L'interêt qu'il y a à construire des robots qui ressemblent à l'être humain est que c'est à priori ce que l'on connaît le mieux. Il pourrait être dangereux de faire un robot qui aurait un système de pensée complètement différent parce qu'il serait imprévisible. Donc, on imite le comportement humain, plutôt que de chercher à faire mieux, parce que là, ça ne peut que mal finir (le mieux est l'ennemi du bien
)
Pour le côté technique, on sait faire des robots qui apprennent avec des réseaux de neurones. Ce qui pose des problèmes, c'est que l'être humain est toujours imprévisible et prend des décisions parfois illogiques (mais parfois pas...) avec un comportement non pas aléatoire, mais déterminé par un grand nombre de paramètres. Je pense là à ce qu'on appelle "l'effet Tetris": il s'agit de prendre une bonne décision mais dans un temps raisonnaable. L'exemple utiilisé est celui du jeu Tetris: une pièce tombe, il faut la placer le mieux possible, mais il vaut mieux choisir un emplacement bon, sans être le meilleur, que de choisir le meilleur emplacement mais trop tard, alors que la pièce est déjà tombée. Ce qui est difficile à gérer dans un robot c'est que cet effet est récursif: il s'applique aussi au calcul de la duréee raisonnable de réflexion, et à la durée du calcul de cette durée, et ainsi de suite. Ce qui fait qu'on ne sort pas du calcul. Donc, on ne peut programmer un robot qu'en y mettant un peu d'aléatoire, il ne peut pas inventer quelque chose comme un humain, par contre il peut faire une fois de temps en temps quelque chose qui lui semble complètement illogique, et si le résultat est bon, garder la solution en mémoire. (s'il est mauvais aussi, dans la liste des choses à ne pas refaire).
Donc on en arrive à conclure que les robots sont plus aléatoires que les êtres vivants 
"Qui a un pied dans la barque et l'autre dans le canoë tobera à l'eau."
proverbe tuscarora
Un robot ne peut que ressembler à un être humain puisque c'est là sa définition: une machine pensante de forme humanoïde. A la base, il y a un intéret très simple, une machine de forme humanoïde peut utiliser toutes les machines crées pour l'homme dans l'accomplissement de sa tache. Elle n'est pas limité par la quantité d'outils qu'elle transporte avec elle, comme par exemple nos robots (injustement nommés) industriels.
Pour ce qui est de la réflexion philosophique si on reste dans la mythologie Asimienne, il est très interressant de connaître le dernier opus de la série dans lequel Daneel reçoit la charge de créer Galaxia (après que l'on ait appris qu'il était à l'origine de la psychohistoire et de Gaia), mais je ne voudrais pas en révéler la fin si certains ne l'ont pas lu. ( C'est pourtant la dernière phrase qui nous ramènerait vers le mythe du Golem)
Acquiers la paix de l'âme et des milliers autour de toi trouverons le salut.
S. de Sarov
Mes dernières lectures sur le site:
Argh! Je l'ai lu mais il y a des années et du coup je ne me rappelle plus précisément la fin! Faut que je trouve ça à la bibliothèque...
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Fantôme chouette ou chouette fantôme ?
Gütiokipänjä !!!
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Je relis ce sujet dans lequel je n'ai jamais posté pour différentes raisons (la principale étant que je ne me suis jamais intéressé de près à tous ces golems). Il me vient une idée à vous lire. Tout cela me fait penser à Jurassic Park et à la théorie du chaos. Le fond de la question est bien là : l'homme jouant à l'apprenti sorcier et dépassé par sa créature. C'est un thème récurrent dans l'oeuvre, sous diverses formes et pas seulement celui de la robotique... Heureusement, une héroïne solaire, comme Yoko (d'ailleurs son blason reprend la symbolique de l'emblème nippon) rétablit l'ordre à la fin.
Sinon, dans un genre un peu différent, on peut évoquer le mythe grec de Pygmalion aussi...
Sauf que pour Pygmalion l'histoire s'est plutôt bien finie, non ?
Si mes souvenirs sont bons, Vénus remplit son voeu et donne la vie à la statue?
Souvent au contraire la création échappe à son créateur et parfois se retourne contre lui.
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Fantôme chouette ou chouette fantôme ?
Gütiokipänjä !!!
