Yoko, modernité et ...
 
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Yoko, modernité et tradition.

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Kaldorion
(@kaldorion)
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Début du sujet  

Nous en avons déja parlé ailleurs, mais cela me semble bien mériter un sujet.

Yoko est à la fois extrèmement moderne... plus que quiconque de son époque grace aux Vinéens (se ballader à deux millions d'années lumière de la terre, il faut le faire...) mais aussi très respectueuse, semble-t-il, des coutumes en général, même quand elle les désapprouve...

Je dirais qu'elle allie le meilleur de la tradition et de la modernité. elle refuse résolument une déification du fruit de la main de l'homme (voir la lumière d'Ixo : "tout ceci est humain et non divin") mais elle refuse en parralèle une déification de la machine et du progrès.

je crois que c'est extrèmement important, et que finalement, c'est la même raison qui lui fait respecter la tradition et être moderne. respectueuse de ce qui constitue l'humanité, mais refusant que les "choses" puissent nuire à l'humain. Refusant d'admettre les créations humaines comme supérieures à l'homme (on aurait appelé ça refus de l'idolatrie à une certaine époque, mais là n'est pas le débat...)

Donc je crois que c'est pour cela que Yoko refuse à la fois de se soumettre à la machine "je ne laisse pas une machine penser à ma place" (le trio de l'étrange)... mais qu'elle utilise la machine... tant que c'est pour servir l'homme.

Et hélas, en général, elle sera confrontée justement à ceux qui utilisent les machines pour asservir l'homme.

Ou a ceux qui s'asservissent eux même par leurs machines (Vinéens)

comme elle sera confrontée à ceux qui sont asservis par leurs traditions (La Lumière d'Ixo, à noter j'aime bien les habitants d'Ixo... même si on le les voit pas. Je me ses plus proche d'eux que des autres Vinéens...)

Je pense que donc Yoko atteint l'équillibre idéal entre les choses. celui explicité par Saint Louis dans son testament :
"Maintiens les bonnes coutumes du royaume et les mauvaises abaisse"

Mais vous, quel est votre regard ? est-ce que vous ne trouvez pas Yoko trop gentille avec les dirigeants d'Ixo ? ou bien trop gentille avec la technique dévorante Vinéenne ? est-ce que pour vous aussi elle est équillibrée ? et pourquoi ?

Quand je parle de tradition et de modernité chez Yoko, à quels passages pensez vous ?

Amitiés à tous.

-Edité le: Jeudi 7 avril 2005 à 09:53 par Kaldorion-


La vérité naît de la contradiction. Donner ses arguments, c'est reconnaître que l'on peut avoir tort.

l'art est un aliment pour la piété du pauvre peuple. Détruisez l'art, déformez le goût d'un peuple, et vous lui oterez sa piété.


   
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Le Grand migrateur
(@le-grand-migrateur)
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Modernite: cela me fait penser a son recyclage dans l'informatique pour piloter le colibri (Le canon de Kra)
Tradition: le fait de porter un kimono lors de circonstances appropriee (l'orgue du diable, Aventures electroniques, La fille du vent), ou de respecter les traditions et les us et coutumes d'autrui (allegeance (fausse ou vraie) dans l'astrologue de Bruges).

En fait, elle est bien equilibree, mais n'hesite pas a envoyer sur les roses (pour etre poli, j'avais un autre terme en tete) toute superstition qui asservi l'etre humain (la lumiere d'Ixo, a propos de la mecanique celeste, deifie par ceux de Shyra), de meme que les personnages se croyant superieur ou associaux.


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Kaldorion
(@kaldorion)
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Sur le fond je suis entièrement d'accord avec tes propos...

Maintenant, sur l'exemple précis de Shyra... Yoko est très critique, assurément, mais je ne crois pas qu'on puisse réellement parler "d'asservissement de l'humain"... sinon pour une minorité qui devra en effer risquer sa vie à la tâche, en échange de la gloire et des honneurs...

On ne sait pas vraiment comment vivent les habitants de Shyra.
Et je dois dire qu'ils me font plus rêver que les technocrates aseptisés Vinéens.

S'il y a bien une parcelle des Yoko inexplorée que je visiterais si je le pouvais, ce seraît ce monde...

