En relisant toute la série, je trouve quand même Yoko idéalise le monde, et ne voit pas le mal qui l'entoure, ou refuse de le reconnaitre.
Elle pleure et regrette presque la disparition tragique de Karpan. Malgré tout le mal que lui a fait Hegora, elle arrive à s'attacher à cet odieux personnage. Malgré la haine ouvertement exprimée de Myrka envers elle, elle s'obstine à se lier d'amitié avec elle... Même si, Mykra finit par le lui rendre tardivement... (la morale de l'histoire est sauve)
Elle combat le mal sans affronter directement les responsables.
D'ailleurs, je ne crois pas avoir souvenir que la mort d'un des "méchants" de l'histoire fusse de sa responsabilité directe (Kazuky, Karpan, Zârfa, Gobol...). Ils sont tous morts de la conséquence de leurs actes.
Bref, je trouve que la vision que se fait Yoko du monde est très candide, elle refuse de voir le mal, même dans les êtres les plus abjects qu'elle ait pu rencontrer.

En fait, je croisque les aventures de Yoko correspondent à un idéal, à des principes (que j'appelerai Chrétiens, mais on peut les appeler Laics, ou boudhistes, je ne vous ferai pas de reproches)
Le mal est puni, le méchant court à sa perte, à sa propre perte. Que ce soit par l'intermédiaire de DIEU, du Destin, de La Loi de la nature.
Les bons, les coeurs purs, ne haissent pas les méchants, mais les aiment, en tant qu'hommes, tout en abhorrant leurs idées ou leurs actions. On peut dire que Yoko aime "son prochain comme elle même" puisqu'elle est prêt à risquer sa vie pour un humain nuisible. "La mort d'un homme est un échec" diras-t-elle. Alors même que les gens en question se sont précipités vers la mort, elle se sent presque coupable. Elle semble croire contre tout espoir à la rédemption de ses ennemis, à leur raison. Parfois elle perds (cas du Feu de Wotan), parfois elle gagne (Myrka)
Et puis est-ce que Yoko aurait toujours ce visage d'ange si elle avait tué 10 méchants ? J'en doute, ou ça semblerait artificiel. Ce serait plutot un ange exterminateur, ce qu'elle est uniquement dans "Le Canon de Kra"
Evidemment, ce n'est pas réaliste. On peut effectivement comparer Yoko aux Chevaliers, mais auxquels ? Au chevaliers du Christ ? ou aux chevaliers du Roi ? (on pourrait peut être faire une comparaison basée sur une autre culture mais je les connais trop mal).
Le deux cas sont très différents. Bien sûr la soif d'idéal est présente des deux côtés. Mais dans le cas des ordres de chevalerie de l'église (Chevaliers de Malte ou templiers) le Prochain, c'est à dire le Chrétien (remplacer par humain dans le cas Yoko, l'universalisme étant passé par là) était sacré. Verser son sang était interdit (possible à contourner en utilisant une massue, mais, bon...) Ainsi les templiers ne se battaient-ils pas dans les guerres internes à la Chrétienté, c'eut été une offense au créateur que de verser du sang chrétien, même criminel.
Les chevaliers du Roi, eux, doivent respecter la morale, mais pour assurer l'ordre, ils peuvent tuer les méchants, ou simplement les ennemis, pour préserver le royaume. Hélas, dans la vie, il faut les deux types d'hommes. L'idéal, c'est le chevalier pour qui la vie est sacrée, mais, dans la pratique, il sont des êtres qui ne peuvent s'arrêter que par la mort, ou au moins la guerre (je pense à la seconde, un des seuls cas incontestables) Yoko n'est pas présente dans ces cas, elle laisse le "sale" travail aux autres. Elle elle est comme un chevalier du "genre pensant", Titans inclus, sa lutte se place au niveau de celle des moines de Jadis, des chevaliers de Malte, pas des Glorieux Rolands. Je ne reproche rien à Leloup, car les deux rôles existent, et il faut, hélas, de chaque. Sinon, lisons, XIII. 
-Edité le: Mardi 9 mars 2004 à 16:57 par Kaldorion-
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
Yoko est une héroine à l'ancienne qui pardonne à ses ennemis et tend une main secourable à tout le monde. Elle cherche à découvrir le monde et les gens et fait toujours preuve de tolérance et d'humanité. Je lis beaucoup de BD et malheureusement les héros d'aujourd'hui sont plus souvent des anti-héros immoraux, violents et cyniques que des preux chevaliers. C'est peut étre plus réaliste mais moins glorieux.
Ce monde est froid et cruel. Nous n'y trouverons que l'amour que nous y mettrons.
D'accord avec toi, renaud, mais la question (à laquelle j'ai essayé de répondre) était : Parfois, même un gentil Loyal et généreux peut être amené à tuer un méchant, pourquoi pas Yoko ? Il n'était pas question de vouloir qu'elle devienne violente ou cynique...
