Je vous envie de connaître des merveilles aussi exotiques. J'aimerais particulièrement assister un jour au phénomène de l'aurore boréale. Mais bon, je ne me plains pas : j'ai vu des choses magnifiques en Namibie, notamment le ciel nocturne, très pur. On a aussi de beaux paysages en France et en Europe. Pour ma part, j'adore traverser les Alpes en train, notamment quand on longe les lacs italiens...
J'aime voir la neige tomber doucement, sans fin. Je la regarde et je dois me forcer à détourner le regard tant elle m'hypnotise. Et que dire de la neige fraîchement tombée à la lumière d'un réverbère. Le tapis de neige brille d'une manière telle qu'il est inutile de chercher une comparaison. Une merveille qu'on ne peut toucher sans la détruire.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
C'est tiré d'un film ça, non?
Sopid, encore en vie!
Ça me fait penser à un poème de je ne sais plus qui (serait-ce Lamartine?) On y décrit le tableau suivant (quelque chose dans le genre, il y a près de sept ans que je n'ai relu ce poème) : un jeune homme se repose dans l'herbe, dans une belle plaine, le soleil réchauffant le paysage. À la fin du poème, on remarque les habits militaires du jeune homme et puis une ou deux petites taches noires sur son cou, des trous de balles. La bêtise de la guerre...
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
C'est Le dormeur du Val de Rimbaud
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Je trouve ce poème horrible ! ou horriblement beau...
"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard![]()
"Le chat est entré dans la cage aux lutins"
"Le vent du printemps disperse les fleurs de mon rêve.
Eveillé mon coeur en tremble encore."
(Saigyô, XIIe s.)
Grandir avec Yoko...
Merci Thalie, c'est effectivement de ce poème dont je parlais. Oui, je suis d'accord, il est horrible et horriblement beau à la fois. La scène décrite est horrible et désolante, mais son tableau est magnifique.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Je ne vois pas trop pourquoi c'est "horrible", ce n'est pas le qualificatif que j'emploirais... C'est tragique, plutôt et lyrique en même temps ! Des soldats, il y en a beaucoup qui sont tombés sur le sentier de la guerre, et cela continue, malheureusement. Tout cela pour un malheureux aïku... Vous n'avez vraiment pas l'esprit du Bushido !
Ce qui fait ce sentiment de grande horreur, c'est justement la grande beauté de la scène.
Sopid, encore en vie!
Va pour "tragique" si tu préfères. Il me semble que les deux termes conviennent. Une scène tragique de l'horreur (erreur) de la guerre.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Si je puis me permettre d'interrompre ces considérations poétiques pour raconter quelques moments où l'on savoure la vie...
J'ai envie de me souvenir de quelques moments que je n'oublierai jamais... vécus en assistant à des concerts. En tant que musicien, mes impressions sont beaucoup plus diffuses, les moments magiques peuvent survenir n'importe-quand et succéder à des moments plus difficiles. Quand on assiste, on se laisse beaucoup plus porter... Tout ceci se passe dans les quinze dernières années...
Opéra de Lyon, "La damnation de Faust" (Berlioz):
"Le vieil hiver a fait place au printemps;
La nature s'est rajeunie,
Des cieux la coupole infinie
Laisse pleuvoir mille feux éclatants..."
Les premières notes. Un décor tout simple: Faust, au premier plan, une toile translucide dans un magnifique camaïeu de vert, éclairé par une lumière douce. En ombre chinoise, un cerf-volant et la silhouette d'un enfant. Finalement, Faust ne parviendra pas à retrouver les bonheurs simples auxquels il aspire. Mais l'espace d'un instant... même en connaissant l'histoire, on y a cru...
Opéra de Lyon toujours: "Orphée aux Enfers" (Offenbach):
Le premier acte. Virtuosité, humour, jusqu'à présent, tout a été dit... tout, sauf l'abandon, le lyrisme... Mais tout à coup, s'élève un ostinato discret de la fosse d'orchestre... La voix d'Eurydice s'élève, d'une surréaliste légèreté... que se passe-t-il? Quelle est cette merveilleuse ambiguïté? Quel est ce frisson? Pourquoi ne parvient-on pas à décider ce qui, du drame ou de la farce, l'emporte en ce moment précis?
Mort, ton ivresse me pénètre,
Ton froid ne me fait pas soufrir,
Il semble que je vais renaitre,
Oui, renaitre au lieu de mourir..."
Pourquoi a-t-on envie de te suivre, Eurydice, quand tu emboîtes le pas à ce diable de Pluton? Que vas-tu chercher dans son royaume? N'allons-nous pas aussi renaître en quittant la Terre?
Et quel génie bienfaisant nous permet ainsi, l'instant suivant, d'être emporté dans la virtuosité éblouissante du premier finale, dans les splendeurs symphoniques du ballet des heures, dans l'exercice attendu du "Sommeil"? Et pourquoi nous sommes-nous tous retrouvés, avant d'en avoir conscience, debout à applaudir à tout rompre?
Offenbach toujours, mais au Théatre du Chatelet à Paris, "La grande duchesse de Gerolstein".
