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Débat: le beau et le vrai

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Cherrydean
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Bonjour,
Un débat sur le beau et le vrai, avait été amorcé dans un autre sujet. Je le transferts ici où il sera davantage à sa place.


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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Cherrydean
(@cherrydean)
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Donc, Hallberg disait ceci:

Est-on prêt à recevoir un travail esthétique pour lui-même et indépendemment d'implications intellectuelles? Personnellement je crois énormément (parce que c'est comme ça que je le ressens) aux vertus de ce que j'appelle l'abandon, mais bon, ça se retrouve au fond dans de vraies théories esthétiques, notamment sous l'appellation de "pacte du lecteur", etc.
Néanmoins, certaines approximations m'agacent quand elles relèvent de la récupération-simplification de choses riches dans le but principal de faire joli, ça se produit dans la fantaisie-héroïque, et encore plus dans la fiction "très grand public", par exemple dans Harry Potter, dans la BD américaine ou dans le fantastique hollywoodien. Et encore ce qui me semble contestable n'est-il pas le fait de ne pas avoir d'intention derrière (le divertissement devant ici se suffire à lui-même en tant qu'intention dominante), mais le fait (qui arrive souvent) de faire mine de s'intéresser (aux mythes, aux mots ésotériques...) tout en prouvant ligne après ligne qu'on n'y a pas compris grand-chose.

D'aucuns reprocheraient ce fait à "La porte des âmes". Ce n'est pas mon avis pour la raison que j'ai donnée, à savoir, la versatilité même du terme. Ce dernier, à ce qu'il me semble, n'est utilisé dans son sens judéo-chrétien que dans une minorité des cas dans notre patrimoine littéraire, et l'ouvrage en question s'inscrit dans cette lignée.
Je suis fortement tenté de m'écarter de toute position dogmatique sur la question et j'admets mal que l'on puisse instituer de façon définitive le contenu que doit avoir le terme. Le XVIIIe siècle fait souvent de l'âme le siège des émotions, et entre autres de l'émotion d'origine esthétique, s'inscrivant du reste dans la tradition de l'antiquité classique qui la distingue de l'intellect.
En l'occurence, je ne crois pas comme Lucterios qu'il faille faire un procès systématique à certains des propos précédents. Certains d'entre-eux prennent, consciemment ou non, le terme d'âme en tant que ce qu'il est pour la convention littéraire.
Pris comme ça, ça ne remet pas fondamentalement en cause l'équilibre du récit. Je crois qu'ici, les approches (aussi éloignée l'une de l'autre que faire se peut) de Pulko et de Lucterios, mais aussi partiellement la tienne en ce qu'elle recelle d'appui sur la stricte réalité linguistique et culturelle, pèchent par un oubli fondamental, à savoir, le fait que ceci est de la littérature, ni plus, ni moins... Pour moi il faut avoir exploré les questions d'ordre littéraire (formes/conventions/filiations esthétiques) avant de se croire capable de dire ce que celà dissimule comme propos scientifique ou philosophique. Sinon, autant vouloir étudier l'histoire dans la Chanson de Roland, et la littérature dans les journaux... Enfin bon ce n'est que mon avis...

D'abord, je ferai une parenthèse en te disant Hall que, n'ayant pas lu le cycle de 7 livres d'Harry Potter, tu ne devrais pas être si catégorique à son sujet. Tout dans ces livres évolue avec le temps et on ne peut vraiment pas, je crois, bien juger Harry Potter en ne se fiant qu'à une partie du cycle. Par ailleurs, je crois que l'intention de l'auteur allait fort au-delà de ces questions de magie. La magie, à la limite, n'est qu'un décor. Mais bon, ceci est une autre histoire. Fin de la parenthèse.

J'avais donc soulevé par la suite ceci:

Quand à "le beau et le vrai sont-ils indissociables?"... Qu'est-ce donc que le beau et qu'est-ce donc que le vrai?