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Ce que je constate, c'est qu'avec l'entrée dans la conscience collective (et donc dans la sphère du mythe) de certaines notions d'origine technique, tant la thématique du Golem que celle de la statue de Pygmalion peuvent aujourd'hui entrer en résonnance avec la question de la possibilité pour l'homme de concrétiser éventuellement ce pouvoir, autrefois seulement rêvé, de passer du rôle de créature à celui de créateur. Concrétisation naturellement plus ou moins lointaine et dont la dimension fantasmée reste essentielle. On constate d'ailleurs que le culturel est absolument essentiel là dedans: par exemple, l'importance du robot en tant que mythe dans la tradition japonaise fait que l'on lance au Japon des recherches enthousiastes sur "l'homme artifiel" qui ne se heurtent pas exactement aux mêmes enjeux éthiques que chez nous.
Il y a aussi une curiosité, une dimension subjective qui peut nous sembler moins évidente: on voit les chercheurs japonais se préoccuper, de façon souvent spectaculaire, de la reproduction de la marche bipède, ou de l'imitation d'un animal... quand il semble que le pragmatisme de la recherche robotique reposerait plutôt dans l'analyse et la réponse à un besoin (or quels sont les besoins les plus évidents, sinon ceux consistant à faire ce que l'homme ou l'animal ne font pas, plutôt que de les imiter...). Je crois qu'il y a là dedans une dimension affective et culturelle absolument essentielle. Je vois mal des Européens se passionner en masse pour des expériences de ce type, principalement parce que les mythes les plus prégnants dans notre culture, quand ils tournent autour de l'homme artificiel, ne sont pas forcément optimistes (le Golem finit par échapper à ses maîtres et incendie le ghetto de Prague, la créature de Frankenstein est agitée par ses propres troubles, et Pygmalion voit dans l'animation de sa statue l'aboutissement de sa propre vanité). L'ensemble de nos représentations conduisent à mettre le doute et le risque au coeur de notre façon d'envisager nos (éventuelles) créatures. Même en simplifiant, il est difficile de faire un pont entre nous, qui nous sentons touchés par une oeuvre de type Asimov capable d'enfanter les fameuses "lois" (au fond rassurantes pour nous), et une civilisation exotique qui aurait l'Astro-Boy de Tezuka comme patrimoine national.
L'identité même de Yoko, interface prodigieuse d'intelligence et de sensibilité, nous propose une vision mesurée et réaliste. Elle aborde simultanément la question éthique qui nous est familière quant à l'intelligence artificielle et le fait de voir l'homme supplanté par sa créature (le coordinateur, Hégora...), et le questionnement qui nous semble moins familier, sur la nature même de la condition d'être sensible et intelligent, qui pourrait nous rapprocher au delà de la différence et proposer un dialogue égalitaire et non plus hiérarchique entre le robot et nous (Myna, Hégora "rachetée"...)
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Sur Pygmalion, j'avoue une incompétence majeure, je n'ai abordé le mythe qu'à partir de ses avatars modernes, oeuvres théâtrales et picturales XVIIe à XIXe... Chez Rameau, version la plus célèbre au XVIIIe, il y a une Céphise qui est amoureuse de Pygmalion, et le miracle de Vénus équivaut clairement à l'envoyer balader avec un certain cynisme... Sinon, bon, dans le registre statue, y'a aussi la Vénus d'Ille, mais c'est pas le même genre...

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
En ce qui concerne Pygmalion, j'avais un prof d'histoire de l'art parfaitement cynique (et par ailleurs homosexuel, ce n'est peut-être pas inutile de le préciser ?) qui avait déclaré un jour, en clair "il se l'est faite". Evidemment, tout le monde avait bien ri, mais après explication, il n'avait pas tout à fait tort.
Le mythe provient bien sûr (enfin c'est ainsi qu'il nous est parvenu) des métamorphoses d'Ovide. Il s'agit d'un sculpteur refusant tout commerce avec les femmes, parce qu'il les trouve imparfaites (ce qui n'est pas difficile. Je viens de tomber sur un passage assez atroce de l'Ecclésiaste à ce propos, bref...
) Il fabrique une statue en ivoire et la pare comme une jeune fille, lui offre de petits coquillages, etc... Un jour, Vénus le prend en pitié. Il sent l'ivoire se réchauffer et la chair s'animer. Elle est devenue vivante !
