Bonjour à tous,
Je lance ici un sujet de discussion qui pourrait se révéler très riche. Effectivement, puisque sur le forum il y a des gens qui viennent de partout, ils vivent donc des situations culturelles différentes. De plus, il y a des gens de tous les âges et la situation peut donc être vue sous différents angles. Certains compareront la situation des arts à l'école de leur temps et celle qui existe présentement. D'autres parleront de leur perception comme parents alors que d'autres encore auront leur perception d'étudiants ou d'écoliers.
Pour davantage de cohérence, je demanderais aux gens de bien situer le contexte duquel ils parlent puisque que les systèmes scolaires sont différents d'un endroit à l'autre et qu'ils se sont également modifiés dans le temps.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Au Québec, le système scolaire est divisé de la façon suivante:
Les jeunes entrent à l'école à cinq ans en maternelle (une seule année de maternelle). L'école primaire compte pour sa part six niveaux divisés en trois cycles. On les appelle tout simplement 1ère année (tout de suite après la maternelle), 2e année, etc. On entre ensuite à l'école secondaire qui est composée de cinq niveaux, soit deux cycles. On parle de 1ère secondaire (ou plus souvent de secondaire un), etc. Les jeunes ne peuvent pas lâcher l'école avant l'âge de seize ans. Certains ne termineront pas leur secondaire et iront tout de suite faire un diplôme d'étude professionnel (DEP). Après le secondaire, certains vont arrêter et d'autres vont faire un DEP. D'autres encore vont entrer au cégep (études collégiales) et vont faire une technique (3 ans), qui mène au marché du travail (mais qui ne ferme pas la porte à l'université) ou vont faire un diplôme d'études collégiales (DEC, 2 ans et il s'agit d'études pré-universitaires). On peut ensuite accéder à l'université où ont retrouve 3 cycles possibles.
Concernant les arts, il existe des conservatoires pour la musique et les arts dramatiques, il y a également l'école nationale de l'humour et je crois bien qu'il y a une école spécialisée pour les beaux arts. Cependant, ici, il y a également des formations universitaires en arts et des équivalences reconnues existent entre la formation au conservatoire et la formation universitaire. Aller à l'un où à l'autre est plus une question de goût à mon avis, du oins, je parle pour la musique.
Une réforme du programme scolaire est en vigueur depuis quelques années. Elle s'est fait progressivement en partant des premiers niveaux au primaire. Cette réforme est très contestée et elle a de la difficulté à s'implanter au secondaire. Il s'agit d'une réforme qui prône l'enseignement par compétences et non par objectifs.
La réforme oblige que chaque école dispense au moins 2 arts de leur choix. Ici, les généralistes ne sont pas formés pour enseigner les arts. Ce sont des spécialistes qui sont formés spécialement pour les enseigner qui le font généralement. Cependant, faute de moyens dans les écoles, des gens non qualifiés enseignent souvent ces matières. Ainsi, d'où je viens, les généralistes s'improvisent enseignants en arts plastiques ou en arts dramatiques et comme certains n'ont pas le bagage nécessaire pour l'enseigner comme il le faut, ils prennent plus de temps en français ou en mathématiques à la place, par exemple.
Voilà, comme je ne veux pas que mon message soit trop long, histoire qu'on prenne le temps de me lire, je vous en dirai plus plus tard. J'espère que le sujet vous intéressera.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Ben dites donc! Ça ne vous intéresse pas la culture?
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Je peux vous parler de l'enseignement public tel que je l'ai connu, à Lyon. Maintenant, en Europe, ceci doit avoir changé sur certains points et il y a des différences importantes entre les états, voire entre les régions. Donc voici la façon dont je l'ai vécu, sachant que j'ai passé le baccalauréat en 1995.
Pour bien suivre l'explication, je donne ici l'équivalence des différentes appellations dans le système français. Corrigez moi si je me trompe, ça fait des années que j'y suis passé...