Puis Hallberg avait répondu cela:

Et donc, qu'est-ce que l'esthétique, et qu'est-ce que l'art? Enjeu philosophique aussi basique qu'insoluble.
Quand on aborde ces questions, chaque mot ouvre un abîme de possibilités. Disons que l'approche que j'ai associée à Lucterios me paraît un peu plus hegelienne (le beau est ce par quoi l'homme s'approche le plus de la vérité et de la compréhension, sous une forme qui lui est accessible par la perception sensible). Je m'encombre beaucoup moins de ce scrupule et m'appuie beaucoup plus sur la notion du beau telle qu'héritée de notre mémoire collective. Le genre de truc contesté par tout le monde, mais qui fonde, pragmatiquement, une bonne part de l'approche esthétique habituelle (apprentissage, critique).

Voilà.

Hallberg, quand tu parles de ta notion du beau comme étant héritée de notre mémoire collective, je trouve cela imprécissmiley. Notre mémoire collective se souvient également du dadaïsme, par exemple, et je ne trouve pas cela spécialement beau. Ce n'était d'ailleurs pas du tout le but de cette forme d'art. J'aimerais, stp, que tu précises davantage ton idée de ce qu'est le beau pour toi.

Par ailleurs, si la définition de ce qu'est le beau est ardue, la définition de ce qu'est le vrai me laisse perplexe. J'aimerais savoir ce que tu penses de ce qu'on appelle le "vrai".


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Hallberg
(@hallberg)
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On se reportera aussi à de nombreux passages du débat sur Tolkien, où la question avait été soulevée.

https://yokotsuno.fr/index.php?&mod=forum&ac=voir&id=1030&debut=0&cat=14

Sur Rowling:

Rowling utilise fondamentalement des éléments littéraires et mythologiques et s'inscrit dans une conscience culturelle. Ces éléments constituent un contexte et un arrière-plan à un récit dont les enjeux sont principalement psychologiques, à savoir où la narration a pour principal objet de peindre l'âme humaine, par le biais des mécanismes de caractérisation ou encore d'identification. En ce sens, ce travail pourrait avoir lieu en s'appuyant sur un autre contexte. C'est en ce sens que l'utilisation d'apports culturels (souvent utilisés pour susciter une ambiance précise par un jeu d'évocations auprès du lecteur) est quelque-chose de gratuit. Les qualités de l'ouvrage en tant que roman initiatique ne sont ici pas du tout en question (et cette discussion aura lieu ailleurs car je crois qu'il y a un sujet sur Rowling); l'ouvrage fonctionne exactement, par exemple, comme certains films historiques qui sont en vérité à la fois d'excellents récits personnels et des évocations historiques peu soignées. Indépendemment de toute notion de qualité d'écriture, Rowling a depuis le début la capacité d'irriter les esprits nourris de culture classique qui réalisent ici que la lecture est un effort réel. C'est un peu Marie Antoinette selon Coppola, parfois...

Pour le reste, je n'irai pas trop loin aujourd'hui, pour cause de concours à préparer. En effet ces questions qui parviennent à occuper toute une vie ne trouveront certes pas de réponse en trois messages d'un neuneu forumiste qui ferait mieux d'aller réviser au lieu de forumiser smiley.

L'un de mes termes est plus facile que l'autre.

