Solaris
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Non. C’est un père qui veut faire revivre son enfant. Pour cela, il se trouve acculé; il ne doit pas se tromper, car s’il tue la petite Magda qui est en hibernation, il va tuer sa propre fille. Il sait que s’il réussit, on lui pardonnera d’avoir été jusqu’à voler du sang.
Le père de Khâny lui aussi se sent coupable parce qu’il a laissé le Guide suprême dominer Vinéa.
Encore là, je crois que ce qui en ressort, c’est l’amour du père pour sa fille. Il veut s’offrir à sa fille et la ramener vers lui parce que c’est tout ce qui lui reste.
II y a aussi Sir William qui est monstrueux avec sa fille adoptive.
Il n’est que son tuteur. Cela fait plus Agatha Christie, le thème du crime parfait. Supprimer celle dont il est le tuteur pour garder sa fortune.
Vos personnages travaillent dans le milieu de la télévision; il semble que vous aimez beaucoup présenter des documents, des témoins de la réalité, puisés dans les divers médiums de communication contemporains. On voit des photos, des bandes magnétiques, une pochette de disque avec la photo d’Ingrid, des hologrammes, des banques de données informatisées. Est-ce là une fascination pour le document, sous toutes ses formes ou est-ce tout simplement une façon de faire progresser l’intrigue ?
La faire progresser, oui. Par exemple, la pochette de disque situe Ingrid; c’est une organiste de talent, qui enregistre chez Deutsche Grammophon. La bande magnétique permet le passage, à la place de l’écrit, ça représente un danger dans certains cas et en même temps un fil pour découvrir l’intrigue.
Passons à la réalisation d’un album de Yoko Tsuno. Tout d’abord, comment trouvez-vous vos idées d’extrapolation scientifique; sont-elles le fruit de vos lectures ?
Oui, je lis des revues scientifiques, SCIENCE ET VIE, SCIENCES ET AVENIR, je regarde les documentaires à la télévision. Je trouve mes scénarios au hasard de ce que j’entends, de ce que je lis.
Trouvez-vous parfois dans les revues scientifiques des éléments qui, sans former la base du scénario, peuvent devenir des éléments de décor ou d’action ?
Je lis les revues scientifiques pour me documenter. Alors une fois le fil conducteur trouvé, je bâtis une intrigue avec certaines choses. Je vérifie ce que je dis, car on ne doit pas dire de bêtises. J’ai fait des recherches dans le cas des fibres optiques par exemple (pour LA PROIE ET L’OMBRE ).
Dans L’ORGUE DU DIABLE, il y en a qui m’ont dit “C’est pas possible vous montrez des sons qui sortent de l’orgue, alors qu’il s’agit d’infrasons; on ne devrait rien entendre”. C’est faux, parce que dans la colonne d’air, la fondamentale est inaudible, mais les harmoniques sont audibles. C’est le son très grave et imperceptible qui crée les résonances, mais il y a des sons.
Vous documentez-vous avant d’entreprendre un album?
Cela dépend des fois. Je n’ai pratiquement pas de documents.
Mais si on prend l’accélérateur de particules de LA SPIRALE DU TEMPS, un synchrotron, il est très réaliste.
Il existe d’ailleurs, près de Düsseldorf. Par contre, celui de la Deuxième Guerre, c’est moi qui l’ai “inventé”.
Construisez-vous des maquettes pour vos engins ou faites-vous des plans ?
Je ne fais pas de plans, je ne construis pas de maquettes. Je n’en ai pas besoin, la structure et les |
lignes sont simples; par exemple, le triangle pour les engins vinéens.
Vos extrapolations peuvent être fondées sur des prémisses carrément “spéculatifs”, mais elles sont rigoureuses une fois ce point de départ accepté. Prenez-vous conseil auprès de spécialistes ?
Non. LA SPIRALE DU TEMPS est un bon exemple; c’est Teilhard de Chardin qui disait que le temps épousait la forme d’une spirale. Nous sommes sur l’une des spires de la spirale et nous avons tendance à nous croire au centre de la spirale, alors que nous n’en sommes qu’une branche.
Vous avez-donc développé vous-même votre système d’extrapolation.
J’ai beaucoup rêvé quand j’étais jeune en lisant Jules Verne, et je lis encore. J’ai beaucoup aimé Verne; je ne me situe plus dans sa lignée. Ce qui compte chez Verne c’est l’explication; quand on fabrique du plomb, des barres de plomb, il explique comment tout se fait. Cela m’a beaucoup intéressé. Wells aussi, mais scientifiquement je ne l’admets pas. Maintenant j’aime. Jeune, je ne marchais pas avec l’histoire de la cavorite, tout ça. Maintenant je comprends ce qu’il a voulu faire.
A l’époque, la vulgarisation scientifique n’existait pas. De nos jours on montre tout à la télévision; l’enfant est “rodé” scientifiquement et je dois dépasser ce que l’on voit à la télé. Mais le dernier album est plus romantique, je dirais. J’essaie de donner plus de dimension à Yoko; comme me l’a dit une amie, dans cet album elle devient femme.
Maintenant qu’on la connue jeune fille et qu’on a appris à la respecter, maintenant, en tant que femme, elle peut montrer certaines faiblesses, certains défauts.
On me dit parfois qu’il ne faut pas qu’elle soit trop parfaite. C’est difficile en 44 planches de montrer un portrait complet d’un personnage.
Prévoyez-vous plusieurs albums à l’avance, planifiez-vous une certaine alternance entre Vinéa et le cadre terrestre ?
Oui. Pour les dessins animés dont je vous parlais, j’ai soumis 45 idées de scénarios, dont douze albums ont déjà été réalisés. Ce sont surtout des idées simples jetées sur papier.
Les ordonnez-vous selon un certain plan d’ensemble pour l’évolution de Yoko ?
Je les ordonne par mon choix. Je ne veux pas de scénarios dont l’un se rattache à l’autre. Ca m’obligerait à ce moment-là à structurer tout un plan d’avenir. Je peux bousculer à ma guise l’ordre de réalisation des scénarios. Par exemple, L’ORGUE DU DIABLE et LA FRONTIERE DE LA VIE, c’était le même scénario au départ, mais il y avait tant de matière que j’ai coupé et j’ai réutilisé le décor de Rottenburg.
Dans le dernier album, pour la première fois, la dernière case annonce la prochaine aventure.
Je n’aurais pas dû le faire.
Ca fait un peu petite annonce commerciale.
Ce n’est pas commercial. C’était simplement pour amener le prochain album; on me la reproché. Ca situe chronologiquement les albums et je ne veux plus le faire. Je veux qu’on puisse les lire l’un sans l’autre… sauf dans le cas de Vinéens où il y a une succession. Mais là, les aventures vinéennes vont se couper en deux. Les albums à suite, si je puis dire, et les albums isolés.
Revenons à la réalisation d’un album. Vous faites tout vous-même: scénarios, découpages,…
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9 commentaires
Cherrydean
Ça doit être assomant de faire une entrevue comme celle-là
.
Bien heureuse que le charme de l’archange n’ait pas été plus fort que ça sur Yoko, je n’aurais pas apprécié autant ce volume.
C’est drôle de lire ça des années plus tard (en 82, je n’avais qu’un an). On voit que M. Leloup a changé d’idées parfois avec le temps, comme de ne pas refaire un personnage comme Monya, à cause de son âge. Emilia a le même âge.
petrushka
Hé! oui, Cherrydean on change parfois avec le temps et les ans qui passent… Roger a vu grandir ses petits enfants…Et moi, pouf! je suis là!… Mais pas pour vieillir Yoko mais l’emmener un rien dans mes dialogues plus effrontés et apporter parfois plus de piment à ses réponses. N’oubliez pas que j’étais une héroïne qui devait jouer en solo à une époque différante… J’ai réussi à ce que Roger ne puisse plus se passer de me faire vivre et à ce qu’il me fasse partager l’aventure avec Yoko..; Mais je ne lui volerai pas la vedette… Promis!…
Quant à l’interview… Bigre!… Elle avait duré une demi journée et le journaliste (très au courant) a tout repris de ce qu’il avait enregistré… Vous avez de quoi lire… et juger! C’est très fidèle!
Bises à tout le monde
Emilia
yoko452
[]
[surlign]C’est vrai que cet interview est très longue! Mais on y apprend beaucoup de chose, seulement au début ce qui m’énerve un peu c’est qu’il parle beaucoup de sa collaboration avec Hergé et de ses dessin dans TinTin ! J’aime bien TITIN mais je préfère mieux Yoko et quand on lit un interview sur Roger Leloup, on a envie qu’il nous parle de sa propre BD! ( du moins c’est ce que je pense!!!)…
Il dit aussi qu’il a fait évolué les dessins des personnages au fil des BD, c’est ce que j’avais aussi remarqué et je me demendai justement pourquoi cela ? Maintenant je suis contente d’avoir trouver la réponse, il est vrai que je n’aimais pas trop le côté caricatural de YOko et des autres personnages, ce n’était pas réel, trop comique comme le dit Roger Leloup et il est vrai que Yoko et ses histoires ne sont pas dans l’univers comique, c’est plutôt sérieux, on le voit bien avec les décors qui sont hyper réalistes, les engins, les chateau
, etc…[/surlign]
[/taille]
Gobol
Je suis très heureuse d’avoir pu lire cette interview… effectivement très longue, mais très dense aussi, avec beaucoup d’informations fort intéressantes ! J’ai été surprise qu’Ulysse 31 y soit mentionné. Je n’avais jamais fait le rapprochement, et pour bien connaître cette série de SF, à part la petite Thémis à la peau bleue et au transmetteur de pensée qui ressemble effectivement beaucoup à Poky (sauf les cheveux, qu’elle a blancs et courts), je ne vois pas tant de points communs que ça avec l’univers Vinéen créé par Roger Leloup… Peut-être suis-je trop attachée à ce dessin animé ? J’avoue que j’ai une affection particulière pour cette série, et que Noémi aime beaucoup aussi… S’il y a plagiat en ce qui concerne Thémis, c’est vrai que ce n’est pas très honnête, effectivement… Mais en ce qui concerne l’environnement, le monde créé par Roger est bien plus “fouillé”, bien plus travaillé que ceux qu’on rencontre dans Ulysse, qui ne fait que “passer” dans ces différents mondes, la plupart du temps. Je crois que Roger faisait aussi cette remarque à propos de l’architecture de la ville de Shyrâ, et j’avoue que je n’ai pas retrouvé vraiment d’équivalent dans Ulysse 31 (mais peut-être ne suis-je pas assez critique ?). Allez, une fois de plus, c’est trop long pour un commentaire… alors que le problème que je soulève n’apparaît que sur une toute petite partie de cette interview… Désolée !
Hallberg
Travail bien fait où le journaliste ne pousse pas, comme c’est trop souvent le cas, la personne interroger à aller trop vite et à schématiser, et où il ne cherche pas à le mettre mal à l’aise pour lui tirer les vers du nez.
Je suis souvent critique par rapport au journalisme et en particulier à l’exercice forcé de l’interview, mais je trouve que la façon de faire, ici, est exemplaire.
frac
Ouf, quelle lecture ! ça m’a pris du temps mais je ne regrette pas, c’est passionnant. Je suis d’accord avec les commentaires ci-dessus et apprécie que l’interview soit très complète, pas seulement un petit paragraphe perdu où l’auteur ne parle que pour ceux qui ne connaissent pas encore Yoko.
Moi aussi j’ai été surpris de voir mentionner Ulysse 31 mais comme chez moi, à l’époque, il n’y avait que la télé en noir et blanc, je n’ai jamais su qu’il y avait une “petite fille à peau bleue” !!!
Ma seule vraie remarque est une question (qui n’appelle pas vraiment de réponse) : quel guignol ignard et inculte peut-il réellement reprocher à Yoko de faire de la philosophie ? Non seulement c’est la culture japonaise (pour le peu que j’en connais) et ce peuple dépasse toujours le côté matérialiste, me semble-t-il (même s’ils sont “excellent” dans ce domaine aussi), mais aussi c’est une des richesses du personnage. Pas de sentiments, pas de philo, que de l’aventure, que reste-t-il de Yoko ? Plus rien d’intéressant, oserais-je dire. On retrouverai un Buck Danny (dont je suis fan), dont la seule émotion est, environ deux ou trois fois par album “cette fois, c’est la fin, je vais mourir”.
frac (suite après)
Toute se vie, l’homme perd sa santé à faire de l’argent et par la suite perd tout son argent pour essayer de la recouvrer…
frac
Ouf, quelle lecture ! ça m’a pris du temps mais je ne regrette pas, c’est passionnant. Je suis d’accord avec les commentaires ci-dessus et apprécie que l’interview soit très complète, pas seulement un petit paragraphe perdu où l’auteur ne parle que pour ceux qui ne connaissent pas encore Yoko.
Moi aussi j’ai été surpris de voir mentionner Ulysse 31 mais comme chez moi, à l’époque, il n’y avait que la télé en noir et blanc, je n’ai jamais su qu’il y avait une “petite fille à peau bleue” !!!
Ma seule vraie remarque est une question (qui n’appelle pas vraiment de réponse) : quel guignol ignard et inculte peut-il réellement reprocher à Yoko de faire de la philosophie ? Non seulement c’est la culture japonaise (pour le peu que j’en connais) et ce peuple dépasse toujours le côté matérialiste, me semble-t-il (même s’ils sont “excellent” dans ce domaine aussi), mais aussi c’est une des richesses du personnage. Pas de sentiments, pas de philo, que de l’aventure, que reste-t-il de Yoko ? Plus rien d’intéressant, oserais-je dire. On retrouverai un Buck Danny (dont je suis fan), dont la seule émotion est, environ deux ou trois fois par album “cette fois, c’est la fin, je vais mourir”.
frac (suite après)
Toute se vie, l’homme perd sa santé à faire de l’argent et par la suite perd tout son argent pour essayer de la recouvrer…
frac
(Suite du commentaire précédent)
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Il ne faut pas non plus exagérer, un album de Yoko n’est pas une oeuvre de Nietzsche (excusez les fautes dans son nom…), heureusement ! Ceux que ça pourrait gêner n’ont qu’à lire du Michel Vaillant
Dernière chose que j’ai appréciée, cette phrase : “Il y a moyen de faire de la SF [et de l’aventure quelle qu’elle soit, NDA] sans avoir des gens qui font la guerre”. Bravo, seulement ce n’est pas très populaire parce que c’est tellement plus de travail de recherche d’un scénario qui tienne la route !!!
frac
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