École élémentaire ou primaire:
Cours préparatoire - 6 ans
Dixième ou Cours Elémentaire 1 - 7 ans
Neuvième ou Cours Elémentaire 2 - 8 ans
Huitième ou Cours Moyen 1 - 9 ans
Septième ou Cours Moyen 2
Collège:
Sixième - 11 ans
Cinquième - 12 ans
Quatrième - 13 ans
Troisième - 14 ans
Lycée:
Seconde - 15 ans
Première - 16 ans
Terminale - 17 ans (passage du baccalauréat l'année des 18 ans)
Les âges s'entendent sans années sautées ou redoublées, âge d'entrée dans le niveau.
L'assimilation des cours de français et d'autres langues aux cours de littérature (la fonction apprentissage de la langue et celle de découverte de la littérature étant dispensées dans le même cours) donnait à la connaissance du patrimoine littéraire une priorité absolue dans la constitution d'une culture artistique de base par l'enseignement général. Les arts plastiques, le plus souvent limités au dessin, et la musique, étaient dispensés à raison d'une heure par semaine jusqu'à la classe de troisième. Ensuite, ils ne l'étaient plus que de façon optionnelle. Pour ce qui serait de certaines autres expressions artistiques, comme le théâtre, la danse, la sculpture, etc, elles n'étaient accessibles que de façon optionnelle, pas forcément dans tous les établissements, et parfois de façon moins formelle, plus sous forme d'ateliers et de clubs que de véritable discipline scolaire. Quant à apprendre à contempler l'architecture, le cinéma, etc (et à plus forte raison à en faire), il n'y a guère que les initiatives individuelles des enseignants qui peuvent le permettre, car les programmes d'histoire, de géographie ou de lettres prévoyaient seulement une poignée de notions d'histoire des arts.
Il en ressort que, jusqu'à la classe de troisième, si l'on consacre plusieurs heures à chacune des disciplines scientifiques principales - mathématiques, physique, biologie/géologie rebabtisées "sciences de la vie et de la terre" (en négligeant d'autres disciplines scientifiques de façon tout aussi caricaturale que les arts, d'ailleurs), le programme obligatoire ne comprenait qu'une heure d'arts plastiques (qui, encore très souvent, restaient limités au dessin), et une heure de musique.
Dans les niveaux supérieurs, le baccalauréat dit "général" prévoyait trois branches: littéraire, scientifique, économique. Si nous prenons la branche littéraire, en réalité, nous nous rendons compte qu'elle porte bien son nom: langues, littérature française et philosophie pour tous, mais toute autre matière artistique est optionnelle. L'immense majorité des lycées n'était en mesure de proposer que la musique et les arts plastiques en option principale dans le cadre d'un baccalauréat général. Si l'on voulait être noté prioritairement sur une connaissance d'ordre artistique autre, il fallait souvent accepter un baccalauréat spécialisé, correspondant le plus souvent à une diminution des matières du tronc commun (ou encore, ce qui revient un peu au même, les classes "horaire aménagé" proposées également pour les sportifs); diplôme moins reconnu et considéré comme de second rang.
Il en résulte que d'une part le nombre d'expressions artistiques massivement proposées aux élèves dans la situation générale était restreint, et que d'autre-part, dans la pratique, on peut raisonnablement considérer qu'en comparaison avec le niveau de connaissance en sciences, sciences humaines et lettres qui étaient dispensé par la voie générale de l'enseignement primaire et secondaire, la culture artistique proposée aux élèves était assez réduite, voire franchement squelettique. Certaines disciplines artistiques n'étaient ouvertement disponibles qu'à partir de l'enseignement supérieur. Les arts étaient globalement en position de matières secondaires, optionnelles ou destinées à des élèves qui se spécialisent tôt. À mon humble avis, on était très loin d'une pensée humaniste de l'instruction publique.
