Adieu M. Pavarotti
 
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Adieu M. Pavarotti

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Bardamu
(@bardamu)
Prominent Member
Inscription: Il y a 19 ans
Posts: 828
Début du sujet  

Je viens juste d'apprendre que Luciano Pavarotti est décédé cette nuit, à Modène (Italie), à l'âge de 71 ans.

Je voudrais saluer la mémoire de ce ténor qui fut l'un des meilleurs dans son art.

Edité Jeudi 6 septembre 2007 :12:10 par Bardamu



   
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Cherrydean
(@cherrydean)
Membre Moderator
Inscription: Il y a 21 ans
Posts: 4090
 

Oui, j'ai appris ça tantôt... On perd un grand ténor.


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
Inscription: Il y a 23 ans
Posts: 10550
 

Mon regret, de n'être pas né plus tôt. Je ne l'ai entendu qu'une seule fois, lors d'une brève apparition à Leipzig (au balcon de l'altes Rathaus, c'était magique!), ça devait être le festival d'été de la Mitteldeusche Rundfunk en 98 ou 99. L'homme avait toujours cette présence imposante (dans tous les sens du terme) et il restait quelque-chose de cette fameuse puissance qui surprenait tant, et de ce timbre particulier. Mais la voix était alors déjà avare de couleurs et de legato. On se rend compte que ceux qui l'ont entendu à la grande époque ont dû vivre quelque-chose de relativement comparable à "l'effet Callas". Pavarotti avait ses inconditionnels comme je peux l'être, moi, de Cecilia Bartoli, de Mireille Delunsch ou du chef Marc Minkowski, qui sont plus "de ma génération".
Pavarotti n'était pas mon ténor préféré, loin de là, et aussi son répertoire de prédilection (le romantisme italien) n'est pas ma préoccupation principale, mais les fois où j'ai pu le voir par télé ou DVD interposé, le personnage, l'incarnation, la présence scéniques, étaient d'un magnétisme particulier. C'était aussi une star, ce qui mettait une ambiance particulière dans les salles, un mélange de ferveur et d'enthousiasme qui éclatait au moment des applaudissements. Quelque-chose de très méditerranéen, rien à voir avec l'univers un peu snob des concerts parisiens ou berlinois.
Je crois sans trop me tromper que l'homme aura été d'une profonde humanité, avec ses défauts, son côté attrocement cabotin, son naturel, sa générosité. C'était aussi l'un de ces derniers personnages qui, dans l'imaginaire collectif, prenaient une place pratiquement mythique. Il a été "le" ténor, comme Karajan fut "le" chef, Callas "la" soprano, Rostropovitch "le" violoncelliste, Maurice André "le" trompettiste, etc. C'est toute une génération qui est partie.
Musicalement parlant, la disparition de Régine Crespin m'avait plus affecté, mais je crois qu'à cause du symbole, celle de Pavarotti marquera plus les consciences.

Je ne suis pas autant touché par les grands ténors au disque qu'en scène, je suis plus un passionné de belles voix de mezzo (ça a un lien avec ma tessiture à moi, aussi). Mais en scène, ces personnages ont quelque-chose de mystérieux, ces voix en apparence forcées et démonstratives, incarnent à merveille les héros (ou les anti-héros). Je connais mieux les chanteurs plus jeunes (et pour cause) et par exemple, il se passait un truc extraordinaire avec Seiffert en Tannhäuser, il n'avait pas le physique du rôle, c'était le métal de la voix et la noblesse du phrasé qui faisaient qu'aux yeux de tous, il était bel et bien le héros juvénile et bouillant qu'il devait être. Hé bien, je suppose que ceux qui ont eu la chance d'entendre Luciano Pavarotti en Paillasse, en Nemorino, en Cavaradossi, en Rigoletto, ont probablement ressenti quelque-chose comme ça.

Que de temps a passé... Pavarotti, c'était le ténor absolu. Il avait imposé son personnage un peu excessif, sa puissance, son physique massif, son timbre magnétique et son appétit de vivre, c'était tout le bel-canto des années soixante à quatre-vingts, le règne des monstres sacrés. Des voix amples, au profond vibrato, héritiers de la tradition post-romantique. On pensait toucher l'éternité du doigt.
Si un Alagna doit le remplacer, ce ne sera jamais de la même façon. Ce sera avec moins de coffre, plus de diction, une présence moins écrasante mais plus crédible théâtralement. Entre-temps tout a changé, les mises en scène, le style, les goûts du public - et le changement lui-même est devenu une qualité.

Monsieur Pavarotti, avec vous, c'est un témoin irremplaçable de toute une époque qui s'en va. Gravé dans la cire, les moments forts de ce temps révolu alimenteront encore notre nostalgie. Les styles et les goûts évoluent, mais tous les poètes, à leur façon, enchantent le séjour terrestre sans que le temps ait prise sur eux.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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