Je viens de relire Panade à Champignac, façon par laquelle Franquin, après une série de volumes éblouissants (la saga Zorglub, "Spirou et les hommes bulles", onirique par sa dimension sous-marine, et le parodique "Bretzelburg"), avait décidé de conclure dans une sorte d'apothéose délirante sa participation à la série "Spirou". Cet album comporte d'ailleurs une première fin (tout le monde est paralysé par la zorglonde manipulée maladroitement par le Marsupilami) et une seconde fin, avec Zorglub guéri et le dernier zorglhomme reconverti en jardinier! Comme si Franquin, laissant la série presque à regret dans une dernière manifestation d'humour dévastateur, avait eu du mal à passer la main... Et album dans lequel il fait intervenir assez largement Gaston, comme pour annoncer ce qui allait arriver ensuite (l'auteur abandonnant Spirou pour se consacrer à Gaston).
Cette conclusion qui n'en est pas une (puisque Franquin a passé la main à d'autres auteurs) est une façon de faire ses adieux en feu d'artifice. Un tel fait n'est pas aussi évident dans une série comme Yoko, qui n'est pas humoristique.
Mais dans un certain sens, une façon de finir en apothéose pourrait être d'aller tellement loin qu'on frôlerait les limites du genre. Je m'explique: Hergé a laissé un dernier album (même s'il n'avait pas prévu que ce serait le dernier comme en témoigne l'esquisse de l'"Alph-Art") qui se termine par l'évocation des extra-terrestres. Limite que l'auteur, pour ne pas basculer dans un genre aux conventions différentes, n'aurait pas franchi. On pourrait donc dire que Tintin avait épuisé les ressources de l'aventure conventionnelle au point de frôler, sans qu'il n'en ait d'ailleurs aucun souvenir, le domaine du totalement inexplicable et du non représentable (puisque chez Hergé au trait précis, nous n'aurons finalement nulle représentation des extra-terrestres); on fait ses adieux sur un ultime mystère, qui lui, n'est pas résolu.
De la même façon, on pourrait imaginer que l'ultime aventure (même s'il doit y avoir une reprise par un autre auteur), pourrait amener Yoko - et Leloup - aux limites de leur propre définition de genre. Limite de la crédibilité d'un univers de science-fiction par une exploration au plus profond de l'incompréhensible théorie des "âmes" des vinéens; limite déontologique et logique d'une intervention dans le passé (que peut-on faire, et jusqu'à quel point s'autorise-t-on à intervenir et à modifier l'avenir); limite émotionnelle et personnelle, aventure qui irait si loin qu'on ne se risquerait pas au delà de peur de perdre les siens, et après laquelle on se résoudrait probablement à mettre en veilleuse le côté téméraire.
En bref une façon qui serait celle d'un auteur ayant le sentiment d'avoir tout dit, et qui signifierait, sans toutefois oblitérer l'avenir du personnage (dans le cas d'une reprise ultérieure par lui ou par un autre), qu'il en a fini, qu'il a le sentiment d'avoir fait tout ce qu'il voulait faire. Mais je pense que ça n'arrivera pas dans la pratique, je me vois mal Leloup pensant avoir fait le tour de la question. Il me semble être de ces artistes que rien, de leur vivant, ne parviennent à détourner de la création.