Pour ma part, j'ai suivi parallèlement l'enseignement général (j'ai fini par passer un baccalauréat littéraire avec options mathématiques et latin) et l'enseignement du conservatoire de musique. Au cours de ce parcours scolaire, du reste, rien n'a vraiment été arrangeant du point de vue des horaires. Je n'avais aucun intérêt, personnellement, à prendre l'option musique, qui me privait des mathématiques ou du latin, et qui exigeait que je passe quatre heures de plus par semaine au lycée pour faire en moins approfondi ce que je faisais au conservatoire. Conservatoire où j'étais tous les soirs de semaine (un cours de solfège, un d'histoire de la musique, un de flûte, un de clarinette, un de déchiffrage/ornementation, une répétition d'ensemble baroque et une d'orchestre classique, sans compter les projets de musique de chambre auxquels je participais). Il ressort de ces années de lycée très chargées, que je n'aurais pas le courage de refaire:
- Que faire des études musicales solides en ne se spécialisant pas du point de vue scolaire est à réserver à des gens ayant les reins solides du point de vue performances scolaires, ou alors très travailleurs (je n'ai jamais été très travailleur, j'étais un fumiste ayant des facilités
);
- Que l'établissement scolaire, dans mon cas, ne faisait rien pour tenter d'harmoniser ses horaires avec le conservatoire ou n'importe quelle école artistique d'une certaine importance de la ville, de la région ou de l'état;
- Qu'il n'y avait pas d'harmonisation et de compatibilité de la notation, des niveaux de diplôme, etc. Si j'avais voulu que la musique compte au baccalauréat (sans entrer dans une filière spécialisée musique), il aurait fallu que je me farcisse l'option du lycée, pour refaire la même chose, sans pouvoir faire valoir mes notes au conservatoire...
Or vu la faiblesse des débouchés pour les étudiants du conservatoire, on peut estimer qu'avoir une formation générale convenable pour ceux que la musique ne nourrit pas tout de suite ou pas du tout, est indispensable.
Je termine mon billet d'humeur sur cette autre mauvaise note: faute d'une véritable initiation à la sensibilité artistique, le niveau de culture proposé par l'enseignement secondaire dans deux disciplines qui me sont chères, l'architecture et le cinéma, était à l'époque pitoyable (en comparaison avec le niveau atteint en lettres et en sciences) s'il n'y avait pas des enseignants pour proposer des initiatives. Il en était de même pour d'autres arts. Donc on peut raisonnablement penser que l'idée d'une instruction publique formant le goût et le bon sens de l'honnête homme n'était pas à l'ordre du jour.
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P.S. après, j'ai continué par une classe préparatoire où ce n'était pas forcément mieux: pour présenter l'entrée aux grandes écoles avec l'option musique, il aurait fallu que je change d'établissement et que j'aille à Bordeaux ou à Toulouse, je ne sais plus trop... On n'avait pas eu l'idée de proposer les options artistiques de façon à peu près répartie sur le territoire...

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Bien, il y a des lacunes terribles ici aussi dans le domaine de l'enseignement des arts et de la formation des maîtres, mais personnelement (ne le prenez pas mal), je trouve que c'est mieux ici que chez vous.
Par contre, je remarque les mêmes points. On retrouve surtout la musique et les arts plastiques. Et des disciplines telles l'architecture, le cinéma, la danse même, c'est à peu près inexistant à l'école. Faut quand même comprendre qu'on ne peut pas tout enseigner ni tout apprendre. Mais c'est quand même dommage de voir que certaines disciplines sont quand même, en quelques sortes, réservés à une classe sociale à revenu suffisant. Je n'aurais pas fait mes études supérieures en piano si mes parents n'avaient pas eu les moyens de me payer des cours toute ma jeunesse.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
bien que je sois francais residant en Belgique, je n'ai aucune idée du systeme scolaire belge... (j'ai fait mes etudes en France) donc comment ca se passe en Belgique... aucune idée!!! peut etre qu'une belge ou un francais faisant ses etudes en belgique? peut nous dire un peu plus sur le sujet!?
en tout cas les arts en france sont tres limités au niveau scolaire, pour ma part j'ai eu le droit à une premiere education musical (solfege) en classe de CM2. apres j'ai eu le droit à la flutte de la 6eme jusqu'a la 3eme avec les cours d'arts plastiques.
c'etait tres limité...
Pour les disciplines "oubliées", je pense qu'il existe une distinction que j'aurais du faire.