Le "vrai": dans mon expression, non pas la vérité dans son sens absolu (ce serait alors une quète sans fin, comme le beau), mais la conscience qu'a une personne ou un groupe de ce qui est. En d'autres termes, ce qui "semble vrai" ou, pour ne pas apporter de confusions avec le terme de vraisemblance utilisé en esthétique, ce qui est tenu pour vrai par une personne ou un groupe. En art, si l'oeuvre est la fiction, alors ce "vrai" est ce qui est extérieur à l'oeuvre. Je n'ai pas employé le terme de "réel" parce que je veux qu'on puisse inclure dedans des choses abstraites, comme des idées ou des concepts qui passent par la tête de l'auteur.
Le "vrai" est alors ici le discours introduit dans une oeuvre, par lequel l'auteur entreprend de dire quelque-chose ce qui n'est pas l'oeuvre elle-même, et qui peut aller de la seule évocation à une appréciation.
L'expression suivante est de Lucterios:
(...)je pense que la quête du sens fait partie de l'émotion esthétique. Le propre de quelque-chose de beau est d'ouvrir sur une autre dimension de l'esprit.
Que j'avais résumée outrancièrement sous ma formule: le vrai est indissociable du beau. Dans cette optique l'art ne peut pas être gratuit, il n'y a pas de beauté qui ne fasse sens et ne contienne "le vrai de l'auteur", non pas le mythe de la vérité fondamentale et absolue, mais une vision.
Contre cette position, je défendais la possibilité d'une émotion esthétique sans aucun rapport avec une conceptualisation, dans une tradition plus kantienne (le beau est ce qui plait sans recours à un concept).

Le "beau", c'est plus difficile parce qu'on ne peut pas opérer de distinction simple. La recherche du beau est le fondement de l'esthétique et le but de l'art, mais comme on ne le définit que difficilement (enfin disons, plutôt, tout le monde court après), hem hem hem. smiley

Pour moi, dans l'instant présent, le beau est d'une part ce qui m'émeut (on ne saurait faire plus vague et moins clair), d'autre-part, simultanément ou non, ce qui flatte des habitudes et correspond à des critères de beauté culturellement acquis puis modulés par ma personnalité, ce qui est exactement ce que tu dis quand tu dis que le dadaïsme ne te séduit pas. Après, donc, ce que sont ça va recouvrir chez moi, et dans mes propres termes:
- Evocation, capacité à activer des références culturelles.
- Lyrisme, ampleur du geste artistique en tant qu'exacerbation des sentiments et de leur expression au delà de l'expression quotidienne.
- Abandon, capacité à susciter une adhésion affective au sujet indépendemment de toute intellectualisation.
- Formalisme/académisme, perfection formelle sur la base de critères acquis.
- Surprise, capacité à faire perdre les repères sensoriels et émotionnels, critère pouvant se contrarier totalement un des autres.

Voilà pour la tentative nécessairement sommaire, maladroite et sujette à caution de réponse à ta question qui, nécessairement, est la plus difficile du monde...

J'aurais aussi pu répondre que le beau est le divin, et là, on aurait été tout autant embêtés smiley

smileysmileysmileyuest:smileysmileyX)... smiley


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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Cherrydean
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Bon, alors, si l'on ne considère pas le vrai comme étant la "vérité", je veux bien. Donc, "la conscience qu'a une personne ou un groupe de ce qui est"... "ce qui est tenu pour vrai par une personne ou un groupe"... ceci énonce bien, je trouve, la complexité de la chose. Lorsqu'on parle de la perception d'un individu, dans son individualité, celle-ci ne peut qu'être empreinte de nuances. La perception de toute chose, matérielle ou immatérielle, que l'on a passe part l'interprétation qu'on en fait. Je crois que tu as raison de parler de "groupe" toutefois, considérant que le milieu dans lequel on vit teinte nos perceptions et nos interprétations.

(En parlant du beau, cela me fait penser que la théorie esthétique de Suzanne Langer pourrait bien t'intéresser.)

"La recherche du beau est le fondement de l'esthétique et le but de l'art"... déjà là, tu affirmes quelque chose qu'on peut questionner. La recherche du beau est-il vraiment le but de l'art?

Je reviens à mon exemple du dadaïsme. En voici une définition:
Le dadaïsme est un mouvement fondé en 1916 à Zurich par Tristan Tzara (1896-1963). Le dadaïsme vise à renverser la conception traditionnelle de l'art au moyen de la provocation et de la dérision. Ce mouvement a rassemblé des écrivains et des artistes ayant refusé de participer à la guerre et ayant appelé à la subversion renversement des valeurs établies.
( http://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/dadaisme.php )

La recherche du beau? On n'en parle même pas. Pourtant, on parle bien du mouvement Dada comme étant un courant artistique (et intellectuel). Et je ne suis pas prête à dire que ce n'est pas de l'art.