Quelle architecture !

Maintenant, je dois avouer que j'avais assez mal choisi mon exemple, parceque le cas de Shyra est paradoxal.

Paradoxal parcequ'il s'agit à la fois de modernité et de tradition.

Sur terre, la séparation est assez nette. Mettre un Kimono, c'est de la tradition. Accepter une culture, une foi, un respect, un mode d'expression, des règles anciennes relève de la tradition.

Et le travail à la chaine, les ordinateurs qui s'occupent de tout, l'homme asservi à une technique, c'est de la modernité.

Or, pour une partie des habitants de Shyra, il y a de cela. Une vie collective sur Ixo, entourés de techniques, avec un système pour les faire "marcher" tenant du stalinisme (mais peut-être en partie necessaire pour le coup...) avec la glorification extrèms du dévouement et du travail...

Donc on pourrait sur la terre rattacher cela à la modernité...

Alors les choses sont compliquées...


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Le Grand migrateur
(@le-grand-migrateur)
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Pour Shyra, je ne crois pas que ce soit si complexe que ca.
Je pense que les dirigents (le conseil des sages) a, par le passe, decrete que le passage de Shyra tous les 5 ans au dessus d'Ixo releveait de la volonte divine, et non pas de la simple mecanique celeste, de meme que dans l'ancienne Egypte, le leve du Soleil tous les matins etait considere comme la victoire de Ra sur son ennemis jure. Et c'est en cela que le peuple de Shyra et d'Ixo est asservi, et que Yoko cherche a combattre.


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Kaldorion
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Oh, en effet, le conseil des sages de Shyra a décrété cela... mais ce n'est pascela proprement dit qui asservit un peuple...

Et que Yoko cherche à "combattre" ça... je pense, oui, que c'est plus compliqué que ça.

Mais de toute façon, ce quej 'affirmais être compliqué, c'est que ce n'est pas vraiment l'image de la tradition.

Parcequ'il y a une glorification du travail et de la mort à la tâche qui rappelle beaucoup plus Staline que les pharaons de l'Egypte ancienne.

On pourrait tout autant dire que Yoko combat une forme de modernité.

Tout comme on pourrait se demander si justement cette vision du lever du soloeil tous les matins dans l'Egypte ancienne n'était pas ce qu'il y avait de plus "moderne" dans l'egypte ancienne.

Si la notion de modernité un sens... ce qui n'est pas si certain.

C'est pour ça que je ne pense pas que le cas de Shyra soit simple.

Parceque aussi la "divinisation" d'un phénomène ne suffit pas à asservir.

Notre société érige met de très nombreux phénomènes en "absolus".

Doutez de l'efficacité des vaccins... ou de certaines thoéries scientifiques (ce sont des exemples personnellement je ne doute pas de l'efficacité des vaccins) vous serez un peu comme un "hérétique" qui remet en cause la "religion" moderne qu'est la science/position universitaire.

même si tout ce que vous affirmez se trouve au niveau des faits (et non du sens prodond qui leur est donné), au niveau des calculs, des expériences.

Un tel "absolutisme" d'une façon de penser ne s'est pas souvent retrouvée...

C'est pour cela que la distinction modernité/tradition n'est peut-être pas si adaptée. (notez bien que c'est pourtant moi qui ait choisi cette opposition pour mmon sujet)


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Hallberg
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Que voilà un beau sujetsmiley