Dans l'intégration des arts à l'école, il y a deux enjeux:
- L'enjeu strictement pédagogique fondé sur les qualités intellectuelles, sensorielles ou manuelles que la pratique de tel ou tel art permet de développer. C'est cet enjeu qui est principalement développé, dans la mesure où, dans les cours de musique et d'arts plastiques (pour ne parler que de ceux-ci, les seuls du tronc commun), l'accent est ouvertement mis sur la pratique, ou sur des disciplines théoriques permettant la pratique (comme le solfège par exemple).
- L'enjeu culturel, la formation d'un bagage par l'histoire des arts, l'initiation à l'approche critique, la connaissance du patrimoine, etc. Cette approche n'est pas inexistante, mais elle est très minoritaire dans l'attitude de l'enseignement général. On peut imaginer que pour donner aux élèves une culture artistique comparable au niveau (pourtant modeste) de culture historique ou scientifique qu'on leur propose, il faudrait plusieurs heures hebdomadaires consacrées uniquement à la connaissance des arts.
On remarque qu'une pareille carence existe du point de vue de la culture technique pour les élèves des classes générales. Au collège, j'ai eu une ou deux heures de "technologie" par semaine, heures qui devaient se partager entre une petite partie d'apprentissage technique proprement dit, et une grosse partie de pratique destinée plus, comme dans le cas de la musique ou des arts plastiques, à développer les aptitudes que les connaissances.
Il résulte de cette façon de faire que l'acquisition d'une bonne culture artistique (et donc, aussi, technique), pour les élèves de l'enseignement général, relève énormément du niveau de curiosité individuelle de l'élève, du temps libre qu'il peut consacrer à s'instruire par lui-même (et donc, qu'on le veuille ou non, de ses aptitudes scolaires, parce qu'un élève qui apprend sa leçon en cinq minutes et qui n'a pas besoin de réviser aura plus de temps libre qu'un qui aura besoin de plus de temps), et, in fine, de ce que son environnement familial est capable de lui proposer. Il en ressort, et ce n'est que mon avis, que l'enseignement conventionnel, sur ce point, manque partiellement sa vocation d'égalisateur des chances permettant à un enfant d'avoir un développement moins conditionné et prédéterminé par son milieu. Et sur ce point seulement, car la situation des sciences et des sciences humaines est plus favorable. Tout se passe comme si, pour un élève de la filière générale, la culture artistique relevait principalement du domaine des loisirs, et aussi comme si la culture technique était secondaire pour des élèves à qui l'on présente trop souvent les professions intellectuelles, et plus particulièrement tertiaires, comme l'avenir le plus honorable.
Mais pour en revenir aux arts, comment expliquer par exemple qu'un savoir culturel aussi peu "utilitaire" que l'histoire bénéficie d'une meilleure attention? Ne pourrait-on pas considérer, dans le contexte européen, que nous sommes encore sur ce point les héritiers des nationalismes de la première moitié du XXe siècle, et dans le cas français, plus précisément de la 3e république? Donc d'une époque où l'école visait le but pragmatique de former de bons petits patriotes par un apprentissage historique de type positiste* orienté vers la glorification du passé national, et dans lequel la dimension artistique et culturelle restait secondaire?
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* il y aurait beaucoup à dire aussi de l'histoire dans l'enseignement secondaire. Par exemple, la prééminence de l'histoire politique dans cet apprentissage n'est-elle pas aussi un héritage de cette époque? N'est-ce pas par cette influence constante à l'école que les cours d'histoire proposent aux gens de connaître la succession des régimes politiques alors même que l'on se contente de clichés schématiques sur les modes de vie et les cultures du passé?

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
En France, il n'y a pas que dans les Arts que le système éducatif est à la traîne.
Il est aussi à la traîne dans l'enseignement technique comme le souligne Hallberg, l'enseignement des langues, du sport...
Je pense que notre système éducatif est bon en sciences (maths, physique, bio) et en lettres. Trop d'ailleurs, pour enseigner Andromaque de Racine à des cailles du 93.
Et si on peine dans ces matières, on est considéré comme un looser, un rebut.