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Le problème c'est que Leloup ayant au cours de sa carrière brisé les limites sucessives qu'il avait tout d'abord imposées à Yoko, ne peut donc pas vraiment atteindre les "limites" de son genre...sau à sombrer dans un mode ou le sens de chaque chose disparaît. Le chaos ultime...
pourrait amener Yoko - et Leloup - aux limites de leur propre définition de genre. Limite de la crédibilité d'un univers de science-fiction par une exploration au plus profond de l'incompréhensible théorie des "âmes" des vinéens; limite déontologique et logique d'une intervention dans le passé
Justement, dans cet Album, il me semble qu'on est allé à la limite absolue du "non sens". Je ne vois pas comment aller plus loin. à mon avis, le prochin album Vinéen, même s'il est la "suite" de celui ci n'iras pas aussi loin.
Par contre, pour le voyage dans le temps, tu as raison.
Yokko pourrait faire une "grosse gaffe" dans un passé qu'il faudrait ensuite réparer...avec le danger de ne rien retrouver du présent !
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
Pour Thalie, d'accord. j'ai compris
l'eau de rose est en fait l'explicitation trop poussée et mélodramatique, avec théatralisation d'un dénouement pourtant prévisible et logique.
-Edité le: Dimanche 7 novembre 2004 à 18:09 par Kaldorion-
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
J'aime bien ta définition 
"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard![]()
"Le chat est entré dans la cage aux lutins"
J'aime aussila définition de Kaldorion, et je n'aimerais pas que Yoko tombe dans ce genre
mais je pense qu'il y a peu de risques...

Membre de ceux qui y sont arrivés !!

Elle était où la difficulté ?
J'ose esperer que Yoko finira comme Tintin, par la disparition de son papa, a moins quer bien sur a ce moment il se trouve un artiste de talent capable de reprendre la serie avec le meme esprit.
Je n' aimerai pas voir les relations entre les personnages se rouler dans la mievrerie d'un roman a l' eau de rose, comme dit Thalie, Il est deja bien assez d'avoir Mieke et Pol roucouler des qu' ils sont a l' image.

Membre de :
"Ceux qui y sont arrivés 2 fois"

D'un autre côté, j'aimerais bien voir s'affirmer les relations entre les personnages.
"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard![]()
"Le chat est entré dans la cage aux lutins"
Ca je suis d'accord avec toi, avoir un peu moins de superficiel, comme on a eu droit les derniers albums je suis pas contre.

Membre de :
"Ceux qui y sont arrivés 2 fois"

Je crois qu'on est d'accord...
Et je pense que le fait qu'il y ait un album "conclusif" où Yoko et Vic décident enfin de s'unir ne sombrerait pas pour autant dans la mièvrerie...
Mais est-ce qu'on peut faire un Album conclusif et continuer à en faire par ailleurs ? Je crois que oui, mais ça ne se fait pas dans les BDs d'ordinaire...
-Edité le: Dimanche 14 novembre 2004 à 01:00 par Kaldorion-
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
Yoko et Pol ensemble, mais tu reve, Mieke va etre jalouse!!!!
Je pense que tu voulais dire Yoko et Vic!

Membre de :
"Ceux qui y sont arrivés 2 fois"

Bien sûr, j'avais mélangé les deux couples. C'est corrigé 
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
Ouf, j'ai cru un instant que tu voulais jouer les briseurs de menage!

Membre de :
"Ceux qui y sont arrivés 2 fois"

