j'aime beaucoup d'ailleurs) et moi, l'autre fois, je feuilletais une BD dans laquelle une scène se passe dans une rame TGV Sud-Est... dotée de compartiments et d'une voiture restaurant (là, c'est du fantasme agréable, parce que si seulement il pouvait y en avoir, qu'est-ce que ça me ferait plaisir...), et s'agissant d'une intrigue ancrée dans le réel, je trouve ça décevant (des milliers de personnes prennent ces trains chaque jour et savent bien que le confort y est assez basique). Dans "le feu de Wotan", la référence mythologique est réellement une question de référence culturelle collective et n'est pas là pour dire le vrai mythologique. Du coup, bon, ça continue de me sembler aussi naturel que de parler en noms romains.

Evidemment, pour ce qui ne regarde pas cet ouvrage et pour ce qui relève de la seule curiosité, je trouve tes précisions absolument nécessaires, et je pense qu'aucun comptage de rivets n'est dommageable à partir du moment où il permet de s'instruire.


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Lucterios
(@lucterios)
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Dois-je avouer qu'avant la sortie de l'album, soit en 1984, si mes souvenirs sont bons, je ne connaissais pas le nom de Wotan, ne m'étant pas encore plongé dans la tétralogie ?... Je ne connaissais qu'Odin. Par la suite, je me suis rattrappé et je suis devenu runiste. Donc, je connais très bien Wotan maintenant, ainsi que Freya surtout. Mais oui, je n'ai jamais découvert sa lance. C'est l'un des rares talismans hyperboréens qui me manquent. Cependant, je ne désespère pas. Il me suffit d'aller sur ce site par exemple :

Mais bon ouais, c'est pas donné non plus ce genre de matos ethnique traditionnel...smiley


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Hallberg
(@hallberg)
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Ah oui, et on a une petite différence d'âge, et moi je m'intéressais à l'opéra avant que ce que j'appelle une expérience radicale avec la découverte de Yoko ne fasse entrer la bande dessinée dans le champ de mon attention esthétique. J'avais donc bien plus Wotan en tête au moment de lire l'album (dont la référence m'a paru assez claire, et même si le dieu qui lance la foudre est plutôt Jupiter) et j'avais fait la rencontre d'Odin dans Astérix et les Normands... Désolé...


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Lucterios
(@lucterios)
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Je connaissais Odin surtout par mes histoires de Vikings dans lesquelles était résumée la Völsunga saga. Même qu'à la fin, il y avait la traduction complète du prologue de l'Edda.


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Hallberg
(@hallberg)
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Pour rebondir sur cet album, la question de la terminologie mise à part, je voudrais évoquer un aspect qui me fascine dans cette histoire de mortels jouant avec la puissance des éléments.

Que les mortels appellent à leur secours les puissances des Dieux, du Ciel ou des Enfers, qu'ils leur demandent d'accomplir leurs projets, le plus souvent pour outrepasser leur condition de mortel et déchaîner une puissance qu'ils ne contrôlent pas, c'est quelque-chose d'assez courant, dans le registre tragique en particulier, et dans les mythes en général. Que cette puissance, après les avoir apparemment servi, finisse par se retourner contre eux d'une façon ou d'une autre et qu'ils se retrouvent foudroyés, précipités aux Enfers, rendus complètement dingues, est un grand classique aussi, tant Jupin et ses collègues ne vendent pas leurs services pour rien.

Dans "le Feu de Wotan", il y a encore une variante très contemporaine. Car si je me souviens bien, ce sont les personnages du drame qui ont baptisé l'engin de mort "feu de Wotan". Aujourd'hui, les divinités anciennes étant des éléments du patrimoine culturel plus que des puissances que les gens croient encore à l'oeuvre dans le monde, il est devenu courant de faire des allusions de ce type. C'est donc d'une façon sensiblement "désacralisée" que les hommes ont invoqué le Dieu cette fois-ci... Dans le récit, tous les personnages savent que Wotan est une figure mythologique, aucun n'est dans la situation d'un personnage de tragédie classique dont ce serait censé être le dieu tutélaire. Néanmoins, curieuse revanche, le Dieu frappe, il foudroie les malfaisants et tire une morale brutale de l'affaire. Ce récit ne comporte pas de véritable "Deus ex machina" au sens où le Dieu n'y apparait pas du tout comme personnage à part entière, il n'est présent que par l'acte final qu'on lui attribue et par les allusions que les personnages font à son sujet. Pourtant tout se passe comme si c'était lui qui apparaissait. Au final, c'est bien un fait technique et scientifique, si on fait une lecture littérale; mais au symbolique, c'est bien sous cette forme contemporaine faire revivre, avec les mêmes émotions, une figure de style fondamentale de notre imaginaire. C'est en ce sens on ne peut plus vernien...


Opération Sisyphe
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Lucterios
(@lucterios)
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Je ne sais pas du tout si les personnages de l'album, même Zimmer (le véritable) croient en l'existence de Wotan... Probablement pas. On se trouve au-delà de la pensée magique et la foudre n'est vue que comme un phénomène naturel.

Quoique... La référence à Wotan est sans doute plus poétique qu'autre chose, mais elle crée une certaine ambiguïté. En lisant l'album, j'ai l'impression que le dieu germanique est réellement présent, que Yoko, dans la tour, est, tout comme un Siegfried, frappé par la fameuse lance, sur laquelle sont gravés les runes de la Loi.

La foudre, par ailleurs, joue un rôle fondamental dans l'imaginaire humain depuis la haute préhistoire, car elle était autrefois l'unique moyen de se procurer du feu. Il en reste des traces dans les mythes (Prométhée). Aujourd'hui encore, le spectacle d'un orage reste l'un des plus impressionnants que puisse offrir la nature et ramène l'homme vers sa faiblesse. Même la technique n'y peut parfois pas grand chose !


Fortuna audaces juvat !


   
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