Les Arts (arts plastiques, musique) m'ont été enseignés au Collège et en BEP (arts plastiques seulement), de 1988 à 1995. Plus rien ensuite.
Ici, l'Art Plastique est plus destiné à développer notre créativité. La musique à révéler des talents.
J'étais bon en arts plastiques, nul en musique.
Pour me punir de faire des bons dessins et d'avoir des bonnes notes, la prof d'arts plastiques me confisquait mes dessins pour se faire un book. Même quand je faisais exprès de foirer et de bâcler, elle trouvait ça super génial et le montrait à toute la classe pour m'humilier.
Ça m'a frustré car j'ai pas pu garder grand chose de mes réalisations.
En musique, on passait par deux pour jouer un air de pipeau (que les autres appelleront flûte, enfin bref). Je jouait tellement faux que le prof me demandait d'arrêter pour pouvoir écouter mon compagnon de musique.
Je pourrais parler aussi d'une prof de musique qui nous faisait chanter "une souris verte", mais j'en ai pas le courage.
Tout cela pour confirmer que l'enseignement des arts en cours est bien pauvre, en France. Pas d'Histoire de l'Art, peu d'enseignement culturel (histoire des peintres, analyses d'oeuvres d'art, etc.). Enfin, peut être que je n'ai pas eu bon prof.
Ces matières n'étaient pas mises en avant. Les profs d'art plastique, de musique, de techno étaient pris pour des rigolos. C'était un peu l'espace détente entre les maths et l'Histoire.
Les matières prépondérantes sont les Maths, le Français, Langue Vivante et Histoire. La Physique dans une moindre mesure. Après, le reste était secondaire.
Enfin, c'est pas la première fois que je peste contre ce système éducatif élitiste déphasé par rapport au besoin de notre économie. Aussi je ne vais pas répéter ce que j'ai très certainement du dire ailleurs à plusieurs reprises.

L'enseignement des langues - excellent exemple, sur lequel pas mal d'autres états de l'UE rigolent bien de nous. Dans une conférence, si vous voyez quelqu'un de complètement stressé à l'idée qu'il puisse manquer de casques pour la traduction, la tradition veut qu'on suppose qu'il est français. En plus on a réussi à être drôlement en retard sur les langues régionales. La façon dont on présente l'enseignement des langues est tellement mal foutu qu'on n'arrive pas à faire comprendre aux gens l'intérêt culturel et civique de connaître les langues parlées en Europe et à les orienter vers l'une d'entre elles par une véritable envie d'aller vers l'autre. L'immense majorité continue de choisir la langue qu'elle fait apprendre à ses gosses en fonction de critères secondaires du genre l'espagnol est plus facile, l'allemand permet d'être dans une bonne classe...
Le sport. Quand j'étais gamin, on ne m'a montré du sport qu'un aspect: le sport, c'est du muscle, c'est transpirer, courir après un ballon alors que ça sert à rien, vouloir être devant les autres alors qu'on s'en fout, risquer de se faire mal, être pas regardant vis-à-vis des odeurs de sueur, obéïr à un prof qui a une grosse voix, et ça sert à certains à gagner des points au bac, et à d'autres à en perdre. Bref, j'ai tout de suite détesté. J'y allais le moins possible, j'ai passé l'année du bac à sécher avec des excuses bidon au sujet du conservatoire, je n'ai assisté qu'aux séances de notation pour ne pas avoir zéro et je n'ai pas été déçu, j'ai eu des deux et des trois.
Il a fallu que j'arrive à l'âge adulte, que j'aie des convictions morales et une éducation artistique (pas grâce à l'école pour cette dernière) pour me rendre compte que le sport pouvait être quelque-chose de beau (moralement et esthétiquement), profitable sur le plan de la santé (plus j'ai mal au dos, plus j'en ai conscience), et même... divertissant; que la compétition pouvait être une saine camaraderie et pas une vanité, et que celà pouvait passer le temps. Pour cette raison, j'ai commencé à trouver sympathiques une poignée de disciplines sportives (peu mais c'est un début: trois) pour ce qui est de les pratiquer, et quelques autres pour ce qui est de les regarder lors des jeux olympiques... Comme quoi... On fait aimer le sport à l'école de la même façon qu'on fait aimer la musique à coups de flûtes en plastique... Sympa...
