Bon, suite à la proposition d'Hallberg, je lance le sujet sur la critique, sur lequel je pense qu'il reste beaucoup à dire. Je recopie ici, les participations qui me semblent les plus constructives, et venant du débat sur les couleurs de Yoko Tsuno.
KADLORION
Bon, comme ce pauvre Hallberg a des problèmes je retourne à mon clavier...
Tant pis si cette voix vous paraît un peu resurgir d'outre tombe. Il est vrai que je poste 100 fois moins qu'il y a longtemps (ce n'est pas une façon de parler, c'est au sens propre...)
La légitimité de la critique en oeuvre d'art existe à mon sens...
Même si un critique peut bien sûr être contredit ! Evidemment les critiques, bien souvent, ne sont pas d'accord entre eux...
Après, c'est à un auteur de faire ce qu'il veut des critiques qui lui sont adressées. De les lire ou ne pas les lire, d'en tenir compte ou pas... Il ne pourra jamais tenir compte de tout, faire plaisir à tout le monde, et à essayer de le faire il produirait une oeuvre insipide...
Mais tenir compte de la critique peut aussi permette d'engendrer des chefs d'oeuvre...
étant moyenâgeux dans l'âme, je me dois d'apporter ici un exemple, un bon vieil exemple concret...
Le peintre Girodet s'est orienté à un moment de sa carrière vers des oeuvres... où les personnages deviennent de cristal, évanescents, immatériels... dans la lignée des contes d'Ossian...
Personnellement j'aime beaucoup ce tableau. David en le voyant déclara "Ah, ça, il est fou, Girodet, ou je n'entend rien à la peinture, ce sont des personnages de cristal qu'il nous a fait là " (c'est une citation approximative)
Les critiques furent nombreuses, et Girodet décida de revenir à des choses plus simples... avec sa scène de déluge...
Ici, c'est l'opposé. La forme est simple, limpide et remarquable. Pas de personnages evanescents... On revient à quelque chose de beaucoup plus "académique"...
Moi j'aime beaucoup les deux, mais une amie me confiait récemment qu'elle n'aimait pas trop le premier...parceque la forme y était trop reléguée au second plan....
Bon, il faut que j'essaye de ne pas trop m'égarer. En tenant compte de la critique, on ne devient pas forcément autre chose que soi même. On peut produire des chefs d'oeuvre...
Mais Tout auteur est libre de ne pas lire les critiques tout comme un lecteur est libre de ne pas lire les bandes dessinées qu'il n'aime pas.
Pour beaucoup d'auteurs la critique de leur "premiers lecteurs", leur femme, leur correcteur, leur éditeur (pour un livre, il y a un va et vient entre l'auteur et l'éditeur qui dure des mois bien souvent !) suffisent. Pour certains, peut-être, aucune critique n'est-elle necessaire, surtout quand les années leur ont permis de se forger un style assuré... Mais en quoi cela rendrait-il la critique moins légitime ? La critique, ce ne sont pas des mots méchants pour le plaisir de faire mal, c'est juste un jugement porté sur une oeuvre. L'existence du forum est justifié par les débats. Il y a débat s'il y a des idées contradictoires, et s'il y a idées contradictoires, alors certains jugeront en bien ou en mal certains épisodes de Yoko...
Pour ne pas être beaucoup confronté à la critique, il suffit, non de tout quitter, mais de se cantonner aux articles du site, et aux sujets plutot "techniques"... ainsi qu'aux sujets d'avant premières... Je comprend tout à fait qu'un auteur ne souhaite pas lire des critiques, mais ce n'est pas une raison pour en nier la légitimité, qui est, à mon sens, totale, et qui ne fut pas remise en cause dans notre bon vieux pays depuis... fort longtemps. Quand la France se couvrit de cathédrales au XIIIe siècle, il ne manqua pas de détracteurs pour dire que cette architecture était inférieure au Roman. Il s'agissait d'édifices consacrés à Dieu, eh bien, on pouvait en critiquer la réalisation !
Moi aussi, comme Hallberg, je n'ai rien compris à notre histoire si la critique est illégitime. Je suis persuadé du contraire. La critique est aussi légitime que le désir d'un auteur de ne pas en tenir compte.
SOPID
Une critique peut-être négative ou positive et les 2 sont justifiées d'exister. La critique positive se remarque habituellement par le fait qu'elle donne une solution à un problême que la personne qui fait face à la situation peut utiliser ou non. La critique négative est habituellement l'expression d'un désagrément du crittique sur le travaille de l'auteur de l'oeuvre critiqué.
Les 2 types de critiques sont normales et se doivent d'exister. Naturellement, l'auteur préfèrerait n'en avoir aucune, mais il préfère aussi de loin la critique constructive à la négative. Le critique, malheureusement souvent paresseux dans son travail de critique, se contente d'être négatif. Là nait le différent entre l'auteur et les critiques de son oeuvre.
Cependant, lorsqu'on crée, on doit toujours s'attendre à ce qu'il y ait des insatifaits. Ceux-ci ont le droit de s'exprimer et l'auteur n'est en rien obligé de leur répondre; bien au contraire, il peut s'en faire une force de ne pas leur porter attention.
