Yoko : quel héroïsm...
 
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Yoko : quel héroïsme?

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Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
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Début du sujet  

J'ai parfois un peu trop rapproché Yoko du modèle classique qui me passionne. Celui d'un héroïsme uniformément guidé par des valeurs supérieures, sur le modèle classique de la vertu. Et pourtant, de valeurs universelles, Yoko n'en manque certes pas...

Autre-part j'ai tempéré ce modèle en y mélant un peu de l'héroïne romantique. Emancipation de l'individualité et découverte d'une humanité plus complexe. Yoko agit en fonction de sentiments non dissimulés. Et à vrai-dire, ses motivations ne sont plus le fruit d'une convention morale, mais d'un engagement personnel. D'autre-part, héroïne romantique, elle ne s'oppose pas à une fatalité arbitraire décidée par les puissances d'en haut. Elle vit dans le monde et non contre lui.

Déjà, ces distinctions et ces classifications ne marchent donc que partiellement. Elle rencontre des interlocuteurs variés qui représentent diverses figures: Karpan, un adversaire à l'agressivité parfois gratuite; Hégora, figure de l'ivresse du pouvoir, qui devra vaincre cette force avant de gagner son humanité dans sa rédemption; Smith, si vous me l'accordez, anti-héros dans une situation désespérée que je qualifiais tantôt d'expressionniste; Xunk, pour moi personnification du dilemme tragique classique; Cecilia, héroïne romantique, dont la fragilité supposée rend évidente la force réelle. Je crois qu'elle obtient de beaucoup ce qu'elle veut (qu'il s'agisse de les vaincre, de leur faire retrouver le droit chemin, de les sauver) en puisant dans les ressources qu'ils recèlent eux-mêmes. Yoko, catalyseur de vertus, notamment, celle qui doit apparaître littéralement comme un Deus ex machina dans la vie de ces personnes, pour les faire se réaliser - se sauver, et souvent en trouvant en eux leur humanité. John Smith, Xunk, Hégora, trouveront cette humanité au sens large (pas au sens d'espèce biologique humaine) au travers de ce qu'elle aura révélé en eux.

L'héroïsme de la compassion et de la vertu se doublerait donc de la capacité d'éduquer. Je le dis au sens le plus littéral du terme, Yoko semble guider les âmes vers un accomplissement.

Quel héroïsme, donc? Les définitions parcellaires habituelles, du héros bon, du héros fort, du héros courageux, voire du héros chanceux, ne peuvent s'appliquer que très ponctuellement. Tout le reste fait que c'est un héroïsme de la compassion, en permanence, et un héroïsme finalement très pragmatique: il prend la forme que l'on veut - du moment qu'il réconcilie. Me trompe-je en pensant que cet héroïsme de la conciliation est quelque-chose d'un peu nouveau ou du moins d'un peu récent?

Si tel n'est pas le cas, alors j'avoue bien humblement que si je me reconnais là-dedans, c'est parce que je crois que cet héroïsme de la (ré)conciliation et de la compassion, celui d'un engagement personnel et d'une conviction qui aboutit à la paix réelle (et non à la paix simulée du consensus poli), est un héroïsme pour aujourd'hui et notamment pour les valeurs d'une Europe de l'avenir. Ce sont personnellement des valeurs auxquelles je crois.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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Lucterios
(@lucterios)
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L'héroïsme de Yoko possède quelque-chose de surnaturel. Elle n'est pas du genre à se jeter un peu stupidement dans une aventure, à la recherche d'un quelconque trésor. Non, toujours, elle intervient pour aider quelqu'un, et oui, elle le mène vers son accomplissement : Monya, par exemple, Smith ou même les Vinéens...


Fortuna audaces juvat !


   
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Rom
 Rom
(@rom)
Noble Member
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C'est en ce sens que je dirais que, contrairement à d'autres BD où le contexte est ravalé au second plan pour ne se concentrer que sur le héro et le déroulement de son action, Yoko peut être qualifiée d'héroïne humaniste. Ses actions ne sont motivées en effet que par le progrès humain au sens sociétal (La Lumière d'Ixo), la défence de valeurs humanistes telles que la tolérence et l'ouverture d'esprit (Les Titans), ou la protection des plus vulnérables et ce dans un but toujours désintéressé (La Proie et l'Ombre). Certes il lui arrive parfois de comettre des écarts, de se montrer égoïste ou entêtée, mais ces défauts ne font que souligner son humanité, la rendant ainsi encore plus attachante. C'est, je crois, ce qui fait le succès de Yoko : un héro sensible, véritablement humain, avec ses défauts, investi de façon désintéressée dans des causes humanistes.

Edité Samedi 28 juillet 2007 :14:25 par Rom


Le moral, c'est comme les chaussettes : ça se remonte!


   
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Gobol
(@gobol-2)
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Si je devais qualifier Yoko, ce ne serait peut-être pas comme une héroïne, justement. Bien sûr qu'elle est une héroïne. Mais la distinction que je fais c'est celle de l'image que l'on a aouvent du héros justement.
Pour moi, Yoko n'a rien du héros sans peur et sans reproche. Du super-héros qui réussit toujours, qui combat les méchants et finit toujours par gagner à la fin.
Yoko est tout simplement pour moi quelqu'un de normal. Une femme profondément humaine. Capable du bien et du moins bien. Capable de faire le bien autour d'elle, capable de montrer aux autres, à ceux qu'elle croise, qu'ils ont de la valeur. Capable aussi de faire des erreurs, de se montrer égoïste, effectivement.

Humaine.

L'humanité est-elle une forme d'héroïsme ? Cela reviendrait-il à dire que nous sommes tous des héros en puissance ? Je ne le sais. Sans doute avons nous tous un rôle à jouer, ou plutôt une "mission" à remplir. La tâche est ardue, parfois. Aller jusqu'au bout de ses convictions, revenir sur des choix anciens, se regarder en face pour se voir non pas tel qu'on voudrait être, mais tel qu'on est, et avancer avec tout ça, en se posant les vraies questions en face. Je ne sais pas si on peut appeler ça de l'héroisme. Pour moi, c'est bien plus simple que ça, c'est simplement vivre en accord avec soi-même, avec ses convictions, et aller au bout de ses idées.
Et Yoko est comme ça : elle ne laisse jamais tomber. Malgré les erreurs qu'elle commet, malgré les embûches, elle va jusqu'au bout, elle reste elle-même, même si elle change au fur et à mesure des années. On a beau la voir depuis des années, insensiblement, elle a changé. Ou peut-être est-ce notre regard sur elle qui change ? Peut-être aussi que quand on a vécu ce qu'elle a vécu, quand on vit, tout simplement, on ne peut pas ne pas changer, imperceptiblement, d'une certaine manière. Mais malgré cela, elle reste fidèle à elle-même, à ses principes, aux valeurs qui la guident depuis toujours.
Alors je ne sais pas du tout comment on peut appeler cet héroïsme-là. Parce que finalement, c'est peut-être aussi ça, être héroïque : savoir résister aux mirages de notre société, de notre monde, pour garder toujours dans un coin de sa vie et comme fil conducteur ces valeurs, ces choses importantes qui font partie de nous, et qui continuent de guider nos actes.


On ne trébuche jamais deux fois sur la même pierre.


   
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Lucterios
(@lucterios)
Illustrious Member
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Disons que oui, c'est ce que j'essayais de dire avec mes histoires de supranaturalité... Dans la Grèce antique, il y avait des dieux, il y avait des demi-dieux et il y avait des héros, qui par leur hauts-faits s'étaient rendus digne d'un sort plus enviable dans l'après-vie. Je ne sais pas si Yoko est humaine. Par certains côtés oui... Par d'autres non... Elle n'a pas de famille, ou presque, pas de sexualité au sens primaire du terme ! Elle est l'équivalent de Tintin dans un percevalisme forcené, une Jeanne d'Arc japonaise. Tout ceci la place en dehors de la condition humaine actuelle, mais probablement bien plus prêt de la condition humaine future. Mt XIX pour les gens qui sont curieux...


Fortuna audaces juvat !


   
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Gobol
(@gobol-2)
Famed Member
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Je ne suis pas vraiment d'accord quand tu dis que Yoko n'est pas humaine par certains côté (famille, sexualité...). Pour moi, Yoko a une vie entre les albums qui nous donnent à voir une petite partie de son existence. Simplement, ces aspects "quotidiens" ne sont pas forcément importants à montrer dans les albums, s'ils n'y jouent pas un rôle précis... Et puis, Yoko a une famille, on la rencontre dans "La fille du vent", elle a Rosée, aussi...


On ne trébuche jamais deux fois sur la même pierre.


   
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Cherrydean
(@cherrydean)
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Il me semble que Yoko, toute humaine qu'elle soit, se prend parfois à vouloir jouer les héroïnes et, si cela se trouve, cette réaction occasionelle peut être tout à fait humaine. Je pense à La pagode des Brumes où Yoko admet, vers la fin:

Vous savoir tout deux réunis estompe un peu ma faute [...] Celle de la vanité!... Le conte de ma grand-mère se termine ainsi: "un jour, une jeune fille venue d'on ne sait où parla au dragon et il s'en alla!... J'ai cru que cette inconnue c'était moi... J'ai pris tous les risques et mis vos vies en péril!...

Je pense également à La fille du vent où Yoko dit, sous le choc de la perte d'Aoki: "Je ne pensais qu'à humilier Kazuki!... Me croyant "la fille du vent"."