Punaise, le kaldopost... Je scinde...
-Edité le: Mercredi 19 avril 2006 à 16:55 par Hallberg-

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Mes raisons sont différentes et mêmes contraires à celles d'Oresias, mais aboutissent à une conclusion assez similaire. Je ne crois pas élitiste un système éducatif qui enseignerait bien (encore faut-il qu'il le fasse, ce qui n'est pas mon avis actuellement) Racine et la racine carrée. Pour ce qui est de Racine dans les banlieues, je ne suis pas du tout de l'avis qu'il faut virer la tragédie classique, le latin et Aristote de l'enseignement sous prétexte d'éloignement des préoccupations et des choses utiles pour les jeunes d'ici ou là. La vulgarisation bien faite consiste à apporter l'excellence à tous, pas à réduire les ambitions en fonction de son public. Encore faut-il, néanmoins, lui associer l'excellence pédagogique, ce qui est plus hypothétique dans le contexte actuel...
Je ne crois pas du tout au bien fondé d'une éducation publique fondée principalement sur la réponse aux besoins économiques et à l'utilité pragmatique. L'instruction et la culture sont des choses souhaitables en soi. Si on se basait sur la capacité de réponse aux conditions économiques, on ferait de nouveau une sélection des matières, différente peut-être, mais qui reviendrait aussi à écarter des savoirs jugés secondaires. Il y a des tas de savoirs qui serviront professionnellement à une infime minorité de gens (l'art grec, la danse classique, l'astrophysique, la philosophie, le mode de vie des Aztèques). Une éducation pragmatique se résoudrait à les enseigner pour faire joli et pour satisfaire les 1% d'élèves qui en mettront ces connaissances au service d'un enjeu économique.
Je pense que le système éducatif français repose sur un archaïsme, celui de son héritage national-républicain sous la Troisième République, celui d'une école justement trop pragmatique mais dans un but qui n'est pas tant l'adéquation au sytème économique, mais plutôt un modèle d'intégration sociale obsolète: être un bon citoyen (donc un bon patriote) connaissant les racines et les héros de notre grande nation; connaître les mêmes classiques littéraires que tout le monde, et dont la culture générale "bourgeoise" a décidé qu'ils étaient importants et que le reste ne valait rien; connaître les préfectures, les grands amis de la France (on m'a fait le coup de Houphouët Boigny, ce grand démocrate ami de la France, et on a servi Bokassa à la génération d'avant); et, en règle générale, ne pas apprendre ce qu'on a envie d'apprendre, mais apprendre tous la même chose, pour avoir tous les mêmes références, pour cimenter la conscience nationale. C'est attrocement schématisé, mais je suis convaincu qu'en dépit de tous les progrès, il en reste inconsciemment et involontairement quelque-chose.
Je déplore donc, plus que l'inadéquation aux réalités économiques (qui, loin d'aboutir à une égalité de traitement de tous les apprentissages, aboutirait à une nouvelle forme de sélection), que ce système soit dans le même temps complètement à l'opposé de l'idée humaniste de la culture, tant pour l'idée que le savoir améliore les gens, que pour celle de la gratuité (au sens "non pragmatique" du termpe) de la culture, du fait que pour un esprit curieux, rien n'est inintéressant. J'ai l'impression que le système français actuel cherche à produire d'utiles et peu regardants bosseurs capables de bachoter sur n'importe quelle matière pour être bien noté et avoir son bout de papier, que des personnes à la curiosité éduquée et capable de se déterminer par goût des domaines de prédilection. Et parallèlement, on donne aux gens des notions de hiérarchie des savoirs (les activités manuelles sont moins honorables que les activités intellectuelles, la science est plus importante que l'art, Mozart est meilleur que les autres compositeurs et Molière est drôle*).