En parlant de Suzanne Langer, elle propose 7 "définitions" différentes de l'art:
1. Art is the creation of forms symbolic of human feeling.

2. Art is the creation of forms expressive of human feeling.

3. All art is the creation of perceptible forms expressive of human feeling.

4. ...art is the creation of "expressive forms" or apparent forms expressive of human feeling.

5. Art is... the creation of expressive forms visually, audibly, or even imaginatively perceivable forms that set forth the nature of human feeling.

6. The primary function of art is to objectify feeling so that we can contemplate and understand it.

7. Only one function belongs to good art alone, and is what makes it good: the objective presentation of feeling to the beholder's direct perception.
(Cahiers d'information sur la recherche en éducation musicale (2), 1983, p.38-39 )

(Euh, si certains auraient besoin d'aide pour traduire, juste à me le dire)

Ces "définitions" se complètent. On voit notamment que le terme "feeling" revient dans toutes ces citations. On ne parle pas du beau ici, mais plutôt d'expression. Si je reviens au Dada, ce courant est bien une forme d'expression à ce qu'il me semble. Je pencherais donc plus pour une définition qui va dans ce sens. L'expressivité me semble un point plus déterminant de l'art que le beau.

Bon, je m'arrête pour l'instant.


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Paul
 Paul
(@paul)
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Je pense qu'une traduction aiderait à la lecture du sujet, qui est déjà assez compliqué comme ça! J'attend la suite avec impatience, sans pouvoir vraiment intervenir. Je "déchiffre" à peine, toutes mes fonctions cérébrales sont en mode manuel et ça rame! smiley
Je me contente de vous offrir cette définition du beau entendue entre deux portes:
la beauté est le fruit de la rencontre de l'amour et de la vérité.

Edité Jeudi 30 août 2007 :22:03 par Paul


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Cherrydean
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Je vous traduirai ça dès que j'ai le temps de le faire. Si tu as des questions sur ce qu'on dit (qui sait, ça pourrait être tout croche), il ne faut pas te gêner (ça vaut pour tout le monde). Une qualité qui me tient à coeur chez un bon chercheur, c'est d'être capable de bien vulgariser sa matière. Je suis certaine que je peux encore faire des progrès.


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PulkoMandy
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À propos du vrai... (parce que le beau, euh, ça me dépasse smiley)

Chacun a une perception du monde qui l'entoure qui peut être très différente de celle du voisin. Et il est impossible de se projeter, d'imaginer ce que quelqu'un d'autre perçoit, parce que le seul moyen qu'on a de comparer nos perceptions, c'est le langage, et le langage est conçu justement pour nous permettre de nous mettre d'accord sur ce que l'on voit du réel. Alors, de toutes façons, le vrai est une question de perception. Un monde que personne ne peut observer, c'est un monde qui n'existe pas. alors, on se contentera de ce qui est perçu.
Ensuite, le langage permet d'échanger un peu, et le "vrai" peut alors être tout ce sur quoi on arrive à se mettre d'accord. Parce que plus il y a de points de vues qui concordent, plus il y a de chances qu'ils soient en accord avec la réalité...

--

Tiens, un sujet philosophique dans le café philo, ça faisait longtemps que ça manquait ça smiley


"Qui a un pied dans la barque et l'autre dans le canoë tobera à l'eau."
proverbe tuscarora


   
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Paul
 Paul
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PulkoMandy a écrit ... Un monde que personne ne peut observer, c'est un monde qui n'existe pas. ...