Si je puis me permettre de jeter un regard un peu différent sur cette question, je ne peux pas m'empécher, parlant de la série et non du personnage en particulier, de signaler les éléments de ce qu'on pourrait appeler une tradition littéraire les plus identifiables.
Nous avons déjà parlé des conventions stylistiques d'une certaine école de bande dessinée (non vieillissement etc) et je n'y reviens pas.
Dans le fond, on pourrait identifier de nombreuses racines plus ou moins évidentes, je n'en cite que quelques-unes qui me passent par la tête, mais il y en aurait beaucoup.
- Il y a tout d'abord le romanesque lié à l'aviation, dont je parlais tout-à-l'heure dans le sujet "l'album le moins aimé" en réponse au sentiment de Thibaud. Leloup y puise dans l'exploitation de ressorts dramatiques classiques les nombreuses fois où Yoko se retrouve à devoir faire appel à sa virtuosité de pilote pour s'en sortir. Une fois que la chose est faite, on en ressort avec l'envie d'applaudir comme quand un pilote de meeting a réussi une périlleuse acrobatie.
- Il n'est nul besoin de s'attarder sur les similitudes entre Gobol et sa cité, et l'imagerie conventionnelle du savant fou d'une part, de Dracula et autres Nosferatu d'autre part.
- Yoko s'intéressant à la condition des ouvriers sur Ixo, frise le roman naturaliste à certains instants, surtout dans l'explication d'une soumission au travail forgée par des années et des générations d'une sorte d'asservissement, qui rend les gens inaptes à un changement rapide, même à leur bénéfice. L'hérédité et/ou l'inertie de la soumission, thématique naturaliste s'il en est.
- La "forge de Vulcain" fait successivement appel à deux imageries conventionnelles du monde souterrain. D'une part celle du roman d'espionnage ou encore du film d'aventure, où la menace, cachée sous la terre, se révèle aux yeux du spectateur - lecteur comme un vaste complexe souterrain et industrieux aux développements aussi grandioses qu'insoupçonnés par ceux du dessus. D'autre-part, comme l'indiquent le titre, la couverture, mais aussi la gradation des teintes rouges au fur et à mesure que Yoko passe plus de temps dans des espaces surchauffés, l'imagerie des forges mythologiques (qui, souterraines, pourraient en fait être celles des Nibelungen, ou des Chalybes dans les Métamorphoses d'Ovide.
- L'ambiance de "la proie et l'ombre" à elle seule vaudrait tout une analyse. Leloup semble ici s'attacher, consciemment ou non (ça, faudrait lui demander) à une imagerie profondément encrée dans la conscience collective, celle de l'Écosse mystérieuse. En l'occurence, ici, avec ce drame autour d'un château et d'une apparition, il marche directement dans les traces de Walter Scott, et ce n'est sans doute pas un hasard si la première vision de cette couverture m'a fait immédiatement penser à l'opéra "la dame blanche" pour lequel Scribe, écrivant le livret, s'est directement emparé de la "Walter-Scott-Mania" de son temps... Ce récit présente par ailleurs une analogie avec le Chateau des Carpathes de Verne, chef-d'oeuvre du romantisme tardif dans lequel l'apparition, comme chez Leloup, se trouve être une illusion d'optique. La triple parenté entre Scott (Dame blanche), Verne (chateau des Carpathes) et Leloup dans "la proie" fait de ce dernier ouvrage un héritier direct des courants romanesques du XIXe siècle... Tradition?

Sur le sujet lui-même, et sur le débat en cours, je ne pense pas qu'il faille établir si rapidement une terminologie définitive, où en somme, tout ce qui relève des usages culturels établis, des religions, mais aussi de la croyance infondée et de la superstition, serait associé à la tradition, et où la technique et l'esprit scientifique tiennent lieu de modernité.
Yoko est un personnage qui paraît allier ces deux clichés, parce qu'avant tout, selon moi, elle contribue à brouiller la pseudo simplicité de cette vision, et ce faisant, à nous décomplexer vis-à-vis du malaise qui ressort d'une telle simplification bipolaire du monde. Yoko vit dans le monde, tout simplement, dans lequel il y a des actes et des comportements qui sont très anciens, et d'autres qui sont apparus récemment au cours de l'évolution sociale et technique d'une rapidité prodigieuse que nous connaissons depuis la fin du XVIIIe. Et ce faisant, alors qu'on voudrait pouvoir résumer le monde en une double polarité, Yoko, elle, vit là dedans comme un poisson dans l'eau et prend dans tout ce qui existe ce qui l'intéresse; elle pêche ce qu'il y a de meilleur dans tout (que ce soit une coutume ancestrale ou une nouveauté du mois dernier), ce qui est bénéfique et intéressant, et elle refuse le reste, ce qui est une dérive asservissante et dégradante. Dérive de la coutume quand elle se mue en rigidité et en carcan, alors qu'elle devrait permettre l'harmonie et la sécurité de repères communs; dérive de la technique quand elle vient asservir ou détruire l'homme, alors qu'elle devrait apporter le bien être. En ce sens, elle rend obsolètes quatre positions que l'on pourrait croire faciles à tenir:
- Inconditionnel de la "tradition" (au risque de ne pas voir les points où elle se transforme en rigidité qui gène la liberté individuelle, ni les occasions que l'on peut avoir de s'en servir comme bâton de sorcier);
- Adversaire de la "tradition" (au risque de perdre la mémoire ou la culture);
- Inconditionnel de la "modernité" (au risque d'en assumer les dérives dangereuses et asservissantes);
- Adversaire de la "modernité" (au risque de tourner en rond dans des repères devenus artificiels tout en s'interdisant ce qui pourrait améliorer la condition humaine).
Cette polarisation, Yoko la remet en question par sa position transversale.