Dans ces deux cas, il me semble qu'on pourrait dire que Yoko a voulu un peu jouer les héroïnes, quoique dans La fille du vent, Yoko, sous le choc, ait pu donner davantage d'importance à sa mauvaise motivation qu'à la bonne qui, je crois, existait bel et bien.


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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frac
 frac
(@frac)
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Posts: 465
 

Cherrydean a écrit Il me semble que Yoko, toute humaine qu'elle soit, se prend parfois à vouloir jouer les héroïnes et, si cela se trouve, cette réaction occasionelle peut être tout à fait humaine.

Je suis absolument d'accord avec cette remarque, la nature humaine étant bien de se laisser emporter (plus ou moins souvent suivant sa personnalité) par le côté "jouer les héros" ou par le côté "ah ! c'est comme ça ? eh bien on va voir ce qu'on va voir !".
Ce dernier étant sans doute présent dans Message pour l'éternité puisque après avoir été tentée par l'aventure pour de l'argent par Milord ("voilà qui renflouerait les caisses du trio" dit-elle à Vic en guise de justification) et après que ce dernier ait réussi à l'en dissuader, c'est bien le "frelon calibre 7.65" qui troue l'habitacle du planeur LS1 qui la fait accepter l'offre.
J'ignore si dans sa tête à ce moment précis elle se dit "Quoi ? on veut me faire peur ? Une Tsuno n'a pas peur" ou si c'est plutôt "on cherche à me faire peur à coup de fusil, il y a donc un mystère à résoudre dans cette affaire". Toujours est-il qu'elle avait certainement cédé à Vic la mort dans l'âme et il ne lui manquait qu'une bonne raison pour changer d'idée. Est-ce un sursaut de fierté, un coup de colère froide, un désir de "vengeance" ou de justice contre son agresseur qui la pousse a accepter finalement l'offre, je l'ignore, en tout cas c'est une réaction on ne peut plus humaine.
Malgré tout, le côté humaniste reviendra au galop quand, par compassion, elle fera tout pour sauver Mr Smith non seulement physiquement mais surtout moralement en faisant chanter son employeur avec tous les risques que cela comporte. Disons simplement que cela n'est pas la motivation de l'aventure cette fois.

frac


Si tu te frappes la tête contre une cruche et que ça sonne creux, n'en déduis pas forcément que c'est la cruche qui est vide...


   
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Hallberg
(@hallberg)
Illustrious Member
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Début du sujet  

L'ennui de termes comme "humanité", ce sont les évidences que l'on pense y voir. En l'occurence, ce qui est humain à l'époque classique, était différent de ce qui l'était à la période romantique, et ça l'est encore de ce que celà veut dire au début du XXIe siècle...

En l'occurence, je n'avais pas du tout employé ce terme parce que "l'humanité" au sens où vous l'évoquez, au sujet de Yoko, ne fait à mon sens aucun doute. Vous voyez aussi que, si nous devons l'expliquer, cette "humanité" demande des explications. En l'occurence, certaines choses nous semblent évidentes (et en particulier l'héritage romantique et l'affirmation de l'individualité), mais en fait notre définition de l'humanité est faite de ces acquis. Au fond, la question que j'aurais peut-être dû poser n'était pas tant "Yoko est elle...", que "Qu'est-ce que cette humanité, que Yoko représente?"

Pour le lecteur, Yoko a un double statut. C'est une personne à part entière, mais en même temps, c'est un personnage littéraire. C'est en vertu de cette deuxième composante que, pour ma part, je m'appuie principalement sur les caractéristiques des genres et des styles littéraires pour décrire la personne.

Si la figure et les attributs du héros changent au fil des courants et des styles littéraires, c'est, je crois, parce que l'idéal d'humanité que la collectivité place dans le héros varie, s'enrichit ou se modifie.

L'humanité de Yoko est moderne, et cette modernité ne relève pas de la fuite en avant et de l'adéquation forcée à ce que les apparences et les modes veulent bien décrire comme "actuel". Cette modernité est bien plus le reflet de la conscience culturelle européenne d'aujourd'hui. Conscience faite d'une capacité à embrasser du regard toutes les époques passées (notre culture actuelle est fortement rétrospective) tout en ayant le goût de se projeter dans l'avenir. En l'occurence, Yoko est moderne et humaniste, dans le sens historique de ces deux termes (Yoko appartient au monde moderne, celui de la pensée européenne depuis la fin du XVe siècle), par sa capacité à chercher tant dans les exemples et contre-exemples du passé que dans l'espérance en l'avenir les moyens de mettre en valeur ce qu'il y a de plus sain et constructif chez l'homme.
Sur le plan stylistique, celà correspond pour moi à cette sorte d'intemporalité qu'il y a dans les albums, ce style d'une grande indépendance où la convention devient une force et une marque de personnalité. Ce style a pour moi la force d'une tragédie de Racine.


Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler


   
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