J'ai à une certaine époque créé des courtes pièces de théâtre. J'ai eu des urluberlus qui sont venus s'obstiner avec moi sur le sens profond du texte sans savoir que j'en étais l'auteur. J'ai fini par comprendre qu'il m'était inutile de les écouter ou de leur répondre parce que ceux-ci ne savaient en aucun point de quoi ils parlaient.
HALLBERG
Les enfants, vous savez que j'aime bien vos interventions et que vous êtes les seuls à ne pas contourner ce type de débat de fond. Mais outre le fait que les auteurs de "critiques" au raz des paquerettes vout sans doute contourner avec prudence, je pense que le noeud du problème se situe dans notre rapport avec l'auteur.
Une critique est un rapport personnel du lecteur avec l'oeuvre. Contrairement à une idée reçue, elle ne vise pas l'objectivité (qui, en matière de jugement esthétique, est un mythe ou une simple application de critères convenus). Elle peut fort bien commencer par un "j'aime" ou "j'aime pas", même si à l'évidence, juste après, on attend une jutification qui, si peu généralisable qu'elle soit, se doit de conserver une cohérence interne. L'honnêteté intellectuelle consiste à ne pas se satisfaire d'arguments ou de faux arguments tout faits (de type "ça il ne faut plus en faire parce que plus personne n'en fait", ou "c'est bien parce que tout le monde le dit"), mais en plus de cet aspect, l'exigence que le critique doit avoir vis-à-vis de lui-même, est également de tenter dans les limites de ses moyens de réduire la dimension dogmatique et le prêt-à-penser à la portion congrue pour laisser se développer le jugement individuel.[...]
Quelle est la situation de l'auteur là-dedans? Un auteur doit-il se justifier autrement que par son oeuvre? Moi, il me semble que la justification et la légitimité de la critique (sans rentrer dans le débat de l'intérêt de cette critique) provient du fait que l'auteur n'a pas à s'y justifier. Comme je le disais, certes le commentateur doit se garder de faire des procès d'intention (ce qui est à la base un abus de raisonnement déductif sans preuve), mais la critique n'est pas la presse à scandales. Un auteur n'a pas à rendre des comptes sur les manques que lui attribuent les critiques. Du reste, bon nombres de réponses qu'un auteur peut faire à une critique sont parfaitement prévisibles:
"l'auteur échoue à rendre tel ou tel caractère"->"Pourtant je fais de mon mieux et avec tout mon coeur"
"la surexposition des couleurs provoque un effet désagréable qui nuit au propos"->"J'ai fait un gros boulot sur les couleurs et chacun est libre de juger"
"ce livre est fabuleux"->"ça me va droit au coeur"
Voire:
"L'auteur a oublié un cil à l'oeil du 45e personnage en partant de la droite"->"Tout le monde peut se tromper et ça ne change rien au propos".On s'imagine souvent que la réaction de base face à une critique, quand on est l'auteur, c'est de prendre mal les critiques négatives et de percevoir les positives comme un encouragement personnel. À mon avis c'est un cliché. Si l'on se fait encenser et qu'on en remercie le commentateur, c'est un peu absurde. Le rédacteur d'une critique positive n'est pas un "allié" dans une "cause", ce n'est pas quelqu'un qui est "pour vous". Si un jour l'auteur déçoit cette personne, elle ne se privera pas de commenter d'une autre façon. Du reste, dans la critique positive, normalement, il y a surtout des raisonnements construits qui ont une conclusion favorable. L'auteur en prend acte et ça peut le confirmer dans ses choix, s'il trouve que les raisonnements sont judicieux et sensibles. Il peut aussi y avoir de la complaisance. Quand l'auteur perçoit la complaisance, il devrait l'ignorer - ça ne lui apportera rien à part faire du bien, lors de la première lecture, à son moral.
Face à la critique désagréable, il me semble que l'attitude est la même. Quand des commentaires ne trouvent pas, dans le corps du développement critique, de justification claire et sincère, je ne vois pas en quoi il y a lieu d'en tenir compte. Quand la chose est agressive et méchante, ou sotte... ce n'est pas une déclaration officielle qui fait fonction de pensée à adopter. Les autres lecteurs sont assez intelligents pour ne pas prendre acte. Si le commentaire négatif est normalement constitué, deux attitudes possibles, soit on est soi-même convaincu par le propos et on s'appuie dessus pour améliorer son travail, soit on n'est pas convaincu, ou encore, pas intéressé par le propos, et à ce moment-là, on considère que la critique ne porte pas.
Voilà pour le point de départ. Dans mon prochain post je vais plutôt critiquer la légitimité de la critique, qui ne me semble pas si évidente que ça.
Von Schnappi Krocovitch Yaourtski de Bergerac, KrocoSoup onctueuse a base de Danone et Fils de Maitre Yaourtberg...
Ce topic malheureusement sans réponse n'est pas des plus récents mais me paraît néamoins intéressant non?
"I hate myself for loving you!" [Joan Jett]