Tu vas peut-être un peu loin dans le subjectivisme. L'explosion de l'étoile que l'on voit aujourd'hui, s'est passée à une époque ou l'homme n'existait pas encore. Personnellement je lie cette façon de penser au "je pense donc je suis." de Descartes, si ma mémoire et bonne et que beaucoup réduisent trop facilement à "je doute, donc je suis." Il me semble qu'une des critiques faite à Descartes, ou plutôt à ses disciples qui ont systématisés sa pensée sur le "doute méthodique", est que le doute systématique, valable en sciences exactes, mène à bien des impasses en dehors??? (Je doute justement, ces souvenirs sont un peu lointain... Existent-ils vraiment d'ailleurs?)

Quant au beau, peur-être te compliques tu un peu trop la vie? J'ai retrouvé cette réflexion de Jacques Maritain:

Saint Thomas, qui avait autant de simplicité que de sagesse, définissait le beau: ce qui plait à voir, id quod visum placet. Ces quatre mots disent tout ce qu'il faut: une vision, c'est-à-dire une connaissance intuitive, et une joie.

Le beau est ce qui donne la joie, non pas toute joie, mais la joie dans le connaitre; non pas la joie propre de l'acte de connaitre, mais une joie qui surabonde et déborde de cet acte à cause de l'objet connu. Si une chose exalte et délecte l'âme par là même qu'elle est donnée à son intuition, elle est bonne à appréhender, elle est belle.

Jacques Maritain Art et Scolastique 1920

Un des problèmes de notre société est à mon avis que trop d'artistes se sont détournés de la recherche du beau. Alors que justement nous avons besoin de cette joie qu'eux seul peuvent donner.

Edité Jeudi 30 août 2007 :22:07 par Paul


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Emilia
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"LE BEAU,C'EST LA SPLENDEUR DU VRAI"... C'est de Platon...



   
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PulkoMandy
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Paul a écrit [quote=PulkoMandy]... Un monde que personne ne peut observer, c'est un monde qui n'existe pas. ...

Tu vas peut-être un peu loin dans le subjectivisme. L'explosion de l'étoile que l'on voit aujourd'hui, s'est passé à une époque ou l'homme n'existait pas encore.

Il faut quand même un observateur, même s'il se trouve dans le dutur par rapport à ça. Enfin, de toutes façons, ici, nous sommes dans un monde qui existe, et c'est déjà assez compliqué comme ça, alors on ne va pas en plus aller voir ce qui se passe dans les mondes qui n'existent pas. smiley


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Paul
 Paul
(@paul)
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Difficile pour moi de dire quelque chose de cohérent sur ce sujet.
Pourtant il me hante, me torture parfois. Il est source de mes plus fortes émotions, celles toutes simples de la vie, mais aussi certaines plus complexes comme la contemplation d'un Christ de Rouault ou l'écoute du Miserere d'Allegri (A Sei Voici).
Des émotions complexes, puisque la même oeuvre peut produire des sentiments divergents. Plaisir extrême joyeusement du à ce que Hall appelle "l'abandon," abandon au moment, simplicité d'un laché prise de l'intellect . Mais aussi désespoir profond devant la raréfaction des grands artistes. Frustration aussi lorsqu'enfin étant en raisonnance avec l'oeuvre, je me retrouve dans l'incapacité de "parler ces émotions", de les partager car ne possédant pas le langage. L'artiste est "celui" qui possède ce langage universel. Je pleurs parfois sur celui qui maltraite son talent. Je resents profondément en moi cette parole de Paul VI:

Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c'est ce qui met la joie au coeur des hommes,c'est ce fruit précieux qui résiste à l'usure du temps, qui unit les générations et les fait communier dans l'admiration. ...
Paul VI aux artistes 8 Décembre 1965.


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Petite Fleur
(@petite-fleur)
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Paul a écrit Je pense qu'une traduction aiderait à la lecture du sujet, qui est déjà assez compliqué comme ça! J'attend la suite avec impatience, sans pouvoir vraiment intervenir. Je "déchiffre" à peine, toutes mes fonctions cérébrales sont en mode manuel et ça rame!

