Je suis d'accord qu'il ne faut pas tuer les innovations linguistiques dans l'oeuf, je suis résolument pour laisser aux minorités linguistiques ou culturelles la possibilité de s'exprimer et de s'épanouir, mais il ne faut pas confondre culture (ou inovation culturelle) et ce qui définitivement ne représente qu'une simplification linguistique à l'extrême n'ayant pour seule raison d'être qu'un but financier ou visant à s'affranchir de réfléchir à la réelle orthographe de mots dont on n'a par ailleurs aucune idée de la graphie académique.
Le langage SMS n'est pas dramatique en soi lorsqu'il reste cantonné à l'utilisation pour laquelle il s'est avéré utile de le créer : la correspondance par messages courts. Qui irait reprocher à un étudiant d'utiliser moultes abréviations lors de ses prises de notes? Dans le cas du texto la philosophie est la même, contrainte de place, de temps de frappe (la frappe au clavier numérique est, il est vrai, particulièrement exaspérante), mais aussi contrainte financière puisque rares sont ceux comme moi qui acceptent d'écrire en français trois textos pour dire ce qui aurait pu être contracté en un sul en langage SMS (et cette dernière contrainte est d'autant plus forte que le publique touché par ce langage est constitué d'ados et de pré-ados dont les revenus sont par définition des plus limités).
Ce contre quoi je m'insurge, c'est le fait de faire passer cette simplification ponctuelle de la graphie française, par définition appauvrie, pour une inovation linguistique réelle, vecteur de renouveau culturel et de modernisme positif alors qu'il ne s'agit que d'une régression simpliste de la puissance sémantique de la langue française...
Doit-on comprendre par là que je place sur le même plan les innombrables jargons utilisés par les ados depuis la nuit des temps pour se démarquer des règles académiques de leur parents? Nullement. Ces locutions, dont la plus proche de nous est le verlant, sont des "codes" parlés entre ados afin de se recréer un microcosme hors de l'influence parentale, étape nécessaire à l'évolution vers l'âge adulte. Il est indiscutable que le langage SMS joue en partie ce rôle à l'écrit, aussi vouloir l'éradiquer serait à mon avis priver ces ados d'un espace de liberté indispensable, et serait par ailleurs totalement vain puisqu'un autre langage viendrait immédiatement le remplacer, et c'est très bien ainsi.
En revanche, le fait que des pôles financiers s'emparent de cet espace et le transforme en niche économique par de douces carresses dans le dos des ados, leur faisant miroiter la possession d'une culture indépendante au sens noble du terme alors qu'ils ne sont usagers que d'une restriction sémantique et lexicale de la langue française, ça ça m'écoeur. Non seulement c'est se payer ouvertement la tête des adeptes SMS en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes, mais de plus cela peut poser un réel problème pour la linguistique traditionnelle étant donné l'ampleur du marché ainsi débloqué dans une économie tendant à la libre concurrence. Cela fait vendre? A quand le Goncours du texto! C'est aussi ainsi que l'on modèle les esprits pour les adapter à ses propres intérets, en l'occurence son bénéfice annuel... Tu parles, Luctérios, de pseudos intellos qui font leurs spécialités de ce genre de nouveautés. Bien que le résultat soit le même, tout aussi stupide, je préfère mille fois l'intention d'un doux rêveur persuadé de rendre service à l'humanité que d'un commercial sur les dents ravi de dénicher une source de profit qu'il poura exploiter à son propre compte quelle qu'en soient les conséquences...
Edité Samedi 31 mars 2007 :00:36 par Rom
Le moral, c'est comme les chaussettes : ça se remonte!
Ma foi, je ne sais pas qui de l'opérateur téléphonique, ou du pseudo éditeur parisien (lequel j'imagine me renverra illico mon prochain roman, même si je n'ai aucune envie de lui en expédier une copie !) tirera son épingle du jeu dans l'affaire ? Nul doute que cela ne sera une victoire ni pour la langue française, ni pour la littérature en général ! Et je doute vaguement que cela aménera les djeuns à lire des romans, n'est-ce pas ?
Moi j'attends qu'un éditeur se mette à rechercher un neuneu pour écrire un roman en langage caca-prout-pipi-beurk, on appellera ça la scatolittérature régressive. Ou encore celui qui fera un roman entier avec uniquement des slogans publicitaires, on appelera ça le ready-made-littéraire et le gars sera le Marcel Duchamp de la langue française. Si c'est ça l'avenir, bon, heu... Dites les vinéens, vous n'auriez pas une petite place pour moi dans votre navette?

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Le problème aujourd'hui, c'est qu'il n'existe même plus de prétextes surréalistes à la connerie. Elle se contente d'être, c'est tout !... Ouais, je crois que je vais également réserver ma place dans la prochaine navette à destination de Vinéa, c'est clair !
Edité Dimanche 1er avril 2007 :19:34 par Lucterios
Moi aussi, mais mes raisons sont tout autres : il s'agit de retourner sur Vinéa pour finir ce que j'ai commencé
Non mais sans blague !
On ne trébuche jamais deux fois sur la même pierre.
Moi j'aime bien notre terre, donc je reste.
Mais je passerai bien commande d'une paire de traducteur Vinéen.
Réflexion faite, cela ne marchera pas puisqu'elle a besoin des ondes cérébrales pour fonctionner. Flute!
Va falloir comander un développement spécial. Traduction automatique de l'écrit en intra cérébrale. Pour moi avec la voix et le vocabulaire de Jean Rochefort, SVP. 


Edité Dimanche 1er avril 2007 :20:40 par Paul
Acquiers la paix de l'âme et des milliers autour de toi trouverons le salut.
S. de Sarov
Mes dernières lectures sur le site:
Le roman en SMS ce n'est pas nouveau. En Chine un roman, Hors de la forteresse assiégée, a déjà été diffusé par épisodes sous cette forme (j'hésite à dire édité, car la diffusion s'est limitée aux téléphones portables, sous forme de SMS mais aussi de message vocaux).
Par contre je crois qu'il n'utilisait pas d'abréviations horribles (il faut dire que cela doit être délicat a faire en chinois).