Alors l'élitisme dont parle Oresias, voici comment je le comprends. Le système met fondamentalement en avant ceux qui ont la plus grande capacité de jouer le jeu. Je pense qu'il confond de façon dramatique tête bien faite et tête bien remplie, et que même dans ce dernier cas, il pense qu'une tête bien remplie l'est des choses que le ministère, et avec lui tout le corps social, ont décidé de mettre dedans, et pas autre-chose. Alors oui, c'est un élitisme déplorable qui met en avant l'élite des bourrins; et qui, au fond, se désintéresse du fait de savoir si les gens ont gagné en capacité à se passionner, à s'émerveiller, et donc à s'instruire eux-mêmes, et qui évacue ou canalise les talents et les passions qui sortent de la norme.
J'en viens franchement à me demander si, à force de vouloir jouer les intermédiaires, on n'aboutit pas à n'importe-quoi. Si l'école échoue à être en phase avec les réalités économiques, mais qu'elle ne correspond pas non-plus à un état d'esprit intemporel faisant de la culture le coeur de l'éducation, alors on se demande où elle veut en venir.
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* Molière a écrit pour être drôle, mais vu la façon dont on le joue actuellement, peu de gens ont l'occasion de s'en convaincre, alors heureusement que l'école est là pour le leur bourrer dans le crâne.

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Je suis assez d'accord avec toi Cherrydean, dans ma formation de professeur des écoles (pour enseigner à l'école primaire) on nous disait qu'on avait beaucoup à apprendre de nos cousins québéquois. On nous conseillait de lire des ouvrages d'auteurs québéquois ou canadiens.
Moi aussi Raphys, je n'ai pas eu droit à un enseignement super riche en art (plastique ou musical) quand j'étais à l'école primaire. Mais ça change petit à petit. Maintenant les maîtres sont mieux formés, et les inspecteurs sont plus exigeants avec les nouveaux maîtres qu'ils ne l'étaient il y a 20 ans.
A bientôt ... 
Fung
Ici, au QUébec, il y a des enseignants généralistes et des enseignants spécialistes. On retrouve ces derniers dans les cours d'arts, en éducation physique et dans les cours de langue normalement. Les enseignants spécialistes sont formés exprès pour enseigner leur discipline. Jusque là, tout va bien. Seulement, les directeurs d'école ne comprennent pas toujours l'utilité d'avoir un spécialiste et peuvent parfois être tentés de vouloir sauver des sous...
Le prof joue pour beaucoup, c'est certain. C'est bien pour ça que la formation des maîtres est si importante. Pour moi, il est évident que ce n'est pas en demandant à un enfant d'arrêter de jouer qu'on l'aidera à jouer mieux et plus juste. S'il joue faux, c'est qu'il y a quelque chose qu'il n'a pas compris et c'est le rôle du prof de l'aider, pas de l'humilier. On enseigne les arts parce que l'art permet aux gens de mieux s'épanouir, parce que l'art est une forme de communication et que pouvoir s'exprimer est bon pour la santé (mais demandez pourquoi on enseigne les arts et on ne saura pas toujours vous répondre, la preuve étant encore qu'on les considère comme des disciplines secondaires). Le prof n'a pas pour but seulement d'apprendre des notions de théorie aux jeunes, mais de leur communiquer un goût pour les arts, de les aider à développer un jugement critique et leur créativité, et élargir leurs horizons.
Je pourrais pondre des pages et des pages sur l'éducation artistique. Si j'en fais ma profession et que je prévois aller jusqu'au doctorat en éducation musicale, c'est parce que c'est une passion et que j'y crois.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Oui, Cherrydean, on voit que tu y croit !! C'est super parce que je sais qu'il y a plein d'enfants qui n'attendent que d'avoir des enseignants comme toi !
A bientôt ... 
Fung
Remonte
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Après un colloque sur l'éducation musicale auquel je participais dernièrement, j'ai été à même de saisir davantage le fonctionnement de l'enseignement de la musique en France. Vous avez une structure intéressante, soit celle de l'école de musique municipale (corrigez le nom si je me gourre svp). Mais je reviendrai faire la distinction entre celle-ci et ce qu'on a chez nous un autre tantôt, je dois filer au lit.
Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...