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
La plus belle action de Yoko est à mon avis dans la Frontière de la vie où un méchant se rend compte de la bassesse de ses actes et se convertit. Quand à elle, elle ne triomphe pas, mais au contraire se reproche son "acte gratuit". Yoko pousse très loin son abnégation. C'est conforme à son idéal zen. Yoko est un chevalier ou un samouraï, pour qui le sabre sert à retirer ce qu'il y a de mauvais dans l'humain.
C'est une humaniste née et elle refuse d'être défaitiste. C'est vrai que le monde n'est pas rose, mais il n'est pas noir et irrécupérable pour autant. Et si jamais la mort d'un ennemi, aussi mauvais soit il, ne lui faisait rien, alors elle renoncerait à être elle même. Ca va peut-être en faire rire certain mais elle me fait penser aux jedis dans Star Wars.
Aner vetù vahor,
Ib aùndas ev ib elsha nogenanse...
La notion de devoir est très importante dans la série : Yoko doit empécher une catastrophe dans la forge de Vulcain, elle doit empécher les bandits dans l'histoire courte "Cap 351" de l'album N°4 de périr dans leur voiture en flamme, elle doit aider les titans (superbe dialogue : Yoko vous n'avez pas le droit dit Khani et Yoko répond : le droit non, le devoir oui), elle doit monter à bord du Mercurian puis prévenir les méchants, etc. On retrouve le coté boy-scout de Tintin. Certains trouve cela désuet et peu réaliste moi j'apprécie cette fraicheur.
Ce monde est froid et cruel. Nous n'y trouverons que l'amour que nous y mettrons.
Je ne suis pas sûr que l'analogie soit facile entre Yoko et des types de "bonté" assimilables à la chevalerie, voir au scoutisme. En effet, d'une part chez elle le glaive n'est jamais directement le vecteur du bon droit, il ne l'est qu'involontairement et indirectement. Ensuite, la chevalerie comprend la notion d'affrontement équitable dans lequel une instance supérieure (Dieu, la fatalité, selon les lieux et les époques) permet aux hommes de voir où est le bien. Notion vraisemblablement absente chez Yoko qui représente plutôt l'être humain maîtrisant son destin.
D'autre-part, si le moyen est désuet (l'héroïne sans la moindre félure et incapable de haïr, peu réaliste), le propos global me parait au contraire d'une actualité flagrante. Leloup tente en général d'éviter le manichéïsme. Et contrairement à ce qu'on peut constater régulièrement (depuis le cinéma hollywoodien jusqu'à certaines opinions actuelles en politique internationale, mais évitons de détailler ce terrain glissant), Leloup ne laisse pas entendre qu'il puisse y avoir une quelconque légitimité à sacrifier vie ou liberté d'autrui et à faire usage de violence dans l'intérêt supposé du reste de l'humanité. Au contraire, toute mort est le signe d'un échec que Yoko constate avec amertume ou effroi, et cette sensibilité la pousse à rechercher systématiquement un dialogue. Mais bon, ceci n'est que ma propre lecture, guidée par ma propre sensibilité...

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Je suis assez d'accord avec "ta lecture", Hallberg. Tout d'abord Yoko agit pour l'homme et non pour DIEU ou pour Boudha. Mais je maintiens ma comparaison avec 1 seul type de chevalerie, celle pour qui la vie du prochain est sacrée (je remplace prochain chrétien par humain dans le cas Yoko) Pour ces ordres de chevalerie d'église, le Glaive n'est pas le vecteur du bon droit entre chrétiens, de même qu'il ne l'est pas pour les hommes en général dans le cas de Yoko. Et justement l'héroine incapable de hair, c'est ça, aimer même son ennemi... Ne pas vouloir sa mort mais sa rédemption. Non, tu as raison de le dire, ce n'est pas Manichéen, car si le Bien existe (Yoko et sa bande) Le méchant qu'on peut "écraser" n'existe pas. Le méchant est à plaindre, car il est aussi humain. D'accord, Yoko ne légitime pas l'élimination de l'autre, de façon contraire aux chevaliers du Roi, mais Leloup ? c'est autre chose. L'ouvrier qui ouvre les pinces et laisse tomber Karpan dans la lave, dans l'interêt qu'il suppose des Vinéens, est-ce que Leloup lui donne franchement tord ? Yoko ne légitime jamais la violence, mais les cas extrèmes existent, et ce qu'on pouvait remarquer, c'est que Yoko avait de la chance de ne pas avoir à choisir entre tuer un assassin et laisser périr des victimes. Alors que, incontestablement, ce choix existe dans la vie (Voir, le cas de la seconde guerre mondiale, que je cite en exemple car les personnes de toutes les obédiences politiques reconnaîtront la nécessité d'une intervention pour arrêter le travail de
Encore une fois, d'accord pour dire que Yoko recherche systématiquement le dialogue, et que ELLE ne se résout jamais à tuer, jamais...
Sinon, je suis d'accord pour le côté Boy Scout, mais pas au sens du scoutisme pur et dur, qui pourrait aller jusqu'à l'élimination physique des ennemis, mais au sens figuré actuel : Qui veut tout arranger, qui idéalise tout. Et en effet, Tintin lui non plus, ne souhaite la mort de personne. Dans "l'oreille cassée", là aussi, ce sont les "méchants" eux mêmes qui courrent à leur perte.