Ah Hallberg, tu soulignes quelque chose de très interessant! (je n'avais jamais vu ce topic
)
J'aime bien cet éventualité, de voir un jour les aventures de Yoko s'achever sur un dernier album, pas forcément avec la mort de notre héroïne, mais plus simplement, un album où on pourrait la voir grand mère par exemple, un album, qui mettrai le mot fin sur la série...
Je ne sais pas si l'auteur à un jour envisagé cet éventualité, créer un album, à ne publier par exemple qu'après sa disparition, et qui achèverai en beauté sa création. Yoko est "née" adulte, M.Leloup lui à créé une enfance, pourquoi ne peindrait-il pas un crépuscule sur sa vie? Sans ça, j'ai peur que cela ai un goût d'inachevé. Je ne vois pas Yoko perdurer dans l'éternité comme certaine bédés. L'éternité c'est long, surtout sur la fin... On en parlait récemment, certaines séries se sont autodétruites à vouloir se perpétuer au delà de leur création, je pense notamment à XIII, Michel Vaillant, voire pour certains, Spirou. Le mot lassitude n'a jamais fait parti du vocabulaire de Yoko.
La fin d'une série n'est pas un la fin d'un rêve car ce n'est pas la reprise par d'autres auteurs qui lui permet de subsister, mais l'émerveillement de nouvelles générations. J'entendais certains dire "il faut qu'un autre auteur continue de faire vivre la magie Yoko" Mais cette magie brille au fond de chacun de nous, pourquoi ne pas imaginer, nous même ce que nous aimerions qu'elle advienne?
Je ne voudrais pas que Yoko tombe dans l'affadissement en suivant le chemin de certaines série, qui, parce qu'elles étaient lucratives ont perdurés jusqu'à épuisement du filon... Elle mérite mieux que ça, et les générations futures méritent mieux que ça...
Von Schnappi Krocovitch Yaourtski de Bergerac, KrocoSoup onctueuse a base de Danone et Fils de Maitre Yaourtberg...
Merci Kroco, j'ai beaucoup aimé ton intervention.
La figure de Yoko est double. Roger Leloup l'a donnée au monde et à la postérité comme un bine culturel; et simultanément, dans leur rapport personnel intime, elle n'appartient qu'à lui.
Moi aussi, quel que soit le ton du volume qui sera le dernier, j'aimerais assez, en vérité, que Roger Leloup laisse une oeuvre intacte associée à son nom et rien qu'au sien, sans reprise abusive et surtout sans réactualisations à but commercial. Laisser Yoko vieillir tout doucement et appartenir à une période historique donnée, à cheval sur les XXe et XXIe siècles, ce serait lui donner l'éternité des mythes. Les personnages de BD ont le droit de devenir des figures comme tous les autres héros du monde littéraire. Quant à son intérêt, s'il doit subsister, que ce soit pour ses qualités propres uniquement, parce que de nouveaux lecteurs y trouveront leur compte, et non par l'artifice d'une "remise à l'affiche" annoncée à grand fracas. Ainsi, au fond, la jeunesse éternelle lui est acquise.
Les successeurs de Jacobs ont remis les personnages dans leur "apogée" supposé, les années 50-60, en contradiction avec l'usage de Jacobs qui, comme Leloup et Hergé, collait à son époque sans faire vieillir ses personnages. Je vois très mal un auteur singer les années 1980 ou 90 par exemple pour surfer sur la bonne réputation des volumes de Yoko qui font le plus l'unanimité. Ce qui se passe avec Spirou (reprises successives d'auteurs qui s'en séparent à un moment de leur carrière pour le transmettre à d'autres) mérite, pour garder son intérêt, de ne rester qu'une exception, une tradition spécifique à cet élément important de la culture du XXe siècle. Et que l'on laisse vivre, si possible, aux autres oeuvres leur destin d'oeuvres. Comme vous le savez, je reste ouvert et même favorable, dans vingt, cinquante, cent ans ou plus, à la réïnterprétation des mythes, à leur appropriation par un artiste passionné et intègre, sous n'importe quelle forme (quelqu'un à qui Yoko "parlera" et qui voudra en donner sa vision, comme l'on refait une nouvelle version des mythes gréco-romains), mais beaucoup moins à des continuations par imitation qui, depuis les cas célèbres de Blake et Mortimer, Lucky-Luke et d'autres, continuent de poser le problème de leur légitimité, de leur intérêt artistique, si ce n'est tout simplement de leur qualité.
-Edité le: Samedi 26 février 2005 à 09:26 par Hallberg-

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Dans la fameuse entrevue vidéo que nous avons sur le site, M. Leloup se dit appartenir à "une école". Celle où l'on fait le scénario, les textes et les dessins par soi-même. C'est à dire qu'une seule et même personne s'occupe de tous les aspects de la BD, par opposition à, par example, Uderzo et Gossini pour Asterix.
M. Leloup nomme quelques auteurs qui sont de cette "école". Naturellement, il y a Hergé avec Tintin, mais les autres me sont moins familiers.
Nous savons tous que Tintin n'a, heureusement, pas eu de suite. Les BD des autres auteurs que nomme M.Leloup, ont-elle eu des suite?
Sopid, encore en vie!