Il y avait une certaine hiérarchie que je pensais retrouver ailleurs avec un parcours assez rigide et codifié, quand j'étais à Lyon.
Il y avait ainsi:
- Des écoles de musique municipales qui accueillaient notamment les débutants;
- Un conservatoire municipal, organisé en fait par la même direction et la même équipe pédagogique que le CNR (voir ci-dessous) mais rayonnant sur les arrondissements de la ville de Lyon, organisant l'accueil des débutants et la pratique amateur;
- Un conservatoire national de région (CNR) à fonction plutôt professionnalisante;
- Un conservatoire national supérieur de musique (CNSM) à fonction franchement professionnalisante.
De sorte qu'un parcours d'apprentissage, dans mon esprit et dans ce que j'ai fini par faire, devait se passer en sautant d'une étape à l'autre vers l'établissement du dessus via un concours, et de faire dans chaque établissement les études qui permettent de passer à l'échelon supérieur, avec différences entre les parcours individuels, de ceux qui commencent ou s'arrêtent à un certain niveau.
Une fois arrivé à Paris, et il faut dire une fois en contact avec une majorité de personnes ayant à décider clairement d'une carrière musicale professionnelle ou non (moi je ne m'étais jamais posé la question, en prépa on se contente d'étudier et c'est tout, c'est une mentalité très peu professionnalisante), je me suis rendu compte de la perméabilité qu'il existait dans cette ville dans ce que je croyais être des niveaux hiérarchiques des établissements d'enseignement, et la façon dont se faisait la navigation entre eux.
C'est fort simple, la région parisienne, qui déjà comporte pour les non initiés une commune-centre (Paris) et une véritable constellation de communes "de banlieue", possède à ma connaissance ce qui suit:
- Les équivalents des écoles de musique municipales, dont la tradition locale veut qu'on les appelle toujours "conservatoire" (alors qu'à Lyon ce titre est synonyme d'un établissement du haut de la hiérarchie), dans diverses communes de banlieue.
- Certaines communes de banlieue bénéficient de la présence d'un CNR (établissement d'état, donc).
- Paris possède un CNR qui ne dit pas son nom et qui s'appelle officiellement Conservatoire Supérieur de Paris.
- Paris possède aussi 20 conservatoires municipaux d'arrondissement.
- Enfin Paris reçoit un CNSM.
Même si les choses sont un peu particulières pour ce dernier, vu que les exigences à l'entrée s'adressent clairement aux meilleurs de ceux qui sortent des autres établissements, globalement, j'ai le sentiment très net, ici, que chaque établissement a ses propres règles en matière d'acceptation ou non des débutants, d'organisation du recrutement, de limites d'âge, de secteur géographique de recrutement. Il en résulte que chacun s'oriente comme il peut d'une part en fonction de ces règles, cherchant un établissement qui accepte des élèves de son niveau, de son âge (et de son âge par rapport à son niveau), de sa provenance géographique, à des conditions tarifaires lui convenant, dans des horaires qui lui conviennent etc. Puis plus finement, à partir d'un certain niveau d'exigence et à vrai-dire dès qu'on passe dans une orientation soit professionnelle, soit d'amateur d'un certain niveau, l'on s'oriente dans la constellation des établissements en fonction des professeurs. L'on va vers l'établissement où enseigne un-tel ou un-tel en fonction de ses spécialités, de sa réputation, etc. D'où d'ailleurs les classes de certains établissements qu'il est difficile d'intégrer parce que c'est tout le temps pris d'assaut. Par exemple, en chant, le conservatoire municipal du 9e arrondissement et le CNR de Boulogne, en orgue le conservatoire supérieur de Paris, etc etc. Sans parler, évidemment, des disponibilités de telle ou telle discipline - si vous voulez apprendre le oud, vous avez moins le choix des établissements que si vous voulez apprendre le violon.
Après, je suppose que plus que ces petites tactiques d'élèves et que la hiérarchie théorique des établissements, ce qui t'interpelle doit plutôt être la question de l'enseignement dispensé proprement dit, point sur lequel je n'y connais strictement rien à part celui des endroits où je suis passé...

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler