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[lecture] Harry Potter

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Thalie
(@thalie)
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En fait, ce que je veux dire, c'est qu'elle développe un univers de sorcellerie parallèle à celui des Moldus. Même si l'école reprend la structure des écoles Anglaises, elle crée un lieu fantastique (je trouve génial le plafon de la salle à manger qui change de couleur avec le temps qu'il fait). Elle crée aussi des mythes qui appartiennent qu'aux magiciens... je ne suis pas sure que le conte des 3 frères Peverell existent, ni Les Reliques de la Mort : Hallows. Ma remarque faisait aussi référence à Ron qui dit à Harry que le nom de Voldemort est tabou, car quand on le prononce ça donne sa position... les moldus ne savent pas ça.

smiley désolée pour les blancs... c'est pour ne pas faire de spoliers.

Certes JKR utilise des personnages existants, que ce soit les gobelins, les centaures ou les phoenix, mais elle les adaptent à son histoire et en fait des élements cohérents pour son intrigue. Et après tout, on ne peut pas complètement se détacher de ce qui existe déjà.

Je trouve drôle quand les magiciens disent "Par la barbe de Merlin"...


"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard

"Le chat est entré dans la cage aux lutins"


   
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Paul
 Paul
(@paul)
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Des univers tournant autour de la sorcellerie existaient déjà, mais JKR a effectivement l'art de reprendre et de revisiter les anecdotes de ces univers, réels ou imaginaires, pour en faire un tout cohérent et enchanteur. Je pense par exemple à Ron qui rabroue un "première année" dans le 6, "première année" qui file en rougissant de s'être ainsi fait distingué. Exactement ma "terreur" des préfets lors de mon année dans une pension anglaise et pourtant j'étais "cinquième année". Les manquements aux règlements étaient en générale punis d'un travail d'intérêt général, du style vider les poubelles pendant la pause, devant tout le monde.... Pour des anglo-saxon, le succès est très compréhensible, on s'y retrouve un peu "chez soi".
Pour ce qui est des mondes "magiques" à part Le Seigneur des Anneaux, il y a Narnia bien sûr avec toutes ses créatures. Il y a aussi moins connu car sans doute ciblé pré-ados la série "The Dark is Rising" de Susan Cooper. Qui est entrain d'être traduit (A l'assault des ténèbres)... et dont je viens de voir sur internet qu'un film va sortir!!! Les films SDA, Narnia et HP ont vraiment mondialisé ce type d'histoires.
J'oubliais le génial précurseur de tous ces mondes: Georges McDonald avec par exemple The Princess and the Goblin (1872)! http://www.portail-cslewis.org/fiches/macdonald.html

Pour Susan Cooper je conseille de commencer par le n° 2 "The Dark is Rising", titre qui a été repris pour désigner la série. Le premier est nettement pour enfants de 8-10ans cela se sent. A lire en anglais pour ceux qui peuvent. La traduction du titre ne laisse rien présager de bon pour la suite...
Voir: http://www.thelostland.com/drmovie.htm

Edité Samedi 1er septembre 2007 :21:39 par Paul


Acquiers la paix de l'âme et des milliers autour de toi trouverons le salut.
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Cherrydean
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La traduction de Harry Potter me semble bonne (encore faudrait-il voir si nous avons la même), mais je trouve que ça coule nettement mieux en anglais.

Le dernier chapitre (l'épilogue), bien qu'il a été modifié légèrement, aurait été écrit depuis le tout début. Je l'avais d'ailleurs entendu dire par madame Rowling en entrevue télévisée alors qu'elle n'avait écrit que les premiers livres de la série (mais je ne sais plus à quel tome elle était rendue).


Deux roses sur une branche... la première se fana et mourut... l'autre n'y survécut...


   
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Hallberg
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Personnellement je n'ai jamais abordé cette oeuvre en anglais et je ne pense pas que mes compétences dans cette langue me permettent vraiment d'apprécier des questions de style. J'ai en revanche supposé que la traduction française était médiocre, parce que le style (français) en est plutôt étriqué. Je ne dis pas que la littérature francophone actuelle est meilleure sur ce point, en revanche la traduction de Tolkien que je possède, ou celle de contes fantastiques de Walter Scott, sont largement plus séduisantes (pour en rester dans le domaine de la littérature anglophone fantastique).

Je suis bien d'accord avec vous pour dire que la médiatisation, la notoriété, les dérives commerciales affolantes et le comportement des "clients", tout aussi affolant, ne rendent pas le jugement très facile. Les amalgames sont très faciles.

Je crois donc, en effet, qu'il faut séparer clairement les choses. L'attitude actuelle de Rowling, totalement paradoxale (dans sa tour d'argent dans un certain sens, et pour certaines questions très au fait des pratiques commerciales), me parait proprement effarante. Je me demande comment certains font pour ne pas être dupes d'une artiste qui clame que ça ne lui monte pas à la tête, et qui simultanément semble se livrer de son plein gré à des simagrées abracadabrantes pour coller à la maladie médiatico-commercialo-éditoriale qui s'est greffée sur l'oeuvre. Franchement, il est devenu difficile de distinguer, dans son attitude hyperprotectrice, ce qui relève encore de la volonté de rester indépendante et de garder le contrôle sur son oeuvre, et de la protection d'intérêts.
Cette histoire avait pourtant bien commencé, il me semble, mais depuis, c'est l'horreur - et d'ailleurs, les fêtes de fin d'année seront bientôt là pour nous prouver que les produits dérivés les plus crétins ont toujours le champ libre. Mais bon, ce n'est pas le seul domaine qui est atteint par ce mal.

Ceci étant dit, naturellement, il faut s'atteler à l'oeuvre sans regarder le reste, attitude salutaire choisie par Thalie dans sa remarque.

Personnellement (mais Lucterios me contredirait probablement), j'ai toujours eu l'impression que Rowling utilisait des éléments extérieurs (en l'occurence mythologiques), certes à l'appui de son monde personnel, mais plus sur le mode du catalogue, ou de l'allusion. J'ai un peu l'impression de me retrouver moi quand je joue les Offenbach à la petite semaine et que je m'amuse avec Ovide et l'antiquité, mais Rowling n'a pas un but humoristique. Comme au contraire, il m'a semblé que ça se prenait souvent très au sérieux, j'ai trouvé qu'en comparaison d'autres auteurs de cycles d'une dimension comparable, les enjeux intellectuels de l'oeuvre étaient minces. Je peux me tromper, et au demeurant peut-être l'ambition n'est-elle que de produire un divertissement.
Je crois qu'il faut néanmoins mesurer les risques qu'il y aurait à cette dernière affirmation. Le type de modestie forcée ou non qu'il y a à se réclamer du divertissement dissimule souvent une forme, consciente ou non, de pensée populiste - ou d'opportunisme, car, sérieusement, Rowling pourrait-elle se permettre maintenant d'assumer pleinement la complexité de ce à quoi elle touche sans déboussoler une partie de ses lecteurs actuels?
Or, dans tout ce que j'entends, et dans le discours globalement dithyrambique, Rowling serait, ni plus ni moins, une sorte de Balzac du XXIe siècle.
Personnellement, et même si ce n'est pas nécessairement ce qui m'attire spécifiquement chez eux, la dimension quasi scientifique que l'on peut trouver chez certains de ces auteurs de "sommes", ou, ce qui me touche souvent plus, l'expérimentation littéraire pure chez d'autres, m'ont toujours semblé fondamentaux. Interrogations linguistiques et tentative de synthèse encyclopédique d'un acquis mythologique dans le Seigneur des anneaux, aspect social et anthropologique couplé avec des théories du temps dans les Rougon-Macquart. Sur le plan littéraire, recherche d'une perfection formelle et narrative s'approchant au plus près de la complexité des sentiments dans la Comédie humaine, ou échos du romantisme et travail sur la frontière entre vraisemblable et invraisemblable dans les Voyages extraordinaires.
Chez Rowling, l'intelligence psychologique du roman initiatique, le savoir-faire narratif ou même l'invention brute ne font pas forcément défaut - et même, sur certains points, ils me semblent incontestables. Ceci-dit, et ce n'est naturellement qu'une appréciation personnelle, je n'y trouve pas du tout ce souffle pionnier. J'en retire bien plus l'image d'une littérature qui plait (tant-mieux pour elle) et qui s'inscrit plus dans l'époque qu'il ne joue un rôle moteur.
Pour cette raison, je veux bien reconnaître que c'est loin d'être la pire chose qui soit arrivée (quand on voit ce qui se publie, et quel battage médiatique entaché de clientélisme et de vedettariat accompagne aujourd'hui le monde littéraire), mais entendre les thuriféraires de Rowling louer la huitième merveille du monde et se réclamer de la filiation de Tolkien, Zola, Balzac ou Verne ne cesse de me surprendre.

À la vérité, je lis des choses littérairement bien plus modestes que Rowling, et il est indubitable que le bruit assomant au propre et au figuré autour d'Harry Potter a un effet proprement dissuasif. Si l'on comparait ce qui est comparable, ça aiderait peut-être. Pour ma part, il est vrai que le thème lui-même m'attirait peu, et que dans le genre du roman initiatique, j'en reste à Kipling...


Opération Sisyphe
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Cherrydean
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Ah bien, je n'en démords pas, tant que tu n'auras pas lu tous les tomes, tu pourras difficilement bien juger.

Pour ce qui est du sens de l'humour de Rowling, il faut lire "Fantastic Beasts" et encore plus "Quidditcht through the age" pour sentir que l'humour est bien au rendez-vous.

En ce qui concerne les produits dérivés, ils sont là pour la clientèle. Si on n'aime pas, on n'a qu'à ne pas acheter. Ça n'enlève strictement rien aux livres. On a bien fait des produits dérivés de Star War et de Tintin. On ne s'est pas mis à les démolir pour autant il me semble.


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Hallberg
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C'est bien ce que je disais, il faut distinguer l'ouvrage des sottises qui l'entourent. ça n'empèche du reste pas de s'intéresser aux réactions de l'auteur et à la modification de son attitude - et en s'accordant sur le fait que ça n'enlève rien aux ouvrages qui, eux, sont déjà écrits. Quand-bien même, ça n'aura pas été l'unique auteur un peu opportuniste de l'histoire de l'art, les plus grands n'y échappent pas. Après, c'est vrai qu'il y a des andouilles qui se sentent obligés de lire "ce qu'il faut avoir lu" pour paraître en société, tant pis pour eux, je me doute bien que les gens d'ici ne sont pas là-dedans.

Pour ce qui est d'une lecture intégrale, je pense que c'est une position proprement excessive. La plupart des gens qui disposent d'une bonne culture littéraire n'ont absolument pas lu l'intégralité de la Comédie humaine ou des Voyages extraordinaires. Je ne me souviens pas qu'on fasse régulièrement remarque à quelqu'un qu'il devrait lire l'ensemble des oeuvres monumentales avant d'esquisser le moindre commentaire. Et que dire alors des oeuvres en cours de réalisation? S'interdira-t-on de parler de Yoko parce que l'oeuvre est en cours? Et les critiques ont-ils attendu que tous les volumes de Rowling soient parus pour s'y atteler? N'ont-ils pas émis des avis (d'ailleurs majoritairement bienveillants) dès la parution des premiers tomes?

Je suis tout disposé à entendre tout ce qu'il y a à dire. J'ai tenté d'évoquer des enjeux littéraires et d'utiliser une terminologie critique sommaire, tant que faire se peut, car ce n'est pas mon métier... Je ne peux pas faire de stylistique parce que je ne suis pas anglophone, je m'en excuse platement et j'avoue bien humblement que ça peut biaiser les approches.
Cependant, à quelques exceptions près, j'ai l'impression de recueillir des réactions blessées et de commettre des sacrilèges. J'aimerais mieux qu'on m'explique que mes objections sont totalement bidon, parce que là, tout se passe comme si j'étais trop bête pour comprendre, qu'il n'était pas utile de m'expliquer l'évidence du génie, et que j'étais condamné à dire des inepties. OK, alors moi comme j'ai pratiquement lu tout Maupassant, j'aurais gagné le droit d'envoyer des réponses lapidaires et de donner des leçons de littérature à toute personne qui commettrait un commentaire sur Bel-ami ou Le Horla? Franchement à quoi ça ressemblerait?

Allez, je n'en veux à personne, mais le fait est que je me fatigue à pondre des messages développés, presque les plus longs du sujet, et à part Thalie qui m'a fourni de bonnes explications sur les rapports à la culture classique, avec les autres, et particulièrement les inconditionnels, j'ai l'impression que je dis des énormités et que donc ça vaut pas la peine de se fendre d'une réponse... C'est un peu frustrant, j'essaie juste de comprendre pourquoi des gens tout-à-fait capables de ne pas se laisser influencer par les phénomènes de mode se retrouvent avec le reste de l'humanité à acclamer, en dépit de l'impossibilité de prendre du recul, le sommet de la littérature mondiale. Vous avouerez que se faire répondre "tu peux pas comprendre" est assez curieux. Le génie littéraire est partiellement indicible, je veux bien, mais pas totalement quand-même...

Allez, ce coup de sang passé, j'embrasse les aripotéromanes du coin qui sont tous des potes (et pas des pottiers), mais soyez un peu pédagogues et expliquez un peu (Ciel, c'est moi qui me retrouve à dire ça). Même la Bible, on a le droit de la commenter, de la défendre et de l'attaquer, alors c'est bien la preuve que les outils critiques ne sont pas si impuissants...

Edité Mardi 4 septembre 2007 :13:21 par Hallberg


Opération Sisyphe
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Thalie
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Je ne pense pas que la série HP est une quelconque volonté littéraire. Et si c'est ce que vous recherchez dans la lecture, ce n'est pas là qu'il faut se tourner... et encore pire, si on n'aime pas les histoires fantastiques.

Cependant, cette histoire fait preuve pour moi d'une grande originalité, d'une grande richesse (au niveau du monde développé), et d'un grand sens de l'intrigue.

Finalement, c'est certainement ce dernier point qui motive les lecteurs, la grande question étant "Est-ce qu'Harry va mourir"... et pourtant, c'est bien la construction de cette intrigue qui est intéressante.

Si non, au niveau de la grosse tête de l'auteur, il me semble que les bénéfices de "Fantastic Beasts" et "Quidditcht through the age" sont déversés à des associations caritatives.


"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard

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Hallberg
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Alors c'est une question de définition. La qualité de la narration (cohérence, rythme et tension de l'intrigue), du style, l'originalité des créations de toutes pièces (dans le cas de la littérature fantastique), la caractérisation des personnages, la vraisemblance, la capacité à tenir en éveil, la richesse des références, la correspondance avec les critères de style, de genre, de goût, sont fondamentalement des qualités littéraires. Ou alors c'est moi qui suis à côté de la plaque. Si on ne parle pas au moins un peu de ça, on ne parle pas de littérature...

Plus ça va plus j'ai l'impression d'avoir débarqué sur la planète Mars... Au moins Vinéa m'est un peu plus familière... :p


Opération Sisyphe
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Bardamu
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J'ai jamais lu Harry Potter. J'ai jamais vu aucun de ses films. Pourquoi ? Eh bien parce que ça ne me tente pas des masses tout simplement.

Par contre, je lui trouve quelque ressemblance avec un jeu de rôle que j'ai apprécié, Mage : l'Ascension (White Wolf). Dans le monde de Harry Potter, si j'ai bien compris, il est fortement déconseillé de faire de la Magie devant les Moldus (les humains ordinaires) sous peine de s'attirer des ennuis.

Et bien dans Mage, c'est pareil : utiliser la Magie devant les Dormeurs (les humains) peut provoquer un contrecoup du Paradoxe. Grosso modo quand un Mage fait un Effet Magique qui altère de manière radicale le tissu même de la Réalité, cette dernière frappe en retour le Mage (si par exemple il lance une Boule de Feu en pleine rue devant des témoins, sa voiture peut très bien lui exploser à la figure quand il la démarrera le lendemain).

Edité Mardi 4 septembre 2007 :13:43 par Bardamu



   
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Hallberg
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Sur le personnage de Rowling, entendons-nous. Je ne lui prête pas de mauvaises intentions, il est de notoriété publique que son engagement moral est irréprochable et que le succès lui est tombé dessus sans aucun calcul de sa part, et à sa plus grande surprise.

Ce qui reste, est justement une conséquence de ce succès non préparé. Dans ses rapports avec tout le reste, et donc tout ce qui s'est fait autour d'elle, Rowling est peut-être d'un opportunisme inconscient, ou plus probablement encore la première victime de l'affaire.

Je m'étais emporté, à l'époque de la sortie des premiers films de Columbus, contre les propos de Rowling qui s'opposait schématiquement à la liberté traditionnelle de l'adaptateur et réclamait un film "produit dérivé" à l'usage exclusif de ses lecteurs ou futurs lecteurs, crachant dans la soupe du cinéma d'auteur. J'avais une série d'articles dans une revue associative et à l'époque de la sortie de ces films, il y avait une floppée d'adaptations littéraires de plus haute volée bien plus passionnantes en tant que films (Seigneur des anneaux, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme et quelques adaptations de Gaston Leroux...).

Avec le recul, et maintenant que la personnalité de Rowling est mieux connue, je me rends compte que les propos que j'avais fustigés étaient en grande partie ceux d'une femme qui n'imaginait pas en arriver là, et qui n'avait pas fondamentalement réfléchi à de profondes questions artistiques parce qu'on ne lui en avait pas laissé le temps. Il s'agit au contraire de quelqu'un qui a d'abord eu l'écriture pour thérapie et pour façon de se réaliser personnellement, que les hasards de l'édition ont propulsé à une place qu'elle ne maîtrise apparemment pas bien. Ainsi il est a priori invraisemblable qu'une personne qui a travaillé pour Amnesty International, qui fait des dons substantiels à des organismes humanitaires, cautionne réellement, en même temps, la vente massive de produits dérivés fabriqués en Chine populaire dans les conditions sociales et environnementales qu'on sait (comme une grande partie de l'industrie du jouet actuelle de toutes façons). Je crois plutôt que Rowling est prise dans ce tourbillon d'imbécilité et d'opportunisme à son corps défendant et qu'elle est la première victime de l'affaire.

Pour moi, le premier geste fort d'une artiste désireuse de rester irréprochable et d'offrir toujours un modèle positif au public qui en a bien besoin, serait de mettre un terme définitif à la folie en n'admettant plus que la publication de ses ouvrages (qui de toutes façon rapportent suffisamment aux éditeurs pour être viables sans le reste) et en retirant les droits pour toutes les sottises qu'il y a autour, y compris pour la politique de "communication", l'"événementiel" et tout le reste. Et aussi, dire à une certaine catégorie de lecteurs qu'admirer un auteur et en faire une autorité du monde littéraire ne doit jamais aller jusqu'aux dérives du vedettariat.

Il me semble, mais c'est peut-être une impression, que Rowling est quelqu'un de suffisamment engagé et intègre, personnellement, pour être capable de ce sursaut de conscience. Il ne lui manquerait probablement que le surcroît de force de caractère pour que ça arrive, et il y a fort à penser que ça arrivera.


Opération Sisyphe
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Thalie
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Heuuu, en fait, il faudrait peut être définir la littérature !
Je voulais surement dire que ce n'était pas de la "grande littérature" plus classique... en effet, je ne pense pas pouvoir comparer JKR avec Zola, Vernes...

Mais après, aux vues de ton dernier commentaire Hall, je me dis que dès qu'il y a création, il peut y avoir littérature. Le style littéraire s'opposant au journalisme, à l'article scientifique ou que sais-je !

J'ai du mal à présenter mes arguments, les cours de français commencent à dater, et maintenant, je lis uniquement pour me détendre et me faire plaisir. Rousseau, Voltaire ou Zola ont été des épreuves pour moi, j'ai eu beaucoup de mal à lire ses auteurs. Maintenant, j'ai tendance à mettre un livre de côté dès que je n'arrive pas à entrer dans l'histoire. Du coup, j'ai l'impression de perdre beaucoup de savoir et de culture... je ne suis même plus capable de débattre sur la littérature !


"La terre est bleue comme une orange"
Paul Eluard

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Hallberg
(@hallberg)
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Mouais...

L'idée qu'il y a une "grande littérature" aux critères figés et une "petite littérature" aux délimitations tout aussi rigides me semble une absurdité forgée, en partie, par le système éducatif. À l'époque de leur parution, les oeuvres de Jules Verne, des Dumas, d'Eugène Sue, étaient commercialisés en feuilletons, donc un type de publication bien plus modeste et bien plus populaire que Rowling qui a pratiquement tout de suite bénéficié de volumes complets.

À l'époque, ça avait plus ou moins de succès auprès du grand public, ça soulevait plus ou moins de questions de tous ordres (stylistiques, narratives, morales, scientifiques...), on en parlait, on commentait, on aimait ou on n'aimait pas.
Enfermer les auteurs dits "classiques" dans un moule, s'imaginer qu'ils ont tous écrit avec la bénédiction de l'Académie dès leur naissance et avec la ferme intention de rester dans l'histoire est une aberration. Ils écrivaient avec la même intention que Rowling, à savoir, d'abord, se réaliser par l'écriture, et ensuite, pour certains, en vivre si possible. Je ne vois pas fondamentalement de différence. Je crois au contraire que les enjeux sont exactement les mêmes. Les auteurs célèbres ne devraient pas être sacralisés par principe, mais parce qu'ils continuent à intéresser des lecteurs. L'école a tendance à construire des monuments et à figer les choses, oubliant d'ailleurs qu'elle célèbre les auteurs qu'elle veut et en laisse beaucoup d'autres dans l'ombre.
Mon approche n'est pas de confronter Rowling à la prétendue "respectabilité" des "classiques" (d'ailleurs, qualifier de respectable Madame Bovary, je me marre), mais de la confronter à des phénomènes littéraires similaires, tout simplement: oeuvres monumentales avec auteur-démiurge, roman initiatique, notoriété populaire, écritures liées à un projet personnel profond...


Opération Sisyphe
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