-Edité le: Mercredi 10 mars 2004 à 08:31 par Kaldorion-
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
Effectivement cette "idéalisme" peut poser question. Je me souviens que le coté boy-scout m'a agacé, par exemple dans le Canon de Kra.
Il est intéressant de gratter tout ça pour pour retrouver l'idéologie sous-entendue dans toute la série. Peut être un christianisme bon teint enrobé d'une fine couche de zen boudhiste. Je suis trop béotien pour analyser ça.
Par contre globalement, je crois que Leloup a évité de nombreux écueils et que cette série possède cette fraicheur désuète, présente dans certaine BD des années 50 60 que comme Renaud, j'apprécie.
Cette fraicheur qui a été tellement remise en cause dans les années post soixante huit ou elle a été alors raillée.
Il était de bon ton alors, parmis les intellos de services, de mettre en garde sur cette idéologie nauséabonde, sournoisement présente qui polluait l'esprit de nos petites têtes blondes. C'était certainement nécessaire, c'était surement vrai dans certaines séries. Mais dans Yoko Tsuno, je voudrais qu'on m'explique !
Résultat 30 ans plus tard, le manichéisme le plus primaire n'a jamais aussi présent dans le cinéma, les jeux vidéos, et le pognon roi règne.
Avez-vous constaté comme il est rarement question d'argent dans Yoko Tsuno ?
Alors je suis nostalgique de l'esprit de cette série, qui comme vous tous, je pense, a participé à la construction de ma personnalité. Et j'ai du mal à la retrouver dans la BD actuelle.
Yoko est positive, n'est pas cynique et c'est vrai quelle a la "chance" de n'avoir jamais à prendre de décisions aux conséquences dramatiques, alors qu'elle s'embarque dans d'incroyables aventures.
Je suis plutot d'accord ave toi, sauf sur un point.
Citation.
"mettre en garde sur cette idéologie nauséabonde, sournoisement présente qui polluait l'esprit de nos petites têtes blondes. C'était certainement nécessaire, c'était surement vrai dans certaines séries. Mais dans Yoko Tsuno, je voudrais qu'on m'explique !"
C'est le necessaire que je conteste. Moi je ne raisonne pas à coup de "c'est désuet", c'est vieux, ou autres. étant moi même moyen-ageux, je n'admets pas que ce soit considéré comme "nauséabond" Que l'on remette en cause le Bon qui tue le Méchant, d'accord, ça je veux bien l'appeler "nauséabond", mais pour "remonter" la dignité du méchant. Et justement Yoko ne fait JAMAIS usage d'une violence meurtrière, C'est peut être désuet, mais pas nauséabond, ce qui est nauséabond, ce sont ces histoires (pas si fréquentes, d'ailleurs). ou tout le monde tue à tire larigot (allusion éhontée au jeu de l'orgue, le Larigot, que j'aimes bien tirer, pour l'activer), histoires, qui, elles légitiment la violence.
Quand au Manichéisme, d'accord pour dire qu'il a rarement été aussi présent que maintenant. Lorseque le pouvoir était basé sur l'honneur, le soldat respectait le courage de son adversaire. Je pense entre Chrétiens, La notion d'humanité étant pratiquement la notion de chrétienté d'avant.
Ce qui fonde le Manichéisme, en temps que rabaissement de l'autre, c'est justement l'absence de rédemption, au sens Laic aussi, le fait qu'on n'eesaye pas de se faire des ennemis de ses amis (cf Henri IV).
On pourrait passer des heures sur le sujet, mais, pour en revenir à Yoko, comme tu le dis, c'est sa positivité, en toutes circonstance, qui me fait rêver.
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.
Puisque l'on fait la comparaison entre le la bd des années 50-60, Yoko tsuno, et la Bd actuelle, je dirai que l'on pourrai trouver plusieurs courants littéraire, un peu comme dans la littérature classique, où Yoko tsuno appartiendrait à un sorte de mouvement didéalisme romantique, alors que la bd actuelle serait plutot du réalisme voire suréalisme.
Car la violence, même si elle n'est jamais usée par Yoko, est quand même omniprénte dans les albums sous la forme de : "puis je tuer ûn méchant pour sauver le monde". Ou plutôt: "en ais-je le droit moral?"
Il y a quelque part une réaction du sentiment contre la raison en cherchant l'évasion dans le rêve, dans l'exotisme ou le passé.
Il exalte le goût du mystère et du fantastique.
Von Schnappi Krocovitch Yaourtski de Bergerac, KrocoSoup onctueuse a base de Danone et Fils de Maitre Yaourtberg...
La BD actuelle, ce n'est pas du réalisme. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez, mais, en moyenne, je flingue beaucoup moins de monde que les Héros de BD. 
-Edité le: Mercredi 10 mars 2004 à 17:38 par Kaldorion-
La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.
l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.