On l'a attendu, il est là: la merveille des merveilles, le grand finale enfin retrouvé du troisième acte. Le compositeur a voulu faire guindé, avec son "carillon", mais il n'est parvenu qu'à produire l'élégance et le charme. Et pourtant, ce carillon s'enchaine avec un "galop" endiablé. Seulement voilà... cet enchainement, c'est la nature même. C'est une évidence, comme si toute cette science de la composition ne visait, en somme, qu'à retrouver l'évidence des premières mélodies que nous fredonnons dans notre enfance. À ce moment-là, c'est une sensation unique, quand la beauté vous tire des larmes tandis que vous riez de la pièce, et que vous essayez d'embrasser du regard la scène, le décor flamboyant, le ballet, le jeu des comédiens...
Toujours au Châtelet, "Tannhäuser" (Wagner).
Peter Seiffert, dans le rôle titre: une carrure impressionnante, un look comme on en voit dans les vieilles séries allemandes. Démodé, quelconque. L'homme s'avance sur la scène et ouvre la bouche. Mais à ce moment-là, il n'est plus lui: il est devenu un Héros, il incarne un mythe. Par dessus l'orchestre rutilant, la voix est saisissante, la diction est miraculeuse. Il dit le texte. La tragédie, le verbe, la musique, tout se confond. On y croit.
Staatsoper "Unter den Linden" de Berlin, "La flûte enchantée" (Mozart).
C'est attendu, et pourtant... La salle est en joie, Papageno vient de glisser un couplet supplémentaire raillant les dernières élections dans son air! Pourtant, il ne s'en faut pas beaucoup qu'une ambiance différente s'installe. C'est la fameuse production dans les décors de Friedrich Schinkel créés pour la première berlinoise de la pièce, il y a bientôt 200 ans. Beaucoup l'ont déjà vue sur tout un tas de gravures et de photos, et pourtant, elle fait son effet, cette entrée de la Reine de la Nuit sous la coupole d'un bleu profond d'où semblent pleuvoir les étoiles. Un murmure parcourt l'assistance. Encore une fois, la magie du théâtre nous ramène au merveilleux quand nous pensions ne plus y croire.
Opéra de Lyon, en concert cette fois-ci: "le sacre du printemps" (Stravinski):
C'est fini depuis plusieurs secondes... mais rien ne se passe. Même ceux qui connaissent l'oeuvre par coeur sont paralysés. Paralysés par le déchainement de couleurs fauves, par la barbarie hypnotique à peine contenue. Quelques secondes passent encore, dont les musiciens semblent les premiers étonnés. Le chef n'a probablement réalisé qu'à cet instant qu'il était en sueur, tout comme ses troupes et une partie du public. Pour une oeuvre cent fois jouée, pourtant, il s'est passé quelque-chose ce soir-là. Je n'ai pas pu réagir, j'étais sur l'avant de mon siège comme si je devais bondir, je ne sais pas quelle était cette tension dans mes épaules... et soudain, le tonnerre! Ils avaient tous ressenti la même chose, je n'étais donc pas fou... Ou nous l'étions tous...
Opéra Garnier de Paris, "les Indes galantes" (Rameau):
"Vaste empire des mers ou triomphe l'horreur,
Vous estes la terrible image du trouble de mon cueur..."
Ce souffle? Ce n'est pourtant qu'une de ces machines à vent, un trucage vieux comme le monde... Ces vagues peintes sur de la toile qui s'agitent mécaniquement, ces navires, ces marins, ces sirenes et ces animaux fabuleux, ce sont ceux des cartes de géographie d'autrefois... C'est un truc vieux comme le monde, de traduire par les colères de la mer les tourments et les sentiments humains...
"Ciel! de plus d'une mort nous redoutons les coups!
Serons-nous embrasés par les feux du Tonnerre?
Sous les ondes périrons nous
À l'aspect de la terre?"
Je ne sais pas pourquoi, mais ça marche à tous les coups!
Autant que le ciel rougeoyant et les rochers en plastique de l'éruption volcanique... autant que les gags idiots et l'"air des sauvages". Comme le "Sommeil" d'Atys, l'air du froid de King Arthur, la chevauchée des Walkyries, la mort de Don Giovanni, l'air du Toréador, la Csardas de la Chauve-souris, l'air des bijoux, les enfers de Gluck et ceux de Monteverdi... C'est tellement gros que ça marche, comme cet oximore de Rameau: "Tristes apprêts, pales flambeaux..."

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
À te lire, on le vit presque. Cordonnier mal chaussé, je n'assiste pas souvent à des concerts. Les concerts que j'apprécie le plus sont ceux où je tourne les pages du pianiste. J'assiste au concert une partition sous les yeux et je suis active alors que je la suis, ce qui m'empêche de me tortiller sur ma chaise comme lorsque je suis dans l'assistance.
Des petits moments de bonheur?
Un enfant qui, après son cours, court son cahier à la main : "Maman, regarde ma nouvelle pièce!"
Mon amour, alors qu'il est à l'extérieur, qui me rappelle 30 secondes après avoir raccroché : "Chérie? Je voulais juste te dire que je t'aime".
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
La vie est belle quand on a message sur son téléphone portable disant : j'ai trouvé vontre cv sur internet et j'ai du travail à vous proposer.
Bon la vie est moins belle après quand on apprend que le travail est intéressant, mais qu'il faudra vivre pendans 6 mois à au moins 2h de trajet de votre chéri...
"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard![]()
"Le chat est entré dans la cage aux lutins"


