Découvrir le monde du Seigneur des anneaux par les illustrations d'Alan Lee, c'est un bon début. On pourrait plus mal tombé. Celui-ci a d'ailleurs été choisi comme consultant artistique avec J Howe pour le film. Sans doute parce qu'ils étaient désignés par la majorité des lecteurs comme les plus fidèles au monde de Tolkien.
Personnellement j’ai eu la chance de découvrir le SdA avant son explosion médiatique en dehors des pays anglo-saxons. (fin 70) Je n’ ai donc pas eu à me dégager d’un grand nombre de fausses images. De plus par ma double culture (franco- écossaise par ma mère) j’ai pu le lire en langue originale et en « culture originale ».
A la suite de ce que j’ai lu dans ce sujet c’est une double chance, mais ce n’est pas si facile à discerner.
La première différence, peut-être une des plus importantes par rapport à l’appréciation esthétique immédiate tient a une approche très différentes du monde de l’enfance et donc à la création de nos propres mythes imaginaires.
J’ai l’impression que dans les pays anglo-saxon, l’enfance et l’adolescence sont des périodes dont il faut profiter, alors qu’en France ce sont des périodes dont il faut sortir. D’un côté en simplifiant beaucoup, l’imaginaire est apprécié pour lui même, de l’autre c’est quelque chose dont il faut se méfier au profit de la réflexion. C’est extrêmement marqué au niveau des différentes pédagogies éducatives. L’imaginaire anglais est donc beaucoup plus riche et les Anglais sont familiers des mondes imaginaires. De plus depuis longtemps, il n’est pas ridicule pour un auteur d’écrire pour les enfants (sans arrières pensés éducatives), ni pour un poète de se nourrir de cet imaginaire.
La deuxième provient, à mon avis, d’une raison historique (là j'attends une correction ou un développement de Luctérios...). En Angleterre, la révolution et la république n’ont pas piétiné les folklores régionaux au nom de l’unification culturelle et sociale. Car l’imaginaire français est aussi riche en légendes et personnages que l’imaginaire anglais. Les korrigans, la fée Mélusine et nos lutins valent bien les elfes et les nains, la vouivre et la grand’goule les dragons anglais et gallois. Mais ce que les églises catholiques et protestantes n’avaient pas réussies à éradiquer, la république et l’école de Jules Ferry vont y arrivés. Pendant ce temps l’imaginaire médiéval était dépourvue de ses aspects les plus noir par le romantisme anglais de la seconde moitié du 19ème s et imprégnait les histoires d’enfants.
Pour un français élevé au pain Voltairien, la plongée dans l’univers de Tolkien c’etait la plongée dans le torrent de l’inconnu. Il fallait se laisser prendre par le courant principal, ignorer tous les tourbillons et les courants secondaires pour ne pas se retrouver dans un bras mort.. Paradoxalement c’est peut-être plus facile aujourd’hui avec la redécouverte des patrimoines régionaux et la « mode » celtique ? ! ? Mais à l’époque, pour moi c’était fascinant, un monde inconnu et pourtant connu, des formes à peines entrevues jadis prenaient corps et vie. Et l’histoire paraissait sans fin…toujours plus à découvrir. Chaque nouvelle lecture entraînait de nouvelles découvertes. C’était aussi profondément nouveau. Adolescent français je n’avais jamais eu l’occasion de lire un tel livre. Petites librairies, bibliothèques municipale réduite en ce qui concernait les romans d’aventures, pas vraiment d’encouragements venant du monde scolaire ! ? ! Pourquoi lire un livre pas sérieux…allons, c’est pour les enfants ! Rousseau, Voltaire, Stendhal, Flaubert, Bazin,… ! Vernes à la rigueur…Dumas en cachette… Je sais, c’est la Culture mais à 16ans...
Revenons au cœurs du sujet, je voudrais d’abord rappeler l’échelle temporelle. JRRT (1892-1973). Les premiers écrits relatifs au « monde du milieu » datent de 1917. Sous forme de récit en prose ou de poésies épiques. La collection de poèmes et récits formant la mythologie date des année 20-30. « Tom Bombadil »c’est une histoire pour ses enfants, ensuite publiée en 1934 .« Bilbo le Hobbit, (1930-32) c’est aussi une histoire pour ses enfants, ensuite publiée en 1937 UK, 1938 USA,… 1969 Fr . Le « SdA » commence début 1938, l’anneau unique date d’Août 1938 qui voit aussi la renaissance de Sauron. Le titre « Lord of the Rings » et la trame de l’histoire (destruction de l’anneau dans les feux du mordor) apparaissent en même temps. En 1940 la compagnie est dans les mines de la moria, en 1942 elle s’est séparé et Sarouman a été renversé. Mai 1945 Frodo et Sam entrent dans le mordor. 1947 fin de l’histoire. 1954-55 publications des trois livres du SdA, 1967 Fr (avant le Hobbit).