Ma vision de ce que pourrait faire de mieux notre époque, si elle s'en donne la peine, c'est qu'au fond, la tradition, c'est moderne. Nous disposons, pour la première fois de l'histoire, d'un champ culturel de plus en plus intemporel. Nous pouvons contempler autre-chose que ce qui est fait sur le moment. La conscience du patrimoine culturel, qui est encore loin d'être totale, n'en est pas moins arrivée à un niveau inouï en dépit des progrès qui restent à faire. Notre époque est celle où l'on utilise des moyens techniques avancés pour expertiser et restaurer, par exemple, un paysage architectural européen majoritairement ancien... Une époque où l'on se sert de technologies avancées pour acquérir des connaissances qui vont nous servir à restaurer un château fort avec les techniques du moyen-âge. Une époque où l'on se sert des supports numériques pour faire connaître Lully ou Mozart. Contrairement à ce que l'on pourrait aisément croire, la querelle des anciens et des modernes a rarement été aussi peu vive qu'actuellement, et l'on pourrait dire que notre environnement (promenez vous dans une grande ville européenne) nous montre à quel point il y a cohabitation. Rien n'est plus révélateur qu'une façade haussmannienne en pierre de taille parfaitement conservée abritant les dispositifs ultra-modernes qui peuplent désormais logements, commerces et bureaux... Évidemment, si vous m'écoutez moi, hussard du patrimoine, toujours en train de déplorer telle ou telle ignorance fatale, vous aurez un tableau noirci de la situation, parce que la qualité rend exigeant (quelqu'un qui connait bien l'Asie m'a dit, votre patrimoine, en Europe, c'est comme vos forêts, il se porte mieux que nulle part ailleurs, du coup, vous êtes d'un niveau d'exigence qui n'existe pas ailleurs...). Au fond, le passé a rarement été aussi bien respecté que dans la civilisation européenne du début du XXIe siècle...
Donc pour moi, et c'est la fin de ce raisonnement, Yoko est éminemment moderne. Au sens où la modernité serait une façon de coller à son temps qui permette d'avancer, de travailler à ce que la vie soit belle: la modernité de Yoko, c'est de ne pas dresser de barrière entre les différentes habitudes, techniques et pratiques du monde; c'est de tout voir avec sensibilité et hauteur de jugement, et de prendre ce qui est intéressant sans s'inquiéter du jugement de valeur hâtif de ceux qui associent par paresse intellectuelle le bien ou le mal à ce qui est vieux ou neuf. D'ailleurs, dans cette définition de la modernité, je veux bien être moderne, moi, en dépit du fait que, selon l'ancienne polarisation, je suis un rétrograde. Si c'est une modernité qui fait espérer un respect des "traditions" pour conserver nos identités, nos cultures et la beauté de la diversité, en même temps qu'un enthousiasme pour la "nouveauté" qui facilite nos échanges et améliore nos conditions de vie. Moi, dans ce sens, j'adhère totalement au message de Yoko. C'est pas pour rien que je lis ses aventures, que croyez-vous?smiley


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Cherrydean
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Non mais, des fois... je me demande comment j'avais pu passer à côté de ce beau sujet à l'époque.

D'une part, je remarque que Yoko est issue d'une culture très tradionaliste et qu'elle révolutionne celle-ci en étant une Japonaise très moderne. Où ai-je lu que Roger disait que les Japonais disaient que Yoko était justement le genre de Japonaise moderne qui faisait peur? Yoko s'est elle-même éloignée beaucoup de ses propres traditions culturelles. Le port du kimono est certe l'image d'une tradition toute japonaise, mais il faut aller voir les albums en terre asiatique pour voir ressortir d'autres moeurs de la propre culture de notre héroïne.

