-
Le temps d’un rêve
C’est le titre d’un beau poême que nous a envoyé Frac à lire en cliquant ici.
Par la même occasion, Frac nous a envoyé une critique de L’astrologue de Bruges de Richard Langlois à lire en cliquant ici.
Bonne Lecture et un grand Merci à Frac

-
Des Livres et Des Jeunes
Cet article est tiré de la revue littéraire québécoise Des Livres et Des Jeunes (N° 49-50 de l’été 1995) . Cet revue existe depuis 1978. Il est signé de Richard Langlois, c’est sa critique de L’astrologue de Bruges.
Merci à Frac pour nous avoir envoyé cet Article.

LELOUP, Roger. L’astrologue de Bruges. Charleroi : Dupuis, 1994, 46 pages. (Yoko Tsuno; 20) Après La frontière de la vie, le septième album paru en 1977, ce vingtième album, L’astrologue de Bruges, constitue l’un des récits les plus captivants de la célèbre série «Yoko Tsuno», une héroïne dont le personnage s’est approfondi, d’une aventure à l’autre, pour devenir de plus en plus attachant. Impossible de tenter de résumer l’histoire à cause des nombreux rebondissements d’actions et d’un jeu narratif où s’articulent de façon complexe les notions de temps et d’espace. Grâce au translateur, la machine à voyager dans le temps (voir La Spirale du temps), nous sommes au XVIe siècle, époque de la Renaissance, considéré à juste titre comme le premier siècle moderne, avec ses Réformes religieuses, ses découvertes géographiques prodigieuses et, surtout, ses progrès scientifiques notoires dans le domaine de l’astronomie, de la physique, de la chimie et de la médecine.
Comme au début de La frontière de la vie, c’est un archéologue qui ouvre la voie initiatique à notre héroïne en lui indiquant le chemin d’une mystérieuse crypte abandonnée sous la maison, non plus de la famille Schulz qui demeurait à Rothenbourg, mais sous celle d’un autre alchimiste, dénommé arbitrairement ici l’astrologue. Leloup avait d’abord donné comme titre à cet album L’Alchimiste de Bruges. Ce personnage du nom de Zacharius, comme beaucoup d’autres nouveaux personnages dans l’album, ne joue qu’un rôle de circonstance pour faire avancer rapidement le récit. Tous arrivent au bon moment sans explication, dévoilent à Yoko, par petites doses savamment dramatiques, tout ce qu’elle doit savoir et quittent la scène sans qu’on ait eu le temps de les connaître et encore moins de s’y attacher comme dans les albums précédents. En fait, le seul vrai personnage nouveau, le plus vivant et le plus intéressant, c’est la ville de Bruges, avec ses canaux sans âge, son architecture envoûtante et son contexte historique qui alimentent la légende et le merveilleux. Leloup avait pensé choisir Venise, mais il a préféré Bruges, d’abord pour des raisons de proximité : «J’aime avoir la ville sous la main quand je la dessine», mais aussi parce que cette ville a connu au XVIe siècle le début des guerres de religion, période marquée par le Diable qu’on voyait partout. Cette empreinte du Malin devient un thème important, obsédant même dès le début de l’aventure. Jos l’archéologue prend la peine d’avertir Yoko que certaines pierres ont gardé l’odeur du soufre et que quelqu’un, qu’elle va rencontrer, a signé un pacte avec le Diable. Thème faustien, soutenu par l’étrangeté du décor, notamment secret au nom évoca-teur, la «Tombe du Diable».
L’une des grandes forces de Roger Leloup, à l’égal de deux autres grands maîtres du fantastique, Jean Ray et Edgar-Pierre Jacobs, c’est l’art de rapprocher la science contemporaine aux connaissances oubliées des temps anciens. Cette impressionnante magie narrative et graphique qui efface la frontière du temps donne au récit un pouvoir symbolique qui nous hante. Une simple case, la dernière de la page 35, concrétise avec un rare bonheur l’amalgame d’univers inoubliables, riches en interprétations multiples. Nous sommes en 1545. Yoko Tsuno, vue de dos, remonte un passage souterrain en spirale pour aller rejoindre son hôte diabolique, le marquis de Torcello, déguisé en astrologue. Notre courageuse héroïne vient de quitter Balthazar, l’alchimiste à la main droite artificielle et mécanique. Elle s’empêtre dans sa robe de théâtre Renaissance, emportant des objets mystérieux : attaché à sa main gauche, un faucon borgne, sensible au seul son de sa voix féminine et orientale, tandis que l’autre porte une précieuse croix sertie de bijoux et une chandelle allumée qui donne un éclairage expressionniste. Dans un petit sac attaché à sa ceinture, une fiole verte remplie d’un bouillon de culture à base de sang de rat contient le virus de la peste… Comme si cette fiole apocalyptique n’était pas suffisante pour hanter notre imagination, nous savons que le même sac renferme un rubis maléfique au nom sinistre de «L’Œil de Satan». Dans la même case, soulignons la symbolique de la septième marche sur laquelle Yoko pose le pied et le sombre présage d’un bras sans main dessiné à contre-jour sur la paroi de la tour. D’un bout à l’autre de l’histoire fourmillent des détails insolites, riches en interprétations infinies et toujours en concordance avec un scénario génialement construit.
C’est un album d’une séduction indéniable. Au cœur de Bruges, la grande vedette qui a traversé plus de 400 ans en gardant toute sa magnificence, Yoko rencontre une jeune bouquetière du nom de Mieke, qui lui apparaît comme un ange envoyé du ciel; son compagnon de longue date, Pol, deviendra amoureux de cette dernière et l’amènera au XXe siècle. La dernière onomatopée dessinée, en voix «off», est celle du baiser discret qu’échangent Pol et Mieke. L’image de cette dernière case nous laisse très songeur avec le gros plan des visages rapprochés, comme pour un portrait de famille, de Vie, de la jeune Rosée et de sa mère adoptive Yoko qui prend la peine de nous dire : «… même l’océan se noie dans une goutte de tendresse». Dans cette dernière aventure, Yoko a peut-être séduit le Diable, mais chose certaine, Roger Leloup demeure le plus grand séducteur, celui qui a réussi à partager avec nous son regard merveilleux, enchanteur et humaniste sur un monde où il est permis de rêver et d’aimer sans frontière.(À la fin de cet album, 24 pages supplémentaires constituent un dossier abondamment illustré et judicieusement intitulé : «Le monde fabuleux d’un personnage hors du commun, Yoko Tsuno : le langage du cœur».)A partir de 8 ans.Richard LANGLOIS -
Quelques ouvertures symboliques dans La frontière de la vie
Cet article nous a été envoyé par Richard Gendron que nous remercions et citons :
“Toujours provenant de la revue Solaris, un article écrit par Richard Langlois sur La frontière de la Vie. L’article s’inscrivait dans un spécial BD Science-Fiction et Fantastique (Solaris #60, vol.10, no.6, mars-avril 1985, p.38-39).”
Quelques ouvertures symboliques dans « La frontière de la vie »de Roger LeloupparRichard LANGLOIS
“passer sous la tour” comme première épreuve initiatique, la deuxième épreuve est une ruelle du nom “d’alter keller” (vieille cave), pour en arriver à la “schmiedgasse” (ruelle de la décision). Cinq minutes après, Yoko incante des chiffres magiques: “22…24 !… “Tout cela dans un décor où s’élèvent de nombreuses tours silencieuses et non habitées, signes de vigilance, de protection, de lieux cachés. Le souci topologique rejoint le souci narratif; un détour de sens s’effectue constamment à l’ombre des tours. On déplace inconsciemment notre regard neutre pour mettre en branle toute la mémoire d’un monde secret; celle qu’on perdit lors de la construction de la tour de Babel. Nous sommes à la recherche d’un langage perdu. Ces élévations construites à l’époque où les alchimistes cherchaient une transmutation matérielle et spirituelle traduisent bien le trait d’union entre la terre et le ciel. Les poursuites nocturnes sur les remparts, aux pieds des tours rondes et carrées, n’aboutissent jamais. Lorsque l’on veut aller trop loin avec l’En-Haut, on perd le contact avec l’En-Bas. I1 faut donc fuir ces tours aériennes où l’on sublime et pénétrer dans la partie souterraine qui évoque la part matérielle et humaine. Méthodiquement, les personnages passeront par la crypte extérieure du cimetière (mort sociale), pour pénétrer dans un caveau (mort familiale) et descendre finalement dans une cave (mort individuelle). Là, dans l’écho visuel
-Car tout est en haut, rien n’est en bas, Mais il le semble seulement à ceux qui n’ont pas la Connaissance”.Odes de Salomon, 34.Toute l’oeuvre de Roger Leloup est une invitation à l’arrêt iconique, à la réflexion thématique et à l’interprétation symbolique. Malgré l’exemplaire souci d’un graphisme soigné, il ne faut pas entrer dans les aventures de Yoko Tsuno avec des oeillères de simple géomètre où d’esthète précieux. Nous découvrons rapidement que l’approche scientifique n’est qu’un prétexte au glissement symbolique. C’est dans la vie quotidienne, ce merveilleux insolite si cher à Edgar Pierre Jacobs, que nous devons chercher le signe remémoratif et prognostique du cheminement narratif. Dans La frontière de la vie 1, une cohérence profonde dans le thème universel de notre condition humaine, syncopée par la vie et la mort, nous fait apprécier l’importance d’un passé trop vite oublié, d’un présent conflictuel à surmonter et le projet sans frontière d’un avenir meilleur à réaliser. Par la structure atemporelle du scénario, tout se passera sous terre où le jour ne se mesure plus, où le passé n’appartient plus au passé et le futur est si présent, que l’instant privilégié de la vie d’un personnage deviendra le fil conducteur de l’intrigue; tout cela dans la tradition d’une oeuvre déjà classique.Arrêtons-nous d’abord au début du récit où, dès le premier récitatif, écrit sur un
parchemin sur le quel figure une mystérieuse tour emblématique rouge, nous pénétrons dans un temps et un espace symbolique. Le rapprochement de cet album avec le 16e siècle, le premier siècle moderne, éclate encore plus lorsque nous prenons la peine de fouiller et d’apprendre que cette époque brisa toute frontière et décloisonna la pensée, grâce aux liens fidèles avec l’Antiquité. On remit tout en question avec un sens humaniste insurpassé. Ce siècle de la Renaissance fut marqué par la Réforme religieuse, les plus grandes découvertes géographiques, le couronnement du gothique, le début du baroque et surtout l’aurore de la vraie pensée scientifique sans frontière avec d’illustres noms cosmopolites, tels le Polonais Copernic, l’Italien Galilée, l’Hollandais Jansen, le Suisse Paracelse, l’Anglais Bacon et les Français Nostradamus et Ambroise Paré. Dans l’album, nous retrouvons aussi cette absence de frontière géographique et politique, avec la collaboration de techniciens d’Allemagne de l’Est, Dimitri et Ivan, et d’Allemagne de l’Ouest, Kurt et Hans.À la première page, le personnage principal arrive seul, vêtu de rouge, durant une fin d’après-midi de mai (Renaissance). Yoko tente de déchiffrer une lettre énigmatique, après avoir passé sous le signe solaire d’un lion d’or 2. Dans la lettre on demande de

-
Le septieme code par Richard Langlois
Richard Langlois, éminent expert en bande dessinée et ami de Roger Leloup, a eu la gentillesse de nous envoyer sa critique sur Le septième code, à lire en cliquant ici. Pour l’occasion, vous trouverez aussi une critique plus ancienne, qu’il avait écrite pour la parution de La pagode des brumes.
Merci Richard.