Puisque Cherrydean mentionne qu'elle n'a pas le temps de le faire, et que je suis familier avec l'anglais, j'espère qu'elle me pardonnera de le faire. J'essaierai d'être aussi précis que possible.

1. Art is the creation of forms symbolic of human feeling.
L'art est la création de formes qui symbolisent les sentiments (ou "la sensibilité", les "émotions") humains.

2. Art is the creation of forms expressive of human feeling.
L'art est la création de formes qui expriment les sentiments humains.

3. All art is the creation of perceptible forms expressive of human feeling.
Tout art est la création de formes perceptibles qui expriment les sentiments humains.

4. ...art is the creation of "expressive forms" or apparent forms expressive of human feeling.
...l'art est la création de "formes expressives" (dans le sens de "explicites") ou de formes apparentes qui expriment les sentiments humains.

5. Art is... the creation of expressive forms visually, audibly, or even imaginatively perceivable forms that set forth the nature of human feeling.
L'art est... la création de formes expressives visuelles, audibles ou même perceptibles par l'imaginaire, qui exposent (ou présentent ou illustrent) la nature des sentiments humains.

6. The primary function of art is to objectify feeling so that we can contemplate and understand it.
Le but premier de l'art est de donner aux sentiments une forme matérielle (forme d'objet, "objective") afin que nous puissions les contempler et les comprendre.

7. Only one function belongs to good art alone, and is what makes it good: the objective presentation of feeling to the beholder's direct perception.
Une seule fonction (ou un seul but) caractérise l'art véritable et en fait un "bon" art : la présentation objective (dans le sens de "par un objet") des sentiments à la perception directe de l'observateur.

---
À mon avis, le "beau" et le "vrai" ont un point en commun : ils sont l'expression de ce qui semble réel à leur auteur (ou compositeur). Est perçu comme "vrai" ou "beau" ce qui a l'accord de l'observateur comme exprimant une réalité.

Cette "réalité" peut être au niveau objectif (les choses) comme "La planète Saturne a des anneaux". Elle peut aussi être au niveau du senti comme "La planète Saturne a des beaux anneaux".

Elle peut aussi être au niveau subjectif, exprimant peine, joie, amour, sens de l'esthétique, etc. Mais l'art ou la vérité ne seront perçus comme "beau" ou "vrai" par l'observateur que s'ils expriment dans la forme un "fond" qui correspond à du "réel" pour l'observateur.

En ce sens, je suis d'accord avec la parole de Platon citée ci-dessus par Emilia.

Edité Samedi 6 octobre 2007 :02:05 par Petite Fleur


Il y a des personnes qui pleurent en apprenant que les roses ont des épines.
D'autres se réjouissent quand ils savent que les épines portent des roses


   
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Cherrydean
(@cherrydean)
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Merci pour la traduction. Je n'y pensais plus et, effectivement, je manque de temps.


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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Petite Fleur
(@petite-fleur)
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Il n'y a pas de quoi Cherrydean... smiley

Je suis d'accord avec...

PulkoMandy a écrit Chacun a une perception du monde qui l'entoure qui peut être très différente de celle du voisin.
(...)
Alors, de toutes façons, le vrai est une question de perception.

Je suis d'accord si on accepte d'appeler "vrai" l'expression de ce qu'on croit réel. Je mets un bémol sur :

Et il est impossible de se projeter, d'imaginer ce que quelqu'un d'autre perçoit, parce que le seul moyen qu'on a de comparer nos perceptions, c'est le langage

N'est-ce pas justement ce à quoi sert la communication? Tu le mentionnes d'ailleurs : "Ensuite, le langage permet d'échanger un peu, et le "vrai" peut alors être tout ce sur quoi on arrive à se mettre d'accord." C'est la définition même de la communication transactionnelle.

