On ne va pas tarder à y aller nous aussi, histoire de se faire bercer par la musique des bogies sur les rails. Magda s'est évidemment goinfrée de dessert. Nous saluons au passage la dame de la table d'à côté qui répond d'un petit sourire crispé sous son chapeau à plume. Les serveurs en veste blanche impeccable n'ont pas encore fini leur service à cette heure tardive. Nous remontons les couloirs du train, qui baignent dans une lumière ambrée. Une sonnerie s'éloigne dans la nuit. Nous avons dû franchir un passage à niveau ! Magda bouscule un homme accoudé à une fenêtre, qui discute avec une élégante, en fumant une cigarette. Ma femme lui demande pardon en grondant Magda. "Charmante enfant !", répond-il en souriant. Enfin, nous arrivons à notre voiture. Le cousin semble s'être endormi. Frau Werner nous dit bonsoir et se retire dans son compartiment. Je reste dehors, tandis que Vindonissa prépare notre fille pour la nuit. Le conducteur me demande si nous voulons être réveillés demain. Je lui réponds que ce n'est pas la peine, que Magda s'en chargera. Enfin, je rentre. Magda, finalement ne tarde pas à s'endormir dans la couchette du haut. Nous n'allons pas tarder à la rejoindre dans les bras de Morphée. Enfin, pas moi, en fait, je n'arrive jamais à dormir en train...
Plaintes répétées entendues dans le couloir. Cousin Achille est prié de ne pas jouer de l'accordéon, surtout si c'est des chansons de supporter du tour de France.
Mais tout s'est calmé maintenant qu'ayant un petit creux, il est allé récupérer ses provisions personnelles dans le fourgon. Seulement, reste à espérer qu'il ne va pas ramener Cunégonde.
Cunégonde est une poule, qu'il transportait dans un panier et qui, à l'enregistrement des bagages, a suscité pas mal de curiosité. Faut dire qu'ils ont plus l'habitude de charger ça dans le fourgon des omnibus locaux que dans un rapide. Et pourtant, c'était bien marqué "Vintimille" sur l'étiquette.

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Allez viens par ici, Cunégonde, ma belle, je t'ai préparé ton petit déjeuner. Tiens, vas-y, picore, va !...
Elle est rigolote ta poule au moins, cousin Achille, je peux la caresser ?
Als das Kind Kind war,
wußte es nicht daß es kind war
saß oft in Schneidersitz
ging es mit hängenden Armen
Wollte der Bach sei ein Fluß
der Fluß sei ein Strom.
Und diese Pfütze, das Meer.
Cousin Achille, enfin, mettez quelque-chose sur la banquette avant d'y placer votre animal !... Là, je sens que si le conducteur voit cela, il va nous faire payer un supplément dans le meilleur des cas !
Etain andiu sund amné
Oc Sídh Ban Find iar nAilbe
C'est qu'la pauv'bête fait d'la neurasthénie quand elle toute seule, c'est d'la cruauté pure, j'vais contacter Brigitte Bardot à St Tropez quand on s'ra arrivés !
Pendant ce temps-là, le soleil illuminait l'Esterel de mille feux orangés qui contrastaient harmonieusement avec le bleu profond de la Méditerranée, rappelant les tons des fresques minoennes... Thalassa ! Pourquoi cette mer fermée évoquait-elle tant de souvenirs et de conquêtes ? La 241 A qui nous avait repris à Marseille traçait sa route le long de la côte dans un panache de fumée. Les voyageurs se réveillaient de leur torpeur, inconscients du rythme effréné du chauffeur, qui emplissait la gueule du léviathan dans une chaleur infernale, tandis que le "sénateur" traçait la voie. Le signal était fermé en aval à cause d'un train de marchandises qui manoeuvrait. Emile Martinez regarda sa montre en pestant. Il devrait donner le meilleur de sa machine pour essayer de "faire l'heure", mais pour l'instant, il n'avait d'autre choix que de stopper le train... Les riches bourgeois parisiens et les artistes en goguette, à peine réveillés, se demandaient ce qu'il se passait. Ils n'avaient d'autre chose en tête que leur villégiature sur la côte, tandis que l'équipe de conduite sacrifiait à la religion de l'horaire à respecter, dont elle s'était fait comme un code de chevalerie. Elle se voyait comme une élite des temps modernes, celle qui n'était pas soumise à la machine, comme ceux qui trimaient dans les manufactures du Creusot, mais qui les dominait... Elle ne savait pas que, plus haut, des fous jetaient les bases d'un monde nouveau qui les dépasserait, feraient d'eux de simples exécutants esclaves de mécaniques encore plus rigoureuses, des monstres sans âmes qui marcheraient à l'électricité, l'enfer de l'univers de ceux que l'on appelait avec un mélange de dédain et d'envie les "Wattmen"!
Mouaaaaaaah... Apparemment il fait déjà jour...
J'ai bien dormi, au fond, si l'on excepte les caquettements en provenance du compartiment d'à côté, les chants patriotiques ("Allez Poupou"), l'arrêt de Dijon-Ville où Magda a utilisé l'endroit qu'on ne doit pas utiliser à l'arrêt; l'arrêt de Lyon-Perrache où le cousin Achille a fait du scandale parce que la CIWL n'avait pas fait charger du saucisson et du beaujolais; l'arrêt d'Avignon où il a piqué, dans le coffre du tender de la 231-B qu'on dételait, le saucisson et le beaujolais de l'équipe; l'arrêt de Marseille Saint-Charles où, voyant qu'on repartait en sens inverse, il a tiré le signal d'alarme de peur de retourner à Paris, c'te ville où qu'y z'ont tous comme qui dirait un grain. Ah oui, et cet incident malencontreux, lors d'un arrêt à un signal à Lyon-Vaise, où on s'est retrouvés sur une voie à côté d'un autorail Renault...
Le mécanicien de notre 231-D et celui de l'autorail se sont traités d'abruti et de gâcheur de métier...

-Edité le: Jeudi 29 juin 2006 à 22:27 par Hallberg-

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
ben tu sais, pour les trucs de ce genre, tant que LGM, Rosée, Lan et autres ne sont pas sortis de leur torpeur hivernale...

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler
Il va pas jusqu'à Vintimille? On va pas faire un tour en Italie?

Opération Sisyphe
Avec la participation des ascenseurs Schindler