En fait, le mythe parle du créateur qui tombe amoureux de sa créature, ce qui est constant. Je ne peux parler que de faits personnels : Quand j'écris un dialogue entre mon héros et mon héroïne, j'ai parfois réellement l'impression de discuter avec quelqu'un. Bon, je sais, je suis un peu dingue, d'accord !
Alors, cela nous éloigne un peu de l'histoire du golem. On se rapprocherait plus de la réalité virtuelle. Je ne connais pas d'oeuvres de SF qui en parlent (à part celle que je viens de rédiger), mais il doit y en avoir.
Dans le bouquin de Meyrink, le Golem est une créature à qui ses maîtres refusent une affectivité propre - et là on rejoint la créature de Frankenstein aussi bien que Tezuka; c'est aussi, et surtout, une créature dont l'assistant du rabbin se sert pour satisfaire sa propre paresse en lui faisant effectuer les tâches ingrates, tout en se délectant d'un plaisir vicieux à commander. De là, éventuellement une vision carrément cynique de Pygmalion, où la statue ne serait pas l'objet d'un amour véritable mais la satisfaction d'une pulsion? Je ne vais pas plus loin, je ne prends pas le risque d'entrer dans la psychologie de cuisine...

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Effectivement, la grande différence avec le Golem, c'est que Pygmalion aime sa Galathée. La statue est également faite d'ivoire, alors que le Golem, si je me souviens bien est fait de boue voire de matériau encore plus vil... D'ailleurs, la jeune fille devient pleinement humaine, ce qui n'est le cas ni du Golem, ni du monstre de Frankenstein.
Pour en revenir, à Yoko, il semble qu'elle soit, sinon tombée amoureuse, réellement prise par le charme de l'archange. On se rapprocherait plus de Pygmalion ! Par contre, en découvrant la nature véritable de l'objet de son affection, elle est clairement surprise.
Edité Samedi 17 mars 2007 :18:08 par Lucterios
Parce que cet amour est un sentiment vécu comme "normal" et remis en cause par "l'anomalie", quand l'amour de Pygmalion est directement vécu comme "fantasmé" avant d'être incarné...
Le Golem, c'est une statue d'argile, chez Meyrink, et il s'anime quand on place une étoile cabbalistique sur sa poitrine. D'ailleurs ce qui est curieux, c'est que le romantisme tardif anglais et en particulier la fantaisie héroïque se le sont appropriés en en faisant une statue de métal. J'ignore s'il s'agit d'une forme d'influence du mythe plus récent du robot (être animé non plus par la magie mais par la technique) et donc d'une forme transformation du mythe du Golem qui suivrait le goût du moment, ou s'il y a une raison plus profonde dans cette évolution. La fantaisie-héroïque s'emparant des thèmes pour des raisons pratiquement toujours esthétiques et pratiquement jamais sémantiques, la première hypothèse me semble crédible.

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
L'argile est le matériau qui sert à Dieu à fabriquer l'homme, mais dans le mythe de la Genèse, Il lui insuffle Son souffle. J'ignore comment la Kabbale explique l'animation du Golem. L'image de l'argile est celle du potier et aussi de l'artiste qui fabrique des statuettes. Il existe un mythe amérindien qui dit que le Grand Esprit s'y est repris à trois fois avant de créer l'homme parfait : d'abord il a fait trop cuire la statuette et cela a donné un Noir, ensuite il ne la pas laissé assez longtemps et cela a donné un visage pâle. Enfin, il a réussi à créer l'Indien à la peau cuivrée.
Edité Dimanche 18 mars 2007 :02:29 par Lucterios
Pour en revenir à Pygmalion, n'est ce pas un des rares cas où une création ne finit pas mal ? (A moins que je ne connaisse pas la fin de l'histoire ?)
(d'ailleurs une autre différence est que le sculpteur n'avait pas au début l'intention de créer un être vivant, mais qu'il a voulu l'avoir vivante après en être tombé amoureux)
Y a-t-il d'autre mythe gréco-romains où il se trouve une création qui se termine aussi mal que le golem, ou bien les romains étaient ils... optimistes au sujet de la création d'êtres vivants par les hommes?
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Fantôme chouette ou chouette fantôme ?
Gütiokipänjä !!!
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