Une question :

Il faut quand même un observateur, même s'il se trouve dans le dutur par rapport à ça.

Pouvons-nous appeler "observateur" un objet matériel? Peut-être que oui. Quand une sonde spatiale ou un microscope surpuissant nous envoie des images auxquelles nous n'aurions jamais accès par nos sens (photos dans l'ultraviolet par exemple), les reconnaîtrons-nous comme "vraies", "réelles"? Je vais un pas plus loin : si, comme dans l'exemple de Paul, une étoile explose, mais que nous ne la voyons pas et disons même que nous ne la verrons jamais, mais qu'elle souffle par cette explosion des tonnes de poussières interstellaire (et peut-être quelques planètes au passage...), existe t-elle?

Je n'affirmerais pas que "Un monde que personne ne peut observer, c'est un monde qui n'existe pas". Je me limiterai à "Un monde que personne ne peut observer, c'est un monde qui n'existe pas selon nous". Bien sûr, je n'affirmerai pas qu'il existe! Mais je crois qu'on peut raisonnablement supposer l'existence de ce qui aurait été observé indirectement et que nos sens ne percevrons jamais (les ondes radio par exemple).

Paul a écrit Un des problèmes de notre société est à mon avis que trop d'artistes se sont détournés de la recherche du beau. Alors que justement nous avons besoin de cette joie qu'eux seul peuvent donner.

Combien tu me rejoins ici, Paul! Il faudrait peut-être en chercher la raison dans la motivation et la puissance des hommes d'affaires (puissance que nous leur donnons par notre accord sur l'importance exagérée que nous accordons à l'argent) qui ont faussé la donne en publiant quoi que ce soit à condition que ce soit commercial (rentable), du plus abject au plus sublime.

PulkoMandy a écrit alors on ne va pas en plus aller voir ce qui se passe dans les mondes qui n'existent pas.1smiley

N'est-ce pas ce que font les romanciers, auteurs de science-fiction, peintres et sculpteurs d'art plus ou moins abstrait, plusieurs musiciens, certains auteurs religieux, et philosophes?

Un autre aspect du "Vrai" dont nous tenons peu compte et que certains esprits "rationnels donc objectifs" ont parfois tendance à mépriser est le monde subjectif. Qui pourrait nier sa réalité? Aucune géométrie, aucune physique, aucune chimie ne pourrait expliquer la forme d'un nid d'oiseau, le profil d'une ville, l'expression d'une toile. Pourtant, ce monde subjectif est en train de changer la planète bien plus sûrement que des facteurs objectifs. Avant l'apparition de la vie (donc du "subjectif"), notre monde était un caillou brûlant, dénudé et aride, avec un ciel jaune : aujourd'hui, il est un jardin mer à mer avec un ciel bleu. Les êtres vivants transforment notre planète à un rythme sans cesse croissant pour se procurer sécurité, plaisir, survie, confort... À un point tel qu'aujourd'hui, une espèce est en train de bouleverser le climat probablement de façon irréversible (due à l'emballement du réchauffement). Alors que l'objectif (le monde des objets) "évolue" (change) à coups de milliards d'années, le subjectif évolue à coups de siècles, puis d'années et, aujourd'hui, de minutes. Lorsque des êtres vivants s'installeront sur d'autres planètes, ces planètes connaîtront à leur tour des transformations beaucoup plus rapides que ne le prévoit l'astronomie.

Le réel, ce n'est donc pas seulement ce qu'on peut observer, mais aussi ce qu'on crée. D'où l'expression "réaliser" nos rêves. Et cette création tient plus du subjectif que de l'objectif.

Ce réel sera t-il "beau"? La réponse nous appartient. Et ici, la notion de "conscience naturelle" apportée par Hallberg (en citant Rowling) peut jouer un rôle déterminant.

Edité Lundi 8 octobre 2007 :23:31 par Petite Fleur


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D'autres se réjouissent quand ils savent que les épines portent des roses


   
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