La trame de l’histoire date donc d’avant la deuxième guerre. Comme l’a dit CS Lewis, se sont les évènements qui étrangement allait se dérouler comme le SdA, plutôt que l’inverse. S’il y a des sources violentes et guerrières au SdA elles proviennent de la dégradation de de la nature et de la société lors de la révolution industrielle ainsi que de l’expérience des combats de la 1ère GM du jeune JRRT (22ans). Le fond de la mythologie (Silmarilion) date des années 20-30 et puisse profondément dans l'amour de JRRT pour les grandes sagas nordiques. ( Je me demande qu’elle était l’état des connaissance historiques et archéologiques des mondes nordiques à cette époque?) Tolkien en a d’abord une connaissance littéraire par les textes et les langues. Latin, grec, Allemand, puis vieil anglais, gothic, et vieil islandais (Völsunsaga) 1910, Finlandais (Kalevala) 1911 avant son entrée à l’université où il étudie la philologie et découvre le vieux gallois. Pour l’adolescent Tolkien, les mots, la poésie les langues sont comme la musique à notre époque. Au sens esthétique. Un texte en vieil anglais était pour lui comme une chanson des Beatles (ou un morceau de Mozart) pour nous.
Il s’intéressait beaucoup à la musicalité des langues. Pour lui le vieux Gallois était beaucoup plus agréable à entendre que l’anglais. Il expliquait cela en disant que la plupart des anglophones étaient d’accord pour affirmer que « a cellar door » était nettement plus agréable à l’oreille que « beautifull » (surtout si on en oublie le sens). Et bien en vieux Gallois les « a cellar door » se rencontrent par dizaine, disait-il.
Cette perception musicale de la langue est parfaitement perceptible dans ses écrits. Et bien sur dans le SdA où de plus elle s’appuie sur une utilisation voulue d’archaïsme pour dépayser complètement le lecteur et l’attirer dans un autre monde.Une bonne partie de cela se perd avec la traduction française. La musicalité des noms en premier; l‘essai de francisation les ridiculise, surtout les noms composés de lieux. Cela plus une traduction un peut trop proche du texte, alourdissent beaucoup celui-ci. L’emploi du même rythme de phrasé en français qu’en anglais produit l’effet inverse. Un rythme monotone et plat en français, à l’inverse de la musicalité et d’un rythme plein d’allant en anglais. J’exagère peut-être un peu mais j’ai repris une traduction française (chose que je n’avais jamais refait depuis 1980) et il faut vraiment avoir du courage pour passer les 200 premières pages, ensuite on se laisse entraîner par l’histoire et le ton devenant plus « épique » cela passe. (plusieurs nuits blanches à programmer dans ce cas)
Je suis conscient d'exagérer un peu, mais autant Luctérios n'aime pas que l'on massacre les mythes nordiques, autant je n'aime pas qu'une traduction ne soit pas à la hauteur du texte original. Mais je reconnais que le défi était sans doute impossible dans un cadre commercial. Il faudrait lancer un projet libre avec un instrument comme "wikipedia".
Pour ce qui est de la profondeur de l'histoire j'aimerais ajouter au post d'Eli entre autre:
Que Sauron a du se séparer en grande partie de sa possibilité de s'incarner lors de la fabrication de l'anneau. Ce qui l'a rendu vulnérable. ( quelque chose que j'ai lu il n'y a pas longtemps y ressemble grandement...). Sauron est à l'origine un dieu mineur.
Que les elfes immortels ne peuvent mourrir que de manière violente, ou de chagrin! Ils sont totalement liés à ce monde et même après leur mort, leur âme en attend la destruction. Alors que la mort de l'homme l'emmène dans un au-delà inconnu.
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S. de Sarov
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Lucterios a écrit Midgard (la terre du milieu), c'est pourquoi je rugis constamment quand on me dit que Tolkien ne s'est pas inspiré de la mythologie nordique, n'est pas ?
Tout a fait d'accord, Tolkien connaissait la mythologie nordique, il en était même un spécialiste à l'époque (1920) Rapellons-nous aussi qu'il habitait un pays où région s'appelle "West-Midland" l'ouest de la terre du milieu, et dont une ville s'appelle "Wormhall" la maison du Dragon.
Lucterios a écrit De toutes façons, Aragorn n'est qu'une grosse caricature du roi Arthur ou de Charlemagne, et Gandalf n'a rien à voir avec Merlin, puisqu'il n'existe aucune forme de religion dans ce monde inventé de toutes pièces, sorte de préfiguration finalement de ce qu'est devenu le nôtre...
Il est dit qu'il n'aimait pas le cycle d'Arthur en temps que mythe car il contient trop de références à la religion catholique.
Tolkien est nourrit de culture nordique (de l'époque je rappelle), mais il ne prétend pas l'intégré dans ses histoires.
Pour plus d'info "JRR Tolkien, une biographie" par Humphrey Carpenter. Biographie officielle.
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S. de Sarov
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Disons qu'effectivement, en France, on souffre d'un mal que l'on appelle le cartésianisme et qui a été aggravé par les Lumières et ensuite le positivisme. L'imaginaire britannique tient probablement plus au caractère sacré de cette terre, mais c'est une opinion toute personnelle. Il faut se rendre en Avalon ou à Stonehenge, voire plus simplement à Londres pour le comprendre. Le pragmatisme anglo-saxon a cela de bon qu'il part du principe que, tant que l'on n'a pas pu prouver la non-existence d'un phénomène, alors rien ne permet de penser qu'il n'existe pas. Le cartésianisme, c'est l'inverse...
Traduction personnelle d’une citation d’une lettre de JRRT en 1941.
« Il y a beaucoup plus de bon et de vrai dans la culture "germanique" que l'imagine les personnes ignorantes. Elle m'a intéressée dès mes années de lycée (quand Hitler jouait encore à l'artiste peintre et n'en avait encore jamais entendu parlé), plus que les "Classiques" (...) Cependant je pense que je sais plus que beaucoup ce qui est vrai dans ces élucubrations « nordique » (ndt: les éléments soit disant « nordique » du discours nazi ) De toutes les manières j’ai dans cette guerre un ressentiment personnel qui ferait sans doute de moi un meilleur soldat à 49 ans qu’à 22: contre ce grossier petit et ignorant (clown) d’Adolf Hitler. Ruinant, pervertissant, maltraitant , et rendant maudit pour toujours ce noble esprit nordique, que j’ai tant aimé et que j’ai toujours essayé de présenter dans sa vraie lumière et qui a tant apporté à l’Europe. »
Source docu://www.jrrvf.com/essais/imaginaire/introduction.html
Edité Mardi 27 février 2007 :18:15 par Paul
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S. de Sarov
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Si Tolkien a ôté toute dimension spirituelle à la culture nordique, probablement par une vision chrétienne un peu étriquée, il est clair qu'Hitler l'a totalement trahie. D'ailleurs, il a envoyé en camps de concentration tous ceux qui le gênaient et qui lui rappelaient qu'il ne suffisait pas de se réclamer d'une race dite supérieure pour raviver l'esprit nordique.
Quant on dit que le nazisme est païen (enfin c'est le Vatican qui affirme cela, n'ayons pas peur des mots) c'est une aberration. Cette idéologie est fondamentalement et profondément athée en ce qu'elle considère que l'accomplissement de l'homme ou de ce qu'elle a appelé le surhomme doit se faire sur cette terre. Certes, le nazisme a joué avec les représentations nordiques anciennes pour hypnotiser l'Allemagne, ainsi que, à ce qu'il paraît, j'avoue que je n'ai pas pris le temps de le lire, "le roi des Aulnes" le décrit, mais cela ne va pas plus loin. C'est en cela qu'il fut fondamentalement pervers, en ce qu'il a dénaturé les représentations symboliques les plus élevées de tout un peuple, pour en faire une monstrueuse machine à abrutir les consciences ! Mais on a eu pas mal non plus depuis, on a eu la soi-disant croisade de Bush, et le règne du profit pour le profit, sur des bases prétendument chrétiennes.
Le Seigneur des anneaux, oui, c'est un moindre mal par rapport à cela, à savoir que les notions hyperboréennes de chevalerie, d'honneur, d'amour et de sacrifice sont toujours présentes. Mais, je ne suis pas sûr, qu'à la longue, cela ne puisse pas non plus être dévoyé par un maniaque...
Edité Mardi 27 février 2007 :00:11 par Lucterios