Par contre, à côtoyer autant de cultures différentes, tant dans des lieux et des époques différentes, Yoko a eu tout le loisir d'apprendre à s'adapter et même, je dirais, à remettre ses propres traditions en cause. Remarquez que cela est à double sens : le fait de cotoyer un si grand nombre de cultures conduit vers une ouverture d'esprit et un respect des traditions de chacuns, mais son ouverture d'esprit et son respect des traditions d'autrui l'ont certainement conduite à découvrir davantage de cultures (à tout le moins, l'ont aider à survivre à certains périples).

Oui Yoko rejette la superiorité de la machine sur l'humain, on le voit souvent, mais à ce sujet, des passages qui m'ont laissé le plus songeuse dans les albums vinéens sont ceux qui concernent Myna. Dans Les exilés de Kifa, lorsque Khany annonce que le processus est lancé pour détruire Kifa, Yoko défend les semblables de Myna en rétorquant "Mais... ce sont des créatures intelligentes!...". Khany répond alors vivement que "ce sont des robots et...", Myna rétorquant en attaquant Khany : "il n'y a aucune différence entre les pensées magnétiques et biologiques!" Myna, de par sa réaction démontre, je trouve, déjà des sentiments.

Plus loin, toujours dans Les exilés de Kifa, Yoko discute avec Akhar qui répond à l'affirmation que Yoko fait que ses logiques ne peuvent comprendre les doutes et les émois de l'âme : "qu'en sais-tu?" Elle lui demandera alors si Myna a, comme les humains, "des pensées secrètes", question que contournera Akhar pour y répondre en quelque sorte par l'affirmative à la toute fin lors de l'analyse de Myna. Pour moi, le doute est en Yoko en ce qui concerne "l'humanité" des robots comme Myna. Et le doute a été également semé dans mon esprit. Il me semble que du rejet de la superiorité de la machine sur l'humain, l'hypothèse est lancée de la possible égalité entre les deux. On dépasse peut-être ici la modernité en jouant exclusivement dans la fiction, mais tout de même, du moment qu'un être est intelligent et sensible, qu'il s'agisse d'un être biologique ou mécanique change-t-il vraiment quelque chose?


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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PulkoMandy
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Attention, avec les aventures Vinéennes, on est dans un cas un peu particulier, puisque les machines que Yoko rencontre font plutôt partie de la tradition Vinéenne que de la modrnité... Ce sont des machines qui sont restées sur Vinéa pendant l'exil des Vinéens sur Terre, et qu'ils retrouvent à leur retour alors qu'ils pensaient ne rien retrouver. C'est donc un monde ou la tradition est faite de machines, et peut-être la modernité un peu plus de culture et de sentiments: la planète à failli être détruite, et l'exil a du changer beaucoup de choses dans la vie des Vinéens. Il leur faut maintenant reconstruire une société sur cette planète. On peut donc dire qu'ils sont à l'inverse de nous, que la technologie fait maintenant partie de leur tradition et que la modernité concerne les valeurs qu'il faut se donner. L'histoire et le patrimoine ancien sont en grande partie perdus, des villes ont été détruites, et il ne reste que la technologie et la science.


"Qui a un pied dans la barque et l'autre dans le canoë tobera à l'eau."
proverbe tuscarora


   
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Hallberg
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Je crois quand-même que notre humanité présente et terrienne commence, au terme d'une histoire industrielle et scientifique de plusieurs termes, à se doter d'une conscience patrimoniale incluant la technique. Les vinéens sont un exemple "radical" de beaucoup de choses, ils ne font rien à moitié (le jour où ils se donnent une machine comme maître, ça devient la dictature; quand ils polluent, c'est en grand...) et se retrouvent face à des décisions à prendre qui sont plus angoissantes que les notres. Mais la pollution d'Ixo ou la vulnérabilité de la barrière climatique nous en disent beaucoup sur ce que seraient certaines de nos attitudes poussées à l'extrême.

Après, s'il est une chose que l'on n'en finirait pas de détailler, c'est la dimension vernienne, notamment celle de l'entrée de plain pied dans la civilisation de la technique avec le refus de la tabula rasa. Mais Verne est souvent pessimiste sur la question, ou encore, il tire de tout ça une morale assez universelle qu'illustrent à l'extrême les vinéens, au fond: la technique, ça peut être sympathique, et néanmoins ça ne suffit pas à combler tout ce qu'il y a de mystérieux et de merveilleux ou d'horrible dans l'homme. Cette morale peut être joyeuse sur un plan: dans "Les Indes noires" (roman auquel j'ai fait allusion plusieurs fois, avec "le rayon vert" je crois, en parlant des aventures écossaises de Yoko et de Walter Scott), il se trouve que savoir le fin mot, scientifiquement, des choses, n'empèchera pas les rêveurs de croire aux légendes, et finalement tout est bien qui finit bien.

Yoko nous propose souvent une conclusion d'une plus grande homogénéïté, qui est effectivement celle d'un imaginaire poétique réconcilié avec la technique. C'est vernien mais plus souvent lumineux. J'apprécie celà comme j'apprécie l'architecture de style ecclectique (la bonne, pas les trucs qui font carton-pâte), signe de la bonne santé culturelle d'une civilisation à la fois décomplexée par rapport à la technique et gardant sans rupture ses références culturelles.


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Lucterios
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En ce qui concerne le patrimoine ancien vinéen, il n'en reste plus grand chose apparemment. J'aimerais parfois en connaître plus à propos de l'histoire ancienne de la planète. Par exemple, ce serait bien de pouvoir lire une histoire traitant d'archéologie là-bas. Mais je ne pense pas que cela arrivera. Vinéa représente le futur. Quand Roger veut illustrer le passé, il a suffisamment de matière sur terre comme cela.


Fortuna audaces juvat !


   
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Cherrydean
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Le cas de la vieille femme dans Les archanges de Vinéa m'amène à m'interroger sur son cas. Nous connaissons les Vinéens comme une société ultra-organisée qui semble ne rien faire pour rien, même chez les Vinéens vivant à la surface de Vinéa et ne connaissant plus le passé de celle-ci. Or, cette veille femme vit à l'écart, dans une grotte et protégée par de la toile, seule et sans aucune "technologie". La seule technologie l'entourant est cet étui de léthargie dont elle n'est même pas consciente de la fonction. Son monde est habité de ses douleurs et elle interprète l'enfant en léthargie dans son étui comme étant une punition d'un dieu qui lui a donné un enfant frappé du sommeil éternel après lui avoir ravi ses deux fils.

"Quelle misère en regard de votre haute technicité!" dira Yoko devant la misère de la vielle femme. Est-elle seule à vivre ainsi?

Khâny qualifira la vieille femme de pauvre folle. Je me suis toujours un peu demandée ce qui lui valait ce qualificatif. Poky a peur d'elle, soit, mais il semble que ce soit davantage son aspect physique combiné à cet accueil agressif qui suscite la peur chez elle. On l'a déjà dit, la société vinéenne vivant sous la Terre en est une composée de gens très jeunes. On peut aisément supposer que Poky n'a jamais vu de personnes si âgées. Mais d'où vient ce jugement de "folle" posée par Khâny? Pourrait-il venir de son mode de vie si différent des autres Vinéens? D'un possible refus de la vieille femme de vivre en société et ainsi que de toute cette haute technologie? Cette femme vivait-elle à l'époque dans cette société ou faut-il comprendre qu'il existe des Vinéens ayant adopté un mode de vie similaire à celui de la vieille femme, vivant de très peu de moyens matériels? Et de quoi vit-elle?

Cette vieille femme est l'antithèse de la modernité que peut représenter pour nous les Vinéenes. En même temps, on pourrait dire qu'elle semble sortir de la tradition vinéenne par sa non-modernité.


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Hallberg
(@hallberg)
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Les vinéens exilés sont les héritiers direct de la société vinéenne "d'avant", puisque pour la plupart ce sont des gens qui ont été endormis à ce moment-là et qui se réveillent pour revenir chez eux après qu'il s'est passé beaucoup de choses. Dans "Les trois soleils", on découvre que ceux qui sont restés ont enduré un véritable abrutissement et qu'ils vivent un traumatisme permanent, tyranisés qu'ils sont par des puissances tyranniques. Sur ce point, on peut imaginer la gravité des traces laissées par le chaos engendré par la catastrophe passée, dont on sait que dans la plupart des cas il favorise au moins temporairement la violence, l'iniquité, le cynisme et la force (voir la dureté de la société qui se réapprenait à vivre dans les ruines, dans les villes dévastées par la guerre, ou les décennies qu'il faut à certains pays pour retrouver le chemin de l'état de droit après les guerres de la deuxième moitié du XXe siècle). Les vinéens qui n'ont jamais quitté la planète ne sont pas de la même génération que ceux qui y reviennent, ils sont les héritiers de ce qui semble être une interminable période de souffrance où tous les pouvoirs connus, mis en place dans diverses intentions, semblent avoir tourné au cauchemar (guide suprême, folie d'Hégora...). Je vois dans les réactions de tous ceux-là, qu'ils vivent misérablement ou qu'ils s'épuisent dans des conditions de vie à peine meilleures à bosser pour le guide suprême, les résultats d'une sorte d'abrutissement par la terreur, par une vie dans un monde vécu comme dangereux et peuplé de divinités assoiffées de sang... J'assume la responsabilité de ce qu'il y a de naturalisme dans cette approche et vous laisse en juger, mais je crois que dans certains cas un Zola vinéen trouverait un bon terrain de jeu...

Edité Lundi 25 juin 2007 :15:09 par Hallberg


Opération Sisyphe
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Lucterios
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Le cas des Vinéens de Shyra est très intéressant. Ayant fui la dictature du Guide Suprême, ils se sont, pour survivre, inventé un idéal et une religion qui leur permettait de supporter des conditions d'existence spartiates.

Par ailleurs, ce qui m'a toujours frappé chez les Vinéens, c'est cette utopie qui permet de croire que les plus savants sont forcément les plus sages. La science n'a jamais été un gage de rigueur morale, à moins que sur Vinéa, les conditions soient différentes.

On imagine sur terre (parce que l'on ne peut pas faire autrement) ce que serait une humanité livrée à la science (notamment dans le domaine de la médecine). Ce serait la porte ouverte à l'eugénisme et à d'autres dérives... Par ailleurs, le pouvoir intéresse essentiellement les hommes d'action, pas ceux qui se livrent à la philosophie, à la contemplation ou à la recherche pure.

Franchement, il y a des plans de la vie sur Vinéa qui resteront toujours inconnus, et c'est tant mieux ! On n'aura jamais à notre disposition un corpus de lois vinéennes, qui permettrait de savoir précisément comment la société est régulée là-bas. L'anarchie créée par la catastrophe et la situation d'urgence dans laquelle vivent les rescapés n'arrange rien. Toutes proportions gardées, il me semble que Vinéa se trouve dans la situation de l'Europe occidentale dans l'immédiat après-guerre.

Peut-être (mais là je m'avance beaucoup), ce monde est-il un fantasme issu de cette période ?...

Edité Lundi 25 juin 2007 :15:20 par Lucterios


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Gobol
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J'ai pour ma part l'impression que l'on nous donne à voir différentes évolutions d'un même peuple en fonction des événements passés et des lieux d'évolution.

Sur Vinéa après le cataclysme, une dictature mise en place par les Vinéens restés sur place eux-mêmes, avec un formidable retour en arrière en ce qui concerne les connaissances technologiques, les moyens et les techniques utilisées... mais cela peut-être dû aussi au traumatisme subit par la planète, et lié en partie au changement de climat (aridité, baisse de l'hygrométrie, végétation atrophiée...). Ce changement climatique peut avoir détruit une partie des ressources, et les survivants se trouver dans l'impossibilité de continuer leur existence comme elle existait avant. D'où adaptation aux nouvelles conditions de vie, et la mort des "anciens", l'exil des jeunes et la prise de contrôle du "Guide Suprême" aidant, la population a été mise en quasi-esclavage avec pour l'un des objectifs principaux, la production d'énergie.

Sous Terre, nous avons les Vinéens d'origine, dont Khany, Poky, Vynka et les autres, qui eux, se sont endormis à un moment, et réveillés bien plus tard, dans un autre lieu, mais avec leurs souvenirs, technologies et savoirs intacts.
Lors du retour de ces Vinéens sur leur planète, ce sont donc bien deux générations différentes, voire deux peuples différents qui se rencontrent : ils n'ont plus grand-chose en commun, les uns parce qu'ils ignorent l'existence des autres, et ceux qui sont restés sur place parce qu'ils ont fait de leur propre passé, et de celui de leur planète, une légende.

A cela s'ajoute ceux qui sont partis avec d'autres vaisseaux (les rescapés sur Ultima), ceux qui ont volontairement quitté la planète pour échapper à la dictature du Guide Suprême et se sont créé une religion, une mythologie, des enfers, bref, une civilisation à part entière...
Des évolutions diverses pour un même peuple au départ.

Là où ça se complique, c'est quand tous ces peuples se rejoignent : qui a droit de cité ? Qui contrôle les instances ? quelle est la légitimité de chacun de ces groupes par rapport aux autres ? Ceux qui sont restés sur la planète et ont vécu ses bouleversements ? Ceux qui y sont nés bien avant, mais l'ont quittée et y reviennent avec toute la puissance que leur confère leur technologie, perdue par les autres ?


On ne trébuche jamais deux fois sur la même pierre.


   
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Hallberg
(@hallberg)
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J'ai toujours été quelque-peu intrigué, effectivement, par les rapports entretenus par les "anciens" (s'il est permis d'appeler ainsi ceux qui sont partis et revenus) et les habitants qui ne sont jamais partis. À la limite, le contexte n'est pas loin d'être colonial.
À la limite, ce qui me surprend, personnellement, c'est plutôt au contraire que les différentes "souches" ne se soient pas différenciées beaucoup plus au cours de cette très longue période pendant laquelle, rappelons-le, la population terrienne proprement-dite a eu le temps de mettre en place ce qui existe actuellement, pendant laquelle des civilisations se distinguent ou se fondent (si l'on veut bien écarter la théorie de l'écroulement dont on sait aujourd'hui qu'elle n'est plus si judicieuse).
En d'autres termes, comment se fait-il qu'en si longtemps, les différentes "ethnies" vinéennes n'aient pas eu l'occasion de se distinguer plus radicalement? Car enfin, même s'il y a des différences flagrantes, on en reste tout de même bien au même "genre" dans de nombreux domaines: les techniques de transmission de pensée et de contrôle mental, les costumes "uniformes" bicolores ou tricolores, des permanences architecturales comme l'absence de détails décoratifs et de statuaire figurative, la fréquence des ornements de la tête (diadèmes, serre-têtes...), la généralisation des structures politiques du genre "despotisme éclairé", etc... Au fond, seule la vieille femme solitaire qui vit sous sa tente, donne l'impression qu'il peut y avoir sur Vinéa une singularisation culturelle qui peut être comparable, dans l'ampleur des différences constatées, entre ce qui sépare, sur notre planète, les aborigènes, les japonais, les européens et les éleveurs de rennes en Yakoutie...

Peut-être faut-il voir dans les conditions environnementales très dures, dans l'héritage historique assez désastreux riche en guerres terribles, en sentiments revanchards et en catastrophes écologiques, la raison de cette sorte de "gel culturel" qui semble avoir ralenti fortement toutes les évolutions. Les vinéens de Vinéa appartiennent pratiquement tous à des lambeaux d'humanité s'accrochant à des lambeaux d'espace habitable. Il s'agit apparemment plus d'une survie douloureuse que d'un épanouissement.

Globalement, l'expérience de la science-fiction m'a toujours fasciné pour ce genre de chose: c'est un genre littéraire qui permet de projeter, d'une façon rationnelle, les effets d'un contexte sur les sociétés humaines, ou plus globalement sur les espèces intelligentes, et les réponses qui sont apportées, créant des modes de vie, de pensée, des cultures. La science-fiction est en celà une sorte de fiction anthropologique et ethnologique, et poussée à son degré extrême, c'est-à-dire quand l'imagination s'appuie sur le vraisemblable et le rationnel comme c'est le cas ici, elle devient une sorte d'